‹ Les sculptures de SolesmesChapitre 46 sur 48 · ARCADES DE JEAN BOUGLER J^J · texte numérisé non relu

ARCADES DE JEAN BOUGLER J^J

par leur forme, leur appareil et leurs ornements, nous crient qu'elles ont été faites au xvi e siècle, qu'elles ont été taillées dans un vieux mur du xi° siècle, qu'elles n'ont jamais servi à unir des nefs collatérales à la nef principale, et qu'elles n'ont eu, dans la pensée de l'architecte, qu'une valeur décorative.

Lorsque Jean Bougler entreprit de continuer et de terminer la restauration de l'église de Solesmes, commencée par Philibert de la Croix, il fallait, pour mettre les voûtes au niveau de celle du chœur, élever les murs et remplacer les petites fenêtres romanes qui éclairaient la nef, par des fenêtres plus grandes et plus en harmonie avec le nouveau style. Les architectes du xvi e siècle, plus habiles décorateurs que savants constructeurs, dessinèrent sur les côtés de chaque travée, une double arcade qu'ils taillèrent dans l'ancien appareil, sans se donner la peine de refaire les angles des pieds-droits. Les arcs surhaussés qu'ils placèrent sur des impostes en pierre tendre, offrent seuls une certaine régularité dans les claveaux ; mais ces claveaux sont simplemeut appliqués sur le massif de maçonnerie dans lequel est creusé le plein cintre. On ne pouvait procéder plus économiquement; et cependant cette décoration est suffisante ; elle orne le mur nu du xi e siècle et sert de base à la fenêtre placée dans la partie supérieure.

Cette décoration fut continuée dans toute la nef. Elle se retrouve même sous le contre-mur qu'on fut obligé de bâtir à l'intérieur pour supporter la flèche, et elle existe dans la dernière travée, entre le clocher et la façade. En cet endroit même, les arcades sont mieux construites, comme on peut le voir encore dans la petite chapelle de Saint-Martin. Les claveaux, bien appareillés, forment un arc régulier qu'on apercevait autrefois à l'extérieur, et c'est cet arc qui a fait supposer des nefs collatérales. Cet arc décoratif était aussi un arc de décharge ; il fallut rebâtir

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au xvi e siècle, le mur du xiv 6 , qui était plus faible que celui du xi ê , et qui avait sans doute plus souffert de la dévastation dont les traces sont si visibles sur la façade. Cet arc cependant pouvait, à la rigueur, servir de passage, non pas à une nef latérale qu'aurait intercepté le contrefort d'angle du clocher, mais à un des bâtiments construits à cette époque par Jean Bougler. Les corbeaux qu'on voit au-dessous de la fenêtre ont pu supporter une charpente, mais n'ont jamais servi à des bas-côtés romans qui auraient été voûtés. Ces arcades sont le grand argument et l'excuse de ceux qui défendent les nefs latérales. Il est évident pour nous qu'elles sont l'œuvre de Jean Bougler. Non-seulement il les a adoptées, comme système décoratif, mais il a voulu, en les pratiquant dans les anciens murs, mettre l'église en communication avec la chapelle funéraire des seigneurs de Sablé et la salle opposée, dépendante du monastère. Ces arcades ne consolidaient pas les murs; elles furent sans doute une des causes de la catastrophe survenue dans la voûte du transsept (n° 9). Aussi c'est à cetteépoque, lorsqu'on fut obligé de construire les deux arcs de soutènement (n° 10) que nous placerions le remplissage des arcades « avec des matériaux de rencontre. » Nous croyons même que c'est l'arcade imprudemment pratiquée dans la base méridionale du chœur qui a déterminé l'accident dont nous voyons les traces, et qui a nécessité, en cet endroit, un contrefort supplémentaire. Il a fallu boucher l'arcade et bâtir à l'intérieur un contre-mur (n° 20) pour supporter l'exhaussement du clocher.

Nous ne savons si nous avons enfin réussi à faire partager notre conviction à tous nos lecteurs; il nous semble cependant qu'on peut lire maintenant, sur le plan dressé en i863, l'histoire archéologique de l'église abbatiale de Saint- Pierre deSolesmes.

