SON ASSOMPTION
A l'époque de la Renaissance, les grandes traditions de Fart chrétien se perdaient ; l'étude passionnée de Fart antique faisait oublier les types et les symboles formulés par les Pères de l'Eglise, perfectionnés par les siècles et compris par les générations qui se les expliquaient sous les voûtes et aux portes de nos cathédrales. Il y avait encore cependant des artistes chrétiens qui échappaient au patronage païen des princes, et qui savaient méditer un sujet religieux et exprimer les sentiments de foi et d'amour qui étaient dans leurs âmes. Lorsqu'ils avaient une œuvre importante et nouvelle à faire, ils consultaient ceux qui pouvaient leur donner des conseils, et ils profitaient d'une science qu'il leur était impossible d'acquérir par eux-mêmes. Ainsi Raphaël, l'élève du Pérugin, consulta les théologiens et les philosophes de la Cour romaine, lorsqu'il voulut peindre les poëmes du Vatican, comme il écouta les littérateurs de la Renaissance, lorsqu'il abaissa son génie aux compositions sensuelles de la Farnesine.
Des artistes travaillant pour les moines de Solesmes reçurent un programme, et ce programme fut donné par le prieur Jean Bougler, docteur en Sorbonne, qui avait en-
seîgné pendant tant d'années l'Écriture sainte, la théologie et la science des Pères et des Conciles (Essai hist^ p. 45)- Ce n'était pas seulement un programme, mais un texte que l'architecture et la sculpture devaient illustrer, comme les artistes illustraient de leurs compositions et de leurs ornements symboliques, le vélin des manuscrits ou les marges des beaux livres d'heures de Simon Vostre.
Aucun monument d'art n'est enrichi d'inscriptions, comme la chapelle de Jean Bougler. De tous côtés, les Prophètes, les Apôtres, les Docteurs présentent des textes qui expliquent et commentent les sculptures ; et ces textes sont gravés dans la pierre avec une perfection comparable à celle des incunables que l'imprimerie n'a jamais surpassée. Les inscriptions qu'on voit n'étaient pas les seules ; nous avons été assez heureux pour trouver des fragments de plusieurs autres qui avaient été employés comme dallage ou jetés dans les décombres. Quelques-uns sont gravés des deux côtés. Jean Bougler a modifié ses textes, et on a été obligé de renoncer, faute de place, à quelques inscriptions.
L'œuvre conçue par Jean Bougler est un poème en quatre chants : la mort de la Vierge, son ensevelissement, son Assomption et sa vie dans l'Église, d'après la vision de l'Apocalypse. Ces sujets sont encadrés de personnages de l'Ancien et du Nouveau Testament, qui les accompagnent comme les chœurs de la tragédie antique. Étudions-en d'abord le mérite historique et religieux ; nous en ferons ensuite la critique artistique.
La mort de la Vierge n'est pas représentée selon les traditions de l'iconographie grecque et latine. Le schisme de Photius a immobilisé et pour ainsi dire momifié l'art byzantin. Les sujets religieux sont peints et sculptés de nos jours en Grèce et en Russie, comme ils l'étaient au vm e siècle à Constantinople, et le manuel qui sert encore dans l'atelier du mont Athos explique les fresques qui