‹ Les sculptures grotesques et symboliquesChapitre 13 sur 59 · FRAGMENT DE MOULURE · texte numérisé non relu

FRAGMENT DE MOULURE

(Cathédrale — Jubé de la Cour des Libraires.)

Deville (i), exemples qui ne sont pas rares dans les basiliques chrétiennes, mais qu'on est toujours étonné d y rencontrer. Néanmoins, ajoute-t-il, ils sont ici en très-petit nombre.

Rappelons ici, non-seulement à titre de curiosité, mais encore pour ceux qui chercheraient à expliquer ces obscena par une persistance d'une tradition qu'ils voudraient faire remonter jusqu'au culte ityphallique, que non loin de cette abbaye, était la chapelle de Saint-Gourgon , au hameau du Genetey, célèbre par une (( assemblée ». On s'y rendait en foule de Rouen et Ton vendait encore au commencement de ce siècle^ des représentations d'organes sexuels d'hommes et de femmes en verre émaillé, que les filles et les garçons portaient suspendues à un ruban (2).

(i) Essai sur Saint-Georges de Boscherville, in-40 ; Rouen 1827.

^2) L'abbé Cochet. — Répert. Archéologique delà Seine-Inférieure.

Le Palais de Justice offre, à l'intérieur de la grande salle des Pas-Perdus, divers motifs de sculptures sur bois, fort singuliers. J^es uns sont appliqués sur la grande moulure qui règne comme une corniche, à la base de la voûte de cet immense vaisseau ; les autres sont placés sur un profil de moulure à rintérieur des grandes lucarnes.

Cette salle vient d'être tout récemment restaurée. Un certain nombre de ces mascarons, représentent des figures grotesques dans des attitudes plus ou moins étranges; ainsi qu'on pourra s'en convaincre par les vignettes XXVIII et suivantes. Mais en outre des figures humaines ou purement fantastiques, il s'y trouve des animaux en nombre relativement considérable, exécutés fort simplement et à très-peu de frais ; telle est une figure de singe (XXIX). Au nombre de ces sujets gro-

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CLEF DE VOUTE (Cathédrale, — Aclupllemnit au Musée d'Antiquités.

tesques, se trouvent deux fous placés /e/ebèche suivant une expression vulgaire et une posture fort singulière, offrant une certaine analogie avec la sculpture de la Cathédrale souterraine de Bourges (i). De tels motifs d'ornementation destinés à amener le sourire plutôt que la réflexion de ceux qui les contemplent s'expliqueraient plus facilement à l'intérieur d'une salle de Procureurs, qu'à l'intérieur d'une église. Mais ce serait aller bien loin peut-être que de rattacher au culte ityphaUique (2) ces priapées taillées avec innocence par de naïfs huchiers. Au surplus, libre à chacun d'interpréter à sa guise ces motifs empruntés à un monument construit en 1493, pour servir de bourse, à une salle qui ne coûta pas moins de 89,000 livres, que les touristes anglais admirent, bien que suivant eux, elle ne représente qu'en petit la salle de Westminster (3) et qu'ils ne la

(i) Champfieury. — Hist. de la Caricature, v^ édit. p. 240.

(2) Ibid.

(3) Gally-Knight. Exciirs. en Normandie, Londres l836.

5o LES SCULPTURES GROTiSQUES,

donnent que comme un riche exemple du style le moins pur et le moins massif du xv^ siècle.

Fort heureusement cette appréciation — un peu envieuse peut-être — n^est point partagée de tous. Indépendamment de l'intérêt plus spécial qui nous attire aujourd'hui vers ses sculptures grotesques, cette immense salle des Pas-Perdus^ de près de 5o mètres de longueur sur 17 de largeur, n'est pas la partie la moins curieuse du superbe Palais de Justice de Rouen.

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FRAGMENT DE SCULPTURE (AclaellemeHt au Musée départemental d'Antiquités.)

Au moyen-âge, les stalles des églises présentaient des surfaces à décorer et nous allons voir comment E.-H. Langlois décrivait ces curieux motifs de sculpture.

Ce n'est pas seulement à la Cathédrale de Rouen qu'il existait des sujets plus ou moins singuliers ; au Musée d'Antiquités on conserve le moulage de deux stalles fort curieuses de Téglise Saint-Etienne-des-Tonneliers, laquelle est supprimée aujourd'hui et transformée en magasin (i).

L'une de ces miséricordes — ou petit siège — représente un soudard la tête coiffée d'une toque, ornée de plumes, venant le broc en main sonder du doigt une futaille. L'autre que nous n'avons pas jugé à propos de reproduire, représente un tonnelier armé du maillet, achevant de cercler une barrique.

(i) Voy. Rouen qui s en va.

Il y a évidemment dans ce dernier sujet une confirmation de Tidée émise par M. Champfleury à propos des stalles de la Chathédrale. J'ai cru un moment, dit-il (i), que ces représentations symbolisaient les corps d'état qui avaient concouru par leurs aumônes à mener à bonne fin ces ouvrages de hucherie. J'ai cru que les personnages marquant de ces corporations avaient droit à s'asseoir dans le chœur sur des stalles représentant les, emblèmes de leur profession. Mais, ajoute-t-il, tout est hypothétique dans ces matières et, en première ligne, on peut mettre sur le compte du caprice ou de Timagination des artistes Tornementation des miséricordes et des accoudoirs.

