‹ Les scrupules de SganarelleChapitre 73 sur 121 · ACTE II l · texte numérisé non relu

ACTE II l

foyers, ne sais-tu donc pas, triple sot, ce que sont les femmes ! Avoir pitié d'elles, quelle duperie ! Ont-elles donc pitié de nous ? En est-il une qui hésite à déchirer un cœur, à satisfaire sa vanité aux dépens de notre tendresse? Et nous, nous leur devrions tous les respects et tous les ménagements ! Qu e les hommes vulg^aires se conduisent, s'ils veulent, d'après ces principes, je ne serai jamais de ceux qui en acceptent la fausse obligation ! Tant pis. Que tous ces vils esclaves d'un sexe perfide et dangereux me flétrissent à leur gré du vain nom de suborneur ! Qu'ils m'appellent, s'il leur plaît, menteur et débauché ! Qu'ils me montrentdu doigt ou me poursuivent de leurs huées, mon orgueil est au-dessus de leur clameur. Ils font semblant de me mépriser, ces hypocrites, mais, au fond d'eux-mêmes, ils me jalousent et ils m'envient. Ah, ah ! Messieurs, je vous connais et sais le visage de vos masques de vertu ! Taisez-vous, faibles jouets de l'amour. Chapeau bas devant Don Juan! Ne suis-je pas le vivant reproche de votre lâcheté, le cri de vos sourdes haines,

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la victoire de vos défaites, et c'est moi, dont vous évoquez, en vos désespoirs et en vos larmes, Timage armée et vengeresse.

Il revient brusquement vers Sganarelle.

Ainsi tu es résolu à ce que je veux et tu accompliras de point en point ce que je t'ai ordonné ?

SGANARELLE, d'une voix basse.

Oui, Monsieur.

DON JUAN

Je suis aise, Sg-anarelle, de te voir plus raisonnable, car j'eusse été bien au reg^ret d'être forcé à te passer cette épée au travers du corps ou réduit à te faire étrangler par ton ami Leporello. Donc, tu rapporteras fidèlement mes paroles à Angélique ? Veux-tu que je te les répète ?

Inutile, Monsieur, je les sais par cœur : que vous l'aimez, que votre vœu le plus ardent est de l'entretenir de votre amour. Est-ce bien cela ?

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