‹ Les sculptures de SolesmesChapitre 37 sur 48 · PORTRAITS DES ARTISTES I · texte numérisé non relu

PORTRAITS DES ARTISTES I

leur ville en rapport avec le monde entier. Ces tritons, ces néréides, ces hippocampes, ces oiseaux aquatiques nous ont rappelé, non-seulement l'activité prodigieuse du port d'Anvers, mais encore sa situation au milieu des vertes prairies, que décorent, comme des bouquets d'arbres, les mâts et les pavillons de toutes les nations.

Les artistes flamands avaient une autre manière de signer leurs œuvres, c'était d'y placer leurs portraits. L'école chrétienne de Bruges elle-même l'employait. Les peintres se mettaient en scène, non par vanité, mais par dévotion. Hubert et Jean Van Eyck se sont représentés dans leur célèbre tableau du Triomphe de l'Agneau. Bernard Van Orley de Bruxelles est un des auditeurs de Saint Norbert réfutant l'Hérésiarque Tanchelin. Frans Floris figure dans une de ses compositions, broyant des couleurs, derrière saint Luc, qui est aussi le portrait d'un autre peintre.

Au milieu des figures idéales et traditionnelles des Apôtres, nous avons reconnu trois portraits de moines bénédictins, ceux de Michel Bureau, de Guillaume Cheminart et de Jean Bougler. Nous avons signalé un autre portrait; le personnage qui tient le linceul de la Vierge, en face du prieur de Solesmes, ne peut être qu'un de ses contemporains ; sa physionomie, ses cheveux, sa barbe et son costume excentrique ne permettent pas de voir en lui un Apôtre. Trois autres figuresprésentent le même caractère et ont avec ce personnage, un air de famille; deux se trouvent dans la Pâmoison, derrière Notre-Seigneur et saint Jean; la troisième est au milieu d'un des groupes de l'Assomption, près de David, levant la main comme pour se garantir de la lumière qui rayonne de la Vierge triomphante. Ces quatres figures ne seraient- elles pas les portraits des quatre artistes d'Anvers.

Nous ne connaissons pas les portraits des frères de

Frans Floris, mais nous avons le sien, placé en tête de sa vie écrite par Paul Mantz, dans Y Histoire des peintres de Charles Blanc. Ce portrait a été fait sans doute sur une ancienne gravure qui a pu servir aussi au sculpteur de Solesmes. Le ciseau ne pouvait mieux traduire cette physionomie fine, cette nature ardente, son front large, ses pommettes saillantes, sa bouche sensuelle, ses cheveux frisés et sa barbe peu abondante. Il avait alors trente-deux ans; c'est aussi bien son âge que son caractère, et ce portrait tranche sur tous ceux de ses contemporains.

Corneille de Vriendt, son frère, comme chef de l'atelier doit avoir une place d'honneur, et c'est pour cela que nous croyons, sans pouvoir l'affirmer, que c'est lui qui fait face à Jean Bougler, dont il a si bien exécuté les projets.

Les portraits des quatre frères admis, ne pouvons-nous pas chercher si ces artistes ont laissé quelques souvenirs particuliers à Solesmes ? Nous avons attribué à Corneille la part principale, l'architecture et les plus belles statues, la Vierge, les Apôtres et le portrait de Jean Bougler; il est permis de voir dans les vases nombreux qui font partie de l'ornementation, une trace du goût de Jean, le protégé de Philippe II, pour la céramique.

Nous avons reconnu que l'autel où se trouve le groupe de la Pietà avait été compris dans les embellissements de Jean Bougler. Derrière ce groupe, on aperçoit les restes d'une peinture malheureusement recouverte d'une couche de chaux qu'il a été impossible d'enlever ; ne serait-ce pas là une improvisation du facile pinceau de Frans Floris?

Mais voici une conjecture qui offre plus de précision et qui assurerait à Jacques de Vriendt, le peintre verrier de Sainte-Gudule , une part brillante dans les travaux dé l'église de Solesmes.

Au fond de l'ancien chœur, existait une verrière dont nous possédons encore quelques fragments. D'après la no-

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