‹ Les sculptures de SolesmesChapitre 29 sur 48 · ÉTUDE ARTISTIQUE · texte numérisé non relu

ÉTUDE ARTISTIQUE

l'architecture obéit et sert d'encadrement. La sculpture la surcharge d'ornement ; elle usurpe même le domaine de la peinture par le nombre des statues, la disposition des groupes, la profondeur des plans et la vivacité des mouvements. Ces défauts rappellent plus les salons de cire que les sculptures antiques, où tout est simple, calme et vrai dans le geste et l'expression. Les compositions sont ingénieuses, mais un peu bourgeoises, sans recherche de style et d'idéal. Dans la Pâmoison, par exemple, la Vierge est à genoux, de face ; saint Pierre la soutient d'une manière commune, et saint Jean lui témoigne moins de respect que de tendresse filiale. Ces trois figures principales n'offrent pas des lignes très-heureuses. Les têtes cependant sont belles et expressives. Les draperies sont bien exécutées, mais sans largeur et sans noblesse. Le costume n'a rien d'antique ; les boutons mêmes n'y sont pas oubliés.

La figure du Christ n'a pas la dignité et la beauté des christs de nos cathédrales. Les jambes et la poitrine sont nues et d'une anatomie exacte (i). Quant aux bras, ils ont été refaits; ils avaient été brisés, dit-on, par un prieur de Solesmes qui n'approuvait pas cette manière nouvelle en France, de représenter la mort de la Vierge. Les assistants encombrent un peu la scène, dans des attitudes variées et tourmentées. La figure d'Hiérothée qui semble être un portrait, est une des mieux réussies; elle est un peu plus grande que les autres, comme celle de Michel Bureau, ce qui indique, selon nous, un artiste différent.

L'ensevelissement de la Vierge est mieux composé. Il y a plus d'air, plus de calme ; l'artiste s'est inspiré du modèle qu'il avait en face. La "statue de Jean Bougler est

(i) Cette manière de draper le Christ, est fréquente dans l'école flamande. — Voir dans Charles Blanc, la notice de M. Wauters sur Michel deCoxie, p. 3.

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très-remarquable. Les bas-reliefs du tombeau sont charmants.

Les figures des premiers plans de l'Assomption sont belles et font regretter la perte des deux principales. Nous devons aussi une mention très-honorable aux deux chérubins qui portent le propitiatoire. Ils sont aussi finement modelés qu'une gravure de Wierix. Les anges qui soutiennent la couronne des douze étoiles, ont le même mérite. Les Vertus ont été malheureusement très-éprouvées. Les têtes qui avaient été brisées, ont été mal replacées. La Prostituée et le dragon à sept têtes sont exécutés avec verve.

Dans ce monde de statues, il est impossible de ne pas reconnaître la main de plusieurs artistes. Ils ont sans doute obéi à la direction d'un maître qui a tracé l'esquisse des compositions et fourni peut-être des maquettes, comme le faisait Michel Colombe; mais chacun a mis dans son œuvre son talent et son style particulier. Il serait facile de distinguer plusieurs groupes exécutés par des artistes différents.

Le sculpteur le plus habile a fait les principales figures de la Pâmoison, de l'Ensevelissement et de l'Assomption. Il se serait fait aider par plusieurs artistes pour les statues du fond et pour les statues des prophètes qui sont sous le cloître. Son chef-d'œuvre est la statue de Jean Bougler.

Un autre artiste a sculpté saint Denys l'Aréopagite, saint Timothée et les quatre docteurs qui commentent la couronne des douze étoiles. Il y a de la vie, du mouvement dans ces figures, mais le style est sec, sans largeur et sans noblesse.

Les chérubins de l'Assomption, les anges et la femme de l'Apocalypse nous semblent du même ciseau. Enfin, nous croyons qu'une autre main a sculpté les Vertus, la Prostituée et le dragon à sept têtes. Ce partage du tra-

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