Les sujets dus au caprice et à Timagination des sculpteurs dans les stalles de la Cathédrale sont fort nombreux et nous avons groupé sur une seule page six figures monstrueuses empruntées à ces miséricordes. Le septième, est la mise en relief d'un vieux proverbe — source abondante et féconde de drôleries que

(i) Histoire de la Caricature au moyen-âge.

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GARGOUILLES (Csthédrale. — Cour de l'Albane et Portail des Libraires.)

LES SCULPTURES GROTESQUES. b-j

Ton interprétait, dit Th. Wright (i), — d'une façon plus ou moins heureuse. Tel est celuici : Margaritas ante Porcos,

Voici au sujet de ces stalles — et surtout de ces sujets monstrueux, — ce que pensaient E.-H. Langlois et M. Deville qui ajouta à cette publication quelques notes fort importantes.

(c Les stalles de la Cathédrale de Rouen furent exécutées vers 1467, et sont attribuées à la munificence du cardinal Guillaume d'Estouteville.

(( Parmi les sujets représentés il faut mettre sur le compte du simple caprice ou de Tinspiration des artistes, les attributs et les scènes qui rappellent le souvenir d'un grand nombre de corporations (2). Et en effet tout était en corporation à cette époque (3), depuis les servantes qui avaient Sainte-Marthe ou Sainte- Pétronille pour patronnes jusqu'aux filles publiques qui invoquaient Sainte-Madeleine.

(i) Histoire de la Caricature et du grotesque dans la Littérature et dans l'Art,

(2) Note de M. A. Deville.

(3) Sauvai. Aniiquit. de Paris,

« On y trouve un grand nombre de figures grotesques, harpies, lions à faces humaines^ mélusines à corps gracieux terminés en longue queue de serpent. Enfin, on trouve parmi ces derniers sujets, pour employer une des locutions de leurs vieux fabricateurs, la plupart des dî^oleries si fréquemment employées par les sculpteurs et les calligraphes. C'est ainsi qu'on désigna quelquefois jadis ces figures hétérogènes créées de Tamalgame des traditions antiques avec les idées extravagantes des innombrables romans de la Table Ronde et des grosses farces pieuses et profanes de nos aïeux. Les grotesques dont les analogues se retrouvent en tous lieux, — fête des fous — sont-ils le fruit de Timagination déréglée des sculpteurs et des peintres ? ou sont-ils calqués sur des types pris en dehors des conceptions ordinaires de l'art ?

« Pour moi, disait Langlois, cette étrange iconographie se rattache à des faits passés dans le monde réel, et c'est dans l'emploi des masques si fréquent dans le moyen âge, c'est dans les déguisements mimiques et les travestisse, ments des hommes en animaux, en monstres^

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TROIS GARGOUILLES DE LA CATHEDRALE (Chapelle de la Vierge et Portail de la Ca!ende.,

en spectres infernaux, que je crois, à travers les brouillards des âges, entrevoir Torigine de ces créations métaphysiques.

(c C'est à ces causes, suivant Langlois, que Ton doit attribuer ces sujets ridicules, bizars et burlesques. On se déguisait dans les fêtes en Thonneur de Bacchus, dans celles en rhonneur de Cybèle. »

Langlois est revenu à diverses reprises sur ces interprétations de souvenirs de l'antiquité.

Dans son essai sur la Calligraphie ait moyen-âge (i) il a reproduit plusieurs figures, empruntées au manuscrit de la Bibliothèque nationale \q,^ Merveilles du Monde ou voyages de Marc-Paul — ouvrage composé en i336.

Nous y trouvons divers monstres, plus ou moins horribles — acéphales, à tête de chien — qui ne sont pas sans analogie avec nos sculptures grotesques, mais nous croyons aussi, avec Langlois, que « les récits de la fable antique, ceux de nos anciens romanciers et d'un autre côté la croyance religieuse si longtemps accordée aux transformations magiques

(i) Rouen, 1841.

ont puissamment contribué, dans l'imagination des peintres et des sculpteurs, à la production de ces énigmatiques et grotesques images qui se retrouvent non-seulement dans les monuments, mais encore dans la plupart des édifices religieux du moyenâge. ))

Enfin, il ne faut pas non plus oublier de faire dans ces représentations singulières une certaine part à ces fêtes des Fous, des Innocents, voire même à ces Goliards dont parle M. A. Canel(i).

Au xiii^ siècle, dit M. A. Canel, on trouve de fréquentes mentions des Goliards qui appartenaient plus spécialement à Tordre clérical. Ils étaient alors la personnification des mauvais prêtres et les rivaux des jongleurs bouffons. Les statuts synodaux et les canons de divers Conciles (Trêves, 1227. — Château- Gontier, i23i. — Rodez, 1289), leur interdisaient de chanter dans les offices divins, leur prescrivaient d'être tondus et même rasés et infligeaient des peines rigoureuses

(2) Recherches sur les Fous. Paris 1873.

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