‹ Les sculptures de SolesmesChapitre 25 sur 48 · LES VERTUS. — LA PROSTITUEE · texte numérisé non relu

LES VERTUS. — LA PROSTITUEE

dragon, réjouissons-nous ensemble de ces couronnes de gloire (1). »

Ces paroles s'adressent aux Vertus qui contemplent la Vierge, leur mère. A sa droite, la Justice, la Tempérance > Justifia, Temperantia. Devant elle, f Humilité et la Foi qui opère par la charité. Humilitas, operans per charitalem. A sa gauche, la Force et la Prudence, Fortitudo, Prudentia. Ces statues ont souffert de l'accident que nous avons signalé dans la partie supérieure. Deux seulement portent des attributs. La Force tient d'une main un bouquet de myrrhe qu'elle presse sur sa poitrine, et de l'autre un cœur percé de trois poignards. Le bouquet de myrrhe signifie sans doute l'amour du Bien-Aimé qui lui donne la force, et son cœur percé montre qu'elle ne craint ni les tribulations ni la mort.

L'Humilité tient un calice où elle boit le sang de l'Humble par excellence, le sang qui fait germer les vierges. Ce calice est certainement opposé, dans la composition, à la coupe empoisonnée que tient la prostituée de Babylone, placée au-dessous.

C'est cette prostituée que doivent combattre les Vertus. Au-dessus de sa tête, se lit cette inscription : Moi, Jean, je voyais la prostituée, vêtue de pourpre, c'est-à-dire l'ambitieuse cupidité qui s'enivre du sang des saints et des martyrs de Jésus (2).

Cette prostituée est représentée comme le décrit sa nt Jean au xvn e chapitre de l'Apocalypse. Elle étale la vanité de ses vêtements et élève au-dessus de sa tête le vase de ses impuretés, pour enivrer du vin de sa prostitution tous les habitants de la terre. Un personnage, placé

(1) O virtutes quœ ex utero matris meœ crevistis mecum, draconis capita conterentes, coronis gloriœ invicem gratulemur.

(2) Ego Joannes mirabar purparatam meretricem, id est ambitiosam cupiditatem, ebriam de sanguine sanc-torum et martyrum Jesu.

au-dessus de saint Denys l'Aréopagite, la regarde et l'explique : « Et celle que vous voyez présenter la coupe d'or de ses fornications, celle qui est assise sur la bête aux sept têtes, sur le dragon qui entraîne avec sa queue les étoiles, c'est la prostituée, l'ambitieuse cupidité. Ils se sont entendus ensemble pour s'opposer avec la multitude des eaux inférieures à l'Église Mère, afin de dévorer Jésus et sa Mère, quand elle l'aurait enfanté (i). »

Le grand dragon, l'ancien serpent qui se nomme le diable et Satan, vomit le torrent de ses blasphèmes. De sa tête principale sort le cri de rage contre l'Église, la Vierge et l'âme fidèle : « Quand mourra-t-elle et quand périra son nom ? » Quando morietur et peribit nomen ejus ?

Près du dragon se lit cette inscription : « Si on veut chercher dans Ezéchiel, ch. xxix — dans Daniel, ch. in et vu, et dans les livres des Rois, le sens des sept têtes de la bête, la première, celle du dragon, signifie la puissance des Égyptiens. La seconde, celle du veau, les règnes d'Israël et de Jézabel. La troisième, la lionne, représente l'empire de Babylone. La quatrième, l'ours, les Perses. La cinquième, le léopard,ies Grecs. La sixième, qui est terrible, les Romains. La septième, armée de cornes, les règnes de Mahomet et de l'Antéchrist (i). »

Jean Bougler avait fait graver une autre explication du

(i) JET^ quam vides porrigentem aureum suarum fornicationum poculum f sedentemque super bestiam septem capitum, ac draconum stellas cauda trahentem, ea est meretrix ambitiosa cupiditas. Ht, uno consilio, cum subjectis multis aquis stantes ante matrem Ecclesiam, ut cum peperisset Jesum, cum Matre devorarent.

(2) Si ad E^echielem xxix, Daniel ni et vu, et libros Regum effingere licet septem bestiœ capita, prima horum, Draconis, est faciès Egyptiorum. Secunda, vituîi, regnum Israël et Jesabelis. Tertia, lœenœ, Babylonis. Quarta, ursi, Persarum. Quinta } pardi, Grœcorum. Sexta, terribilis,Romanorum. Septima } cornuti, Mahometis et Antichristi régna referentes.

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