Au commencement du xi e siècle, en 1010, date de sa

DATES DES CONSTRUCTIONS DE l'ÉGLISE l3g

fondation par Geoffroy le Vieux, l'église du prieuré de Solesmes ressemblait aux églises romanes de cette époque, et il serait facile à un architecte d'en dessiner la restitution. Elle présentait une croix latine avec son abside circulaire (n° i), son transsept et sa nef terminée par une tour carrée sur laquelle s'élevait le clocher. Le chœur était éclairé par trois ou deux petites fenêtres à plein cintre, et les murs du transsept et de la nef étaient percés par des fenêtres semblables à celle qu'on retrouve dans le pignon du nord, au-dessus des voûtes. L'élévation de l'église est fixée par les rampes des anciens pignons, exhaussés au xv c siècle. L'abside était peut-être voûtée, ainsi que le dessous du clocher, à la hauteur de l'arc qu'on a audacieusement reporté au niveau des voûtes actuelles (n° 18); le reste de l'église était couvert par un toit dont les charpentes étaient apparentes. Le clocher qui devait ressembler à celui de Sablé, avait une* fenêtre dont la fenêtre actuelle n'est qu'un souvenir. Les deux colonnes accouplées en proviennent sans doute, mais son encadrement est moderne, et n'a aucune forme archéologique.

En 1 1 70, fut sculpté le tombeau de Geoffroy, dont nous avons parlé, et probablement construit le caveau des seigneurs de Sablé, en face de l'autel du Crucifix, où se trouvent maintenant les chapelles de Saint-Joseph et de Sainte- Cécile (n° 14).

Au xiv e siècle, l'église fut agrandie depuis la tour jusqu'à la façade, dont le portail offre tous les caractères de cette époque (n 08 23, 24). Cet agrandissement eut lieu sans doute vers 1370, sous le priorat de Guillaume Patry, qui défendit les privilèges du monastère et fit construire la chaussée et l'écluse de la Sarthe.

Peu de temps après commencèrent les ravages des armées anglaises. En 1425, la dévastation est complète; le prieuré est incendié et l'église ruinée, comme le témoigne encore l'état de la façade.

En 1477, après des réparations provisoires, Philibert de la Croix entreprend la restauration de l'église. Il rebâtit le chœur, le ferme par un mur droit, appuyé sur le mur circulaire de la crypte, change les fenêtres et construit la voûte qui sert de modèle à toutes les autres. Il commence sans doute l'embellissement de la chapelle de Notre-Seigneur où est le groupe de la Pietà.

Son œuvre est continuée par ses successeurs, Mathieu de la Motte (1480) et Guillaume Cheminait (1485). C'est ce prieur qui fait exécuter par les tailleurs cTytnaiges de Tours, avec la protection de Jean d'Armagnac et les largesses du Roi, le tombeau de Notre-Seigneur terminé en

1496. KAROLO VIII REGNANTE (n° 7).

Jean Bougler, qui remplace Moreau de Saint-Hilaire en i5o5, donne à l'église de Solesmes toute sa splendeur. Il bâtit en 1 538, les voûtes du transsept(n°8), reprend lagrande nef et en élève les murs, les orne d'arcades et de fenêtres, consolide la tour et la surmonte d'une flèche d'une grande hardiesse. Il appelle enfin, pour rivaliser avec les artistes français, des artistes d'Anvers, les frères Vriendt Floris, architectes, peintres et sculpteurs, qui exécutent cette chapelle merveilleuse, ce poème en l'honneur de la Vierge, d'après le programme théologique du savant prieur de Solesmes. Leurs portraits servent de signature à leur œuvre et ils inscrivent en partant, sur une colonne, la date de i553.

Vers la fin du xvi e siècle, bouleversement arrivé dans la chapelle de Jean Bougler ; chute de la voûte et dégâts dans les parties supérieures. — Construction de deux grands arcs de soutènement dans le transsept (n° 10); transport de la colonnade qui faisait face à l'autel de la Pâmoison, dans la chapelle de droite.

Sous Henri IVouLouisXIII,réparationsdéfectueusesdes groupes de l'Assomption et de l'Apocalypse. Exécution des sculpturesreprésentant l'Enfant Jésus au milieu des docteurs.

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