ACTE PREMIER
DON JUAN
Tu railles, Leporello. Tu hc me feras pas croire que dans une ville de trois mille âmes... Ma parole, si j'avais envoyé Sganarelle à ta place, il s'en serait mieux tiré que toi, car enfin c'est lui qui, à Avig-non, m'a déniché cette petite fille qui avait de si beaux yeux et qui demeurait rue Filonarde...
SGANARELLE, modeste.
Ne parlons pas de cela. Monsieur... [Hypocritement.) Peut-être que ce pauvre Leporello...
DON JUAN
Leporello est un drôle.
LEPORELLO
Eh, Monseigneur, ne vous fâchez pas, mais je ne me sens pas trop bien, ces temps-ci... Votre service n'apointété fort commode. Sou- Tcnez-vous de notre fuite à travers champs, parmi le cliquetis des pertuisanes et la fumée des torches. Tout cela m'a troublé la tête et j'ai un peu perdu la mémoire... Tenez, vous
me demanderiez combien il j a de temps que vous ne m'avez payé mes gag-es que je ne serais peut-être bien pas capable de vous répondre... Cependant il me semble qu'il me revient quelque chose qui pourrait vous intéresser.., mais il faudrait m'aider un peu.
DON JUAN, faisant tinter des écus dans sa poche.
Eh bien, Leporello ?
Il lui donne de l'argent.
LEPORELLO
Merci, Monseigneur, il me seTïïl3le que je me sens mieux.
DON JUAN
J'en suis heureux, eh bien ! parle alors.
Voici, Monseigneur 1 Gomme je remontais la rue qui va du marché à l'église, j'ai croisé une jeune fdle qui venait dans mon chemin . Elle pouvait bien avoir seize ans et son visage m'a paru fort agréable, relevé par un air innocent et naïf...
DON JUAN
Continue, mon enfant.