L HUMILITE
dragon dont on retrouve des fragments derrière une autre inscription. Il y a renoncé pour la remplacer par un texte admirable sur la vertu d'humilité qui fait triompher l'Église, la sainte Vierge et Pâme fidèle. « O trois et quatre fois heureuse dans toutes les générations, Humilité virginale ! Tu es le type de la grandeur, la pureté des vertus, leur ornement, leur couronne! Dans chacune d'elles, tu opères de grandes choses ; tu méprises les concupiscences du monde, parce que tu désires les biens célestes. Au milieu des honneurs que te rend Gabriel, tu te troubles, tu te réfugies dans la petitesse : tu t'anéantis et tu glorifies Dieu. Oh I tu es bien la femme mystique que voyait Jean, la femme revêtue du soleil, ayant la lune sous ses pieds, c'est-à-dire dominant toute affection de la terre par le mépris de toutes ses vanités ; et sur ta tête brille une couronne de douze étoiles, c'est-à-dire la perfection des douze vertus ou de toutes les vertus morales. Tu as dans ton sein, dans ton esprit et dans ton corps, comme dans un miroir et dans un nuage de rosée, la sagesse de Dieu qui s'y représente (i). »
Ainsi se termine le poëme de Jean Bougler. Après nous avoir présenté la mort, l'ensevelissement et le triomphe de la Vierge, il nous la montre dans le plan divin, personnifiant l'Église et l'âme fidèle, enfantant l'Homme parfait, le Roi, le Pontife, le Médiateur de la création, brisant par
(i) O ter quaterque per omnes générât iones beata virginalis Humilitas! Magnanimitatis faciès, virtutum crystallus, ornamentum et corona in unaquaque virtute magna opérons, concupiscentiarum mundi contemptrix , cœlestium bonorum desiderio : inter divinos per Gabrielem exhibitos honores tremens, in tuant parvitatem resiliens, te extenuens, et Deum magnificans. O tu mystica a Joanne visa mulier amicta sole, habens sub pedibus lunam, id est affectionibus par vanitatum contemptum dominari;et in capite tuo coronam stellarum duodecim, id est duodecim moralium, seu omnium virtutum perfectionem ; habensque in utero tum mentis, tum corporis, quasi speculo et rorida nube sapientiam Dei se in eis efformantem.
sa Conception immaculée, et par sa maternité divine, la tète du dragon, devenant, par son humilité, reine des anges et des hommes et remportant sur la bête aux sept têtes une perpétuelle victoire ; car c'est elle qui triomphe des persécuteurs dans l'Église et des vices dans les âmes. • La femme, la prostituée avec laquelle se sont corrompus tous les rois, et se sont enivrés tous les habitants de la terre, crie toujours : Quand mourra-t-elle ? Quand périra son nom ? Elle veut, avec le dragon qui a fait tomber les étoiles du ciel, détruire le fruit de ses entrailles; mais l'Enfant mâle qui doit gouverner toutes les nations avec une verge de fer, le Christ est au ciel : il a vaincu, il règne, il commande.
Le nom de la prostituée n'est plus un mystère : elle s'appelle la Révolution. Révolution au ciel et sur la terre : Satan a donné son symbole à l'homme : indépendance de la raison contre Dieu, souveraineté du peuple qui se fait lui-même sa loi, puissance du nombre qui insulte l'Unité Suprême. Et la Révolution déchaîne ainsi l'orgueil, l'ambition, l'avidité, les vices de tous. Elle prétend par cette doctrine, sortie comme un fleuve de sa bouche, et par la multitude des suffrages de ses adhérents, submerger et détruire l'Église, mais l'humilité triomphera encore de l'orgueil. Ceux qui gardent les commandements de Dieu ne boiront pas dans la coupe d'or, le vin de la fornication. Ils prendront le calice de l'amertume, le calice du salut ; ils y boiront le sang du Christ et lui rendront un glorieux témoignage.
Parmi les fragments d'inscriptions retrouvées, il y en a qui nous révèlent un fait très-curieux : c'est que Jean Bougler ne s'est pas contenté d'embellir la chapelle de gauche du transsept ; il a voulu compléter la chapelle de droite, en faisant exécuter par les artistes qu'il employait, un rétable pour l'autel de Notre-Dame de la Compassion. Des frag-