‹ Les sculptures de SolesmesChapitre 40 sur 48 · RÉPARATIONS ET CHANGEMENTS I · texte numérisé non relu

RÉPARATIONS ET CHANGEMENTS I

l'endroit du mur où se trouvaient attachées les statues du Christ et de la Vierge, dans la scène de l'Assomption.

L'architecture présente dans cette partie de la chapelle, une masse considérable de matériaux. Tout le couronnement du portique n'est soutenu, en devant, que par des colonnes légères et pèse de tout son poids sur le mur du fond, quia peu d'épaisseur et qu'on a été obligé d'affaiblir, pour lier la maçonnerie et donner à la scène plus de profondeur. Il est évident pour nous que le mur a cédé en cet endroit, et qu'il a cédé à une poussée intérieure. Si on examine le pignon du transsept, on remarquera qu'il a fallu le reprendre à la base et le porter sur une arcade pour ménager la place de l'ensevelissement de la Vierge ; que le pignon a été exhaussé et surchargé pour construire la voûte; qu'il a perdu son aplomb à la hauteur du groupe de l'Assomption et qu'on a été obligé de le soutenir par un contre-mur extérieur.

Il a suffi d'un retrait, d'un vide de quelques centimètres pour déterminer la chute de la voûte, et l'architecte qui l'a relevée, a cherché les moyens d'éviter un nouveau malheur. Pour fortifier le point le plus faible, il a construit, comme nous l'avons dit, des arcs en plein cintre qui soutiennent les voûtes du transsept, et il a donné aux piedsdroits, du côté de la nef, une épaisseur qui a nécessité le déplacement de la colonnade faisant face à la Pâmoison. Si on eût été à une époque archéologique comme la nôtre, il eût été possible de modifier cette colonnade et de l'approprier à l'espace, pour ne pas détruire l'unité de l'œuvre de Jean Bougler; mais on n'avait pas alors ces scrupules artistiques, et les colonnes furent transportées dans la chapelle de droite. Il y avait d'ailleurs une raison à ce changement. Les religieux voulurent ouvrir, en cet endroit, une porte qui leur permît d'aller de leur cloître à leur chœur, sans traverser la nef, occupée par le public, et

c'est cette porte qui a empêché de raccorder les nouvelles lignes d'architecture avec les lignes anciennes du monument (i).

Le sujet choisi pour orner le côté de la chapelle n'a pas de rapport avec le poëme de Jean Bougler en l'honneur de la Vierge. Le sculpteur y a représenté Y Enfant Jésus au milieu des docteurs.

Sous un portique du temple, l'Enfant Jésus, assis au premier plan, interroge un docteur qui tient le livre des Écritures et des lunettes. Derrière lui, Marie et Joseph arrivent, tout joyeux de retrouver Celui qu'ils chercKaient. Dans le fond, trois docteurs discutent et s'étonnent de la sagesse de l'enfant. L'un d'eux tient un livre entr'ouvert où se lit le texte un peu altéré de saint Matthieu (ch. xm, 55) : « Comment cet enfant sait-il les Ecritures, puisqu'il n'a pas été instruit ? N'est-ce pas le fils d'un ouvrier ? Sa mère ne s'appelle-t-elle pas Marie et ses frères, Jacques, Joseph, Simon et Judas ? et ses sœurs ne sont-elles pas parmi nous ? D'où viennent donc toutes ces choses ? d'où viennent cette sagesse et cette puissance (2) ? »

Un autre docteur, placé derrière l'Enfant Jésus, se

(1) Cette porte n'existe plus; il serait facile maintenant de restituer à la chapelle de Jean Bougler sa forme et sa beauté primitives. Il faudrait transporter à droite, en face de la Compassion, la scène de Y Enfant Jésus au milieu des docteurs. La colonnade enlevée, reprendrait son ancienne place; on réunirait les deux arcades en une seule, et dans cette arcade, on pourrait placer la statue de Dom Guéranger, qui a bien le droit de figurer dans la glorification de la Vierge, comme ses prédécesseurs, Guillaume Cheminart et Jean Bougler. Il présenterait un texte sur l'Immaculée Conception; et au bas de sa statue, en face de l'autel, on placerait, tôt ou tard, son tombeau, qui ne peut rester dans une crypte, caché aux regards des fidèles et à l'amour de ses enfants.

(2) Quomodo hic scripturas scit, cum non didicerit ? Nonne hic estfilius fabri ? Nonne mater ejus dicitur Maria ? et fratres ejus Jacobus et Joseph et Simon et Judas? et sorores ejus? Nonne omnes apud nos sunt? Unde ergo huic omnia ista? unde ergo tam sapientia hœc magna et virtus ?

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