L'ENFANT JÉSUS AU MILIEU DES DOCTEURS T
tourne vers un personnage qui vient d'entrer et semble disputer avec lui. Sur son livre est écrit ce texte: « Le sceptre ne sera pas enlevé de Juda, ni le prince de sa postérité, jusqu'à ce que vienne celui qui doit être envoyé» : Non auferetur sceptrum de Juda et dux de femore ejus, donec ventât qui mit tendus est (Gen. xlix, io).
Un autre docteur présente ce texte : « Une étoile sortira de Jacob et un homme s'élèvera d'Israël, et toute la terre lui appartiendra » : Orietur Stella ex Jacob et co?isurget homo de Israël et erit omnis terra possessio ejus (Num. xxiv, 17).
Toutes ces statues sont d'un style très-médiocre et d'une exécution grossière. Les expressions sont communes et les poses tourmentées. Il est impossible de les attribuer aux artistes dont nous venons d'étudier les œuvres.
Quel motif a pu faire choisir ce sujet qu'il est difficile de rattacher à ceux qui l'avoisinent? La fin du xvi e siècle fut une époque de controverses religieuses, et Solesmes eut à souffrir des guerres civiles que firent naître en France, les doctrines de Luther. L'Enfant Jésus enseignant dans le temple, ne serait-il pas une réponse à l'orgueil des prétendus réformateurs ? Nous le pensons, et nous croyons reconnaître, comme M. Charles Lenormant, dans le personnage qui entre et vers lequel se tournent les docteurs, le portrait bien connu du moine apostat de Wittemberg [Essai historique, p. 126).
Quelle date donnerons -nous à l'accident dont nous venons de constater les suites ? La réparation suivit probablement de près le désastre. Il fallait veiller à la solidité de ^'église et à la conservation du précieux monument qu'elle abritait. On se hâta, et ce fut peut-être une des causes de l'infériorité des artistes qu'on employa. L'architecture des parties réparées et de la scène de l'Enfant Jésus dans le temple, nous semble indiquer le règne de Henri IV. Le
Il6 LES SCULPTURES DE SOLESMES
style en est classique et froid, l'ornementation, pauvre et sèche. La partie la mieux réussie est la porte extérieure qui communiquait avec le cloître et qui orne maintenant l'entrée de la sacristie. Quant à la sculpture, elle est si médiocre qu'il est difficile d'y voir le caractère d'une époque. Nous ne la réclamerons pas comme une gloire de notre art national ; nous l'attribuerons plutôt à des artistes flamands ou allemands.
Sous quel prieur ou quel abbé furent exécutés ces travaux? L'histoire ne nous en dit rien. A la fin du xvi e siècle, le prieuré de Solesmes et l'abbaye de la Couture languissaient sous le fatal régime de lacommende. Leurs dignitaires touchaient les revenus et les dépensaient ailleurs. S'il fallait désigner un généreux protecteur, nous ne nommerions pas le cardinal de Bourbon qui fut abbé de la Couture en 1575 et mourut en 1590. Les ligueurs le firent roi, et Henri III le retint prisonnier. Nous lui préférerions son successeur, le cardinal de Vendôme, qui témoigna de l'intérêt aux moines de Solesmes et leur fit quelque bien; mais nous n'avons aucune preuve pour appuyer cette opinion (1).
On peut attribuer à la même époque et aux mêmes artistes, les boiseries des stalles qui ornent maintenant le nouveau chœur et qui représentent l'Arbre de Jessé. Au xvi e siècle, ces boiseries étaient placées devant le maître-autel et formaient un petit chœur qui s'avançait jusque dans le transsept. La porte à claire-voie qui le fermait, se trouve encore à l'entrée de l'église avec quelques
(1) Les réparations de la chapelle eurent lieu peut-être sous le priorat de Jean du Bois (i 594-1 599), qui eut des rapports avec un riche habitant de Sablé, Olivier L'Evêque, protonotaire apostolique, aumônier d'Henri IV et fondateur d'un collège à Sablé. Il fit, à cette occassion, plusieurs échanges importants avec le prieuré. [Solesmes et Dom Guéranger, page 29O