‹ Les sculptures de SolesmesChapitre 39 sur 48 · ÉPOQUE DE CES TRAVAUX · texte numérisé non relu

ÉPOQUE DE CES TRAVAUX

L'étude de la partie supérieure de la chapelle de Jean Bougler confirme jusqu'à l'évidence, l'explication que nous avons donnée des modifications apportées au plan primitif, et du transport de la colonnade dans la chapelle de droite. Les sculptures nous ont déjà fourni des preuves, et, si nous examinons l'architecture, la démonstration deviendra complète. Tout le fond du portique de l'Assomption présente une réparation grossière et maladroite. Les vides sont remplis avec des moellons noyés dans du mortier. Les voûtes si élégantes des deux arcades latérales, sont toutes lézardées et déshonorées par des remplissages informes. Ce n'est pas une restauration, c'est une ruine étayée. Le couronnement de la scène principale n'a pu être soutenu de la même manière. Il a fallu le reconstruire, en refaisant la voûte. De là un style différent, qui indique une autre époque. L'arcade est mal dessinée : le cintre est entouré d'ornements grossiers. L'intérieur est divisé en caissons qui n'ont aucun rapport avec les gracieux compartiments de la Renaissance, et les caissons sont remplis d'anges bien différents de ceux que nous avons admirés ailleurs.

L'entablement est lourd; la corniche repose sur des consoles à mascarons de la fin du xvi e siècle, et elle est surmontée du bœuf et du lion évangéliques, d'un style très-peu remarquable. Les petits édicules qui décorent la partie supérieure sont d'un inégal mérite. Quelques-uns sont des motifs charmants, copiés d'après l'antique; d'autres sont des imitations maladroites de ce qu'il a fallu remplacer.

Le couronnement de la scène de l'Apocalypse offre aussi la preuve d'une fâcheuse restauration. L'entablement, surmonté de dragons et d'oiseaux par trop fantastiques, est mal posé sur les colonnes; les lignes n'en sont pas horizontales. Les matériaux mêmes paraissent différents. Pour reconstruire la voûte, il a fallu démolir et refaire toute cette partie de l'architecture. De là le désordre que nous avons remarqué dans les figures des Vertus.

D'où vient cette perturbation dans l'œuvre de JeanJBougler? Est-elle le fait de la violence des hommes ou la suite d'un accident, d'un vice de construction ? Les documents écrits sont muets à cet égard. Le priorat de Jean Bougler fut suivi de guerres de religion. Les protestants possédèrent Sablé et attaquèrent Solesmes en 1 567 ; mais les moines et les habitants se défendirent vaillamment, et ils n'entrèrent pas dans l'église dont ils auraient mutilé les statues. De la rive opposée de la Sarthe, ont-ils canonné le pignon qui abritait le précieux monument? Nous n'en voyons aucune trace, et ils ont assez de ruines sur la conscience pour ne pas leur imputer, sans preuve, des méfaits nouveaux.

Nous croyons que le malheur constaté vient d'un vice de construction. Nous avons déjà signalé la faiblesse de l'angle du transsept qu'on a fortifié à l'intérieur par un grand arc de soutènement ; mais s'il fallait faire une expertise, comme on le fait pour connaître la cause d'un incendie, nous fixerions le point de départ de la catastrophe à

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