‹ Les sculptures de SolesmesChapitre 35 sur 48 · VITRAIL DE SOLESMES COMPARÉ A CELUI DE BRUXELLES. MATÉRIAUX · texte numérisé non relu

VITRAIL DE SOLESMES COMPARÉ A CELUI DE BRUXELLES. MATÉRIAUX

L'atelier des Floris exécuta pour la Belgique de nombreux monuments. Leurs œuvres cependant sont rares, parce qu'elles ont été en grande partie détruites par les Gueux, pendant les guerres de religion.

Il en existe encore deux très-importantes, que nous pouvons comparer utilement aux sculptures de Solesmes. Ce sont le rétable de Notre-Dame de Hal, publié par Jules Gaillabaud, en i858, et le tabernacle deLéau, publié dans la Belgique monumentale, tome I er , page 260, et dans le Magasin pittoresque, i865, page 25. Le jubé de la cathédrale de Tournai est également sorti de l'atelier des Floris.

Le rétable de Notre-Dame de Hal est de i533. Aussi croyons-nous qu'il faut l'attribuer à l'oncle des de Vriendt, Corneille Floris, qui mourut en i538 ; les neveux étaient trop jeunes alors, pour y avoir beaucoup travaillé. Il est antérieur à la chapelle de Jean Bougler, où nous trouverons à faire bien des rapprochements.

Le rétable est dans le style de la Renaissance et s'élève en cinq compartiments gradués au-dessus de l'autel. Les deux premiers, qui sont à la base de la pyramide, offrent sept médaillons, où sont représentés les sacrements.

Batesme — Sarcement de l'autel — Prestrice —

rétable de notre-dame de hal 97

Confirmation — Confession — Mariage — l'Unction. Aux extrémités des deux gradins sont placés les quatre grands docteurs de l'Église, saint Augustin, saint Ambroise, saint Grégoire et saint Jérôme. Au-dessus et au centre du rétable, saint Martin à cheval , donnant à un pauvre la moitié de son manteau.

Des deux côtés et sur la corniche de l'arcade, les quatre Évangélistes. La partie supérieure est couronnée par un tabernacle où des anges soutiennent le calice et l'Hostie. D'autres anges font de la musique autour d'un petit édicule, terminé par le symbole du pélican.

Tout l'ensemble de ce monument est parfaitement entendu et témoigne d'une intelligence sérieuse des dogmes religieux. Le Sacrement de l'autel, l'immolation de la sainte Victime, le principe et la perfection des autres sacrements est au centre de la composition, au milieu des témoignages des Évangélistes et des Docteurs, de l'adoration et du concert des anges. Seule, la statue équestre de saint Martin pourrait paraître étrange à sa place d'honneur, si elle ne représentait la charité du prochain qu'inspire la charité du Christ, se donnant lui-même à nous. Ce petit groupe de saint Martin nous intéresse particulièrement, car il se retrouve parmi les sculptures de Solesmes, sans y avoir la même importance. Un saint Martin est toujours bien placé dans une église bénédictine, mais il n'a pas sa raison d'être dans un poème composé en l'honneur de la Vierge; il est là comme simple ornementation. Il a été copié sur un modèle de l'atelier d'Anvers ; il était placé en face de la Pâmoison, sur la colonnade qu'il a suivie dans la chapelle de droite; il y est resté pendant la Révolution, mais son état de mutilation l'a fait reléguer sous les arcades du cloître.

Le groupe de saint Martin n'est pas la seule imitation du rétable de Hal. Nous retrouvons d'autres rapproche-

ments à faire dans l'architecture et les ornements. Les pilastres qui encadrent les sacrements dans la partie inférieure, rappellent les pilastres de Solesmes, surtout ceux qui accompagnaient la Pietà et le bas-relief du Massacre des Innocents, et qui sont placés maintenant au-dessous des colonnes, des deux côtés de l'autel. Les corniches sont les mêmes que celles de la chapelle de Jean Bougler ; mêmes moulures, mêmes consoles, même richesse de détails, de perles et d'oves. Les frises offrent aussi les mêmes motifs d'arabesques, ayant pour centres des vases, des oiseaux aux ailes éployées, ou des génies se jouant avec des animaux fantastiques ; enfin dans les rectangles qui interrompent la frise, au-dessus des chapiteaux, on voit des. petites figures semblables aux anges musiciens, placés de la même manière dans la chapelle de la Vierge; toutes ces sculptures viennent du même atelier.

