SCENE Vl ANSELME, seul
ANSELME
Ah ! ça, prenez donc garde de ne pas bousculer ainsi les gens... Je n'ai jamais vu engeance moins civile. Ah! je ne reconnais plus le Verrières du temps de ma jeunesse ! Chacun y marchait par les rues posément. On s'évitait avec des façons courtoises, et, s'il arrivait qu'on s'abordât, on ne manquait pas de s'en excuser le chapeau à la main. Maintenant, tout est changé et on rencontre sur les places d'étranges figures... Il me semble qu'une de ces deuxlà ne me soit pas tout à fait inconnue, mais
Tautre a un aspect hétéroclite qui n'est point d'ici, ni de ce pays. Il en est d'elle comme de cette sorte de gentilhomme que j'ai croisé en allant chez Léandre et qui, si j'en juge par son habit et par son teint, pourrait assez bien être espagnol... Ouais! ces présences d'étrangers n'apportent rien de bon ici et n'annoncent rien de meilleur de là-bas, d'où ils viennent, car c'est une marque de désordre, dans ses affaires comme dans son esprit, que de courir ainsi le monde... Mais les^coutumes d'à présent ne sont plus celles de jadis. Tout change, hélas ! et le changement s'introduit aussi dans nos maisons et dans les mœurs qui les gouvernent. Il y a telles choses des nouveaux usages auxquelles je ne m'accoutumerai jamais, ne serait-ce qu'à voir, comme ce matin, ma nièce Angélique seule par les rues et les boutiques, en compagnie de Dorine, qui n'est certes point un chaperon suffisant, surtout maintenant que l'on peut faire à Verrières de fâcheuses rencontres comme celle de ces deux hommes de tout à l'heure... Mais il faut que je touche un mot à mon frère sur ce