SCÈNE PREMIÈRE
ANSELME, GÉRONTE. Us sortent ensemble de la maison de Géronte.
■^ ANSELME
Je ne veux pas vous retenir, mon frère, puisque vous étiez au moment de sortir, et je peux vous accompagner dehors, si ma compagnie ne vous incommode pas et si je ne vous suis pas importun.
GÉRONTE
Bien au contraire, et j'ai grand plaisir à vous voir. L'occasion en est rare, car vos visites ne sont pas fréquentes, mon frère...
ANSELME, modestement.
C'est que celles que j'ai le devoir de rendre
aux pauvres me prennent beaucoup de mon temps.
GÉRONTE
Je ne vous en blâme pas, mon frère; je me plains seulement qu'elles me privent de vous. Je ne vous aperçois plus guère qu'à la messe, le dimanche, et encore y êtes-vous si absorbé que je distingue à peine votre visage. Certes, Anselme, j'ai trop de religion pour vous reprocher d'être dévot, mais votre nièee Angélique vous réclame souvent. Ne trouvez- vous donc pas qu'elle est jolie et qu'il y a plaisir à la regarder?
ANSELME, avec fermeté.
Il y a aussi du plaisir, mon frère, à observer, sur le visage des malheureux, la joie du bien qu'on leur fait.
GÉRONTE
Hé ! Je n'en doute pas, mais je vous avoue, à ma honte, que je ne suis guère capable de supporter la vue de ces misères. Sans être plus mauvais qu'un autre, le spectacle de ces