Le tabernacle de Léau est de i552; il a été, par conséquent, exécuté en même temps que les sculptures de Solesmes. Il serait intéressant de l'examiner en détail, et nous y trouverions sans doute bien des points de ressemblance. Mais nous n'avons pu le voir, ni même nous en procurer des photographies ; nous ne le connaissons que par la gravure très-imparfaite publiée en i865 parle Magasin pittoresque et par la Notice de M. Alphonse Wauters, dans le Bulletin de l'Académie royale de Belgique, 2 e série, t. XXVI : « Le tabernacle de Léau, dit le savant auteur, porte d'une manière incontestable un cachet de grandeur et d'originalité qui révèle, chez celui qui en a conçu le plan, autant de hardiesse que de talent... Le tabernacle de Léau atteint, à cent pieds de haut, la naissance des voûtes de l'église. Admirablement placé à l'angle du chœur et du transsept gauche, il attire du premier coup, le regard et remplit de sa masse imposante le vaisseau du temple. De près c'est une merveille de finesse et d'élégance. D'innom-

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brables bas-reliefs distribués par rangées de quatre sur dix étages, qui diminuent graduellement, retracent dans toutes leurs phases, l'histoire de l'Ancien et du Nouveau Testament. Que dire des statues qui en occupent les angles, des dais, des rinceaux qui en relient ou en complètent chaque partie !. . Partout se révçlent une inspiration d'une extrême féeondité, un talent à la fois riche et gracieux. »

Nous aurions désiré examiner nous-mêmes les statues et les détails de l'ornementation de ce beau monument, mais nous pouvons en juger l'ensemble et saisir les rapports qu'il y a entre cette architecture, toute peuplée de personnages, et la partie principale de la chapelle de Solesmes. Le portique triomphal de l'Assomption et les niches d'angle, leur support et leurs couronnements rappellent les dais placés au-dessus de saint Denys et de saint Timothée. On y retrouve aussi les motifs des pendentifs qui décorent les voûtes du portique et les petits édicules qui surmontent toute la composition. C'est bien la,même école, le même atelier, avec les mêmes caprices, la même prodigalité de lignes et d'ornements.

Après avoir comparé les sculptures de Solesmes aux œuvres des artistes d'Anvers, que possède encore la Belgique, qu'on nous permette de chercher une autre preuve dans des auteurs contemporains, et de produire à l'appui de notre attribution, un témoin qui a été sans doute l'ami des Floris : c'est le célèbre Molanus (Jean Ver Meulen), professeur de théologie à Louvain, mort à Anvers en 1587. Son premier et son plus remarquable ouvrage est l'histoire des saintes images : De Historia SS. imaginum et picturarum libri quatuor. Molanus fait autorité en iconographie, et les auteurs qui ont traité, après lui, le même sujet, -ne sont guère que ses commentateurs. Il se montre très au courant de tout ce qui se faisait à son époque, et il s'efforce de défendre les traditions de l'art chrétien contre

les profanations de la Renaissance; il a été nécessairement en rapport avec l'atelier d'Anvers, et il a pu même voir exécuter les sculptures de Solesmes.

Il signale dans son ouvrage la fécondité de la statuaire flamande, et il explique au soixante-septième chapitre du second livre, pourquoi les statues des saints sont moins nombreuses à Rome qu'en Belgique (i). Rome, dit-il, n'impose pas ses usages aux autres églises. Saint Grégoire le Grand écrivait à saint Augustin, l'apôtre de l'Angleterre, qu'il faut choisir pour chaque pays, ce qui peut y être le plus utile à la religion et à la gloire de Dieu. Il ne sait trop comment expliquer pourquoi l'Église romaine n'a pas tant de statues de saints que les autres contrées et pourquoi elle paraît presque toujours préférer leurs images peintes (2).

Il suppose que c'est pour ne pas y confondre les statues des saints, avec les statues profanes qui ornent les tombeaux dans les églises. Cette raison n'est certainement pas la principale. Un des abus les plus regrettables de la Renaissance fut, sans doute, l'invasion de ces mausolées païens, de ces figures allégoriques qui remplacèrent dans le lieu saint, ces tombes si pieuses, où les morts dormaient aux pieds de leurs frères, sous la protection de la Vierge et la garde des anges. Si Rome a toléré cette vanité des hommes, elle a continué à préférer les peintures aux sculptures pour la décoration de ses autels, parce qu'elle a mieux conservé les traditions de l'art chrétien.

La sculpture avait trop servi à l'idolâtrie, et l'Église, pendant tout le moyen âge, l'employa, sous la dépendance

(1) Romx rariores esse sanctorum statuas, qux apud Belgas sunt crebriores : quodque hxc diversitas non sit reprehendenda.

(2) Cur autem Romana Ecclesia non habeat tôt sanctorum statuas, quot aliœ multx regiones, sed solasferè depictas eorumdem imagines, difficulter, et non nisi conjecturant faciendo, dicere possem. (L. II, ch. lxvii, p. 2o3.)

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