‹ Les sculptures grotesques et symboliquesChapitre 14 sur 59 · TROIS GARGOUILLES · texte numérisé non relu

TROIS GARGOUILLES

(Eglise Saint-Ouen.— Abside et Portail des Marmousets.^

aux prêtres qui après trois avertissements auraient passé un an dans la goliardise ou rhistj^iouJiage — iji goliardia vel in histi^io- Jiatu et, en i336, défense était faite aux clercs d'être goliards, bouffons ou jongleurs. Parmi les sujets des stalles de la Cathédrale, nous remarquerons, tout d'abord : — Deux hommes groupés à bèchevet — placés tête-bèche^ dit-on encore vulgairement, lorsque les pieds de Tun sont près de la tête de Tautre, — d'une manière si bizarre que les pieds et la tête de chacun d'eux semblent appartenir indifféremment à Tun ou à Tautre. Cette combinaison plaisante se retrouve dans les basreliefs du Portail des Libraires et, nous l'avons déjà dit, sur une sculpture sur bois de la salle des Pas-Perdus du Palais de Justice. Ce n'est pas là le seul point de comparaison qu'il serait possible d'établir entre l'œuvre des stalles et les bas-reliefs du Portail des Libr^aireSy a dit M. Deville, soit que les artistes des stalles se soient inspirés de ces composi* tions grotesques et originales qui jouissaient peut-être de quelque célébrité, soit que les •mêmes traditions, à raison de leur popularité

agissant sur rimagination et du huchier et du maçon, aient fait sortir du ciseau respectif de ces (( ymaigiers )> les mêmes représentations. C'est ainsi que, outre le Samson terrassant un lion qui existe également au Palais de Justice, nous trouvons sur les stalles de la Cathédrale et sur le Por^a// des Libraires^ une bizarre figure humaine avec des pieds d'oie', la tête ceinte d'un tortil, tenant une fronde en fléau brisé, et une rondelle bombée. Puis : une femme chimère à corps de lion, les bras ouverts et couverts d'une draperie ainsi que la tête; une chimère à torse humain et partie inférieure d'oiseau pinçant de la harpe — cette figure humaine rappelle TAne qui vielle, de Notre-Dame-de-Chartres, de Saint-Georgesde-Boscherville ; le Baudet harpant d'Holbein ; une chimère drapée, Mélusine relevant sa queue de serpent et portant de Tautre un miroir rond, les véritables figures de Mélusine représentant cette fée enfoncée dans Teau, tenant un miroir et démêlant sa chevelure; une femme assise sur un lion ; une femme chimère coiffée du voile et de la guimpe tenant un écu et un objet brisé; une chi-

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mère avec face humaine sur Tabdomen; et enfin : une jeune femme, les bras ouverts, paraissant vouloir couvrir de son voile ou manteau, un petit enfant debout.

Un autre sujet emprunté aux stalles d'une église des environs de Rouen, — Bourg- Achard (Eure), — pourrait, comme le fait remarquer Langlois, être classé dans les obsceyia. Nous avons rapproché de cette sculpture sur bois un motif emprunté à la salle des Pas-Perdus du Palais de Justice (XXXV) représentant un Singe dans une non moins singuUère posture.

Ce sont là, évidemment, de ces sujets fort difficiles à reproduire; si jadis, disait Langlois, ils ne détournaient pas Tattention des fidèles, ils ne paraissaient pas du moins les scandaliser.

Nous regretterons, avec M. Champfleury, que notre excès de pudeur nous prive d^importantes connaissances à cet égard, hauteur de VHistoire de la Car^icature nous apprend qu'un archéologue distingué, de Bordeaux (i), cache au fond de ses cartons

(i) M. Léo Drouyn, qui est de plus un aquafortiste émérite et a pris part fort honorablement à différents Salons de Paris.

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de curieux spécimens de sculpture de ce genre — difficiles évidemment à mettre sous les yeux de tout le monde. Mais la pudeur du xix'^ siècle, laquelle est tout autre que la pudeur du xv% nous fait juger tout différemment les choses aujourd'hui, parce que nous les jugeons maintenant avec la pruderie et la délicatesse que nous ont données sept ou huit siècles de civilisation (i).

En outre de F Apocalypse, des Fables et des Apologues qui ont exercé le ciseau des imagiers — témoin la fable du Renard et du Corbeau^ celle du Loup et la Cigogne^ à Amiens. — les fabliaux ont été iconographies au xiii^ siècle.

(( A cette époque, dit M. de Caumont (2), où Ton nourrissait son esprit de la lecture des romans de chevalerie, le sculpteur devait aller prendre là, pour les rendre plus populaires les allégories morales dont il décorait les édifices. » Et cet auteur cite le Lai d'Aristote sculpté sur plusieurs cathédrales : le sens

(i) Champfleury. Hist. de la Caricature.

(2) ABC de r Archéologie^ l'Architecture religieuse.

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moral y est, dit-il, facile à découvrir : c'est que rimpureté rabaisse Thomme jusqu'à la brute* Le mot impureté est peut-être bien fort, mais (( femina est diabolus )) dit Origène.

Le lai d'Aristote est cependant une assez jolie chose, à notre humble avis du moins.

Les stalles de la Cathédrale, représentent Aristote chevelu et barbu, de grande et énorme taille et la petite femme microscopique coiffée de ce hennin à pointes recourbées d^une forme caractéristique, le corsage échancré et la gorge franchement découverte.

A une certaine époque on avait voulu voir dans ce sujet le sage Socrate, tracassé par Facariâtre Xantippe (i). C'était un tort, et ce bas-relief représente Aristote le Sage amou*reux fou d'une fort belle jeune fille, et se prêtant à sa fantaisie de la laisser chevaucher sur son dos, préalablement chargé d'une selle de palefrqy^ à seule fin d'être plus honnestement assise^ dit le trouvère Henri d'Andely (2).

Le bas-relief, d'une fort belle exécution,

(i) E.-H. Langlois.

(2) Poète du xiii^ siècle.

emprunté au portail de la Calende, est placé à la base d'une statue; sa composition est bien plus conforme au récit du poète; car sur les stalles, la selle et le mors ne sont pas caractérisés comme sur celui que nous reproduisons (XXXIX). Il ne serait pas sans intérêt de rapprocher les diverses interprétations de ce sujet que Ton trouve à Saint-Pierre de Caen, à Lyon et au château de Gaillon, dans l'un des médaillons des pilastres de la façade conservée à PEcole des Beaux- Arts (i).

Il devait évidemment se trouver plus d'un artiste que devait séduire ce sujet et cette damoiselle réunissant tant de perfections. Peutêtre même étaient-ils assez nombreux ceux qui excusèrent ce sage, ce philosophe, travaillant dès Taurore, ce moraliste sévère, éperdu à la vue de cette gente demoiselle se promenant dans le vergier en pure chemise^ dit le poète. Dialectique et élégie devaient s'effacer devant la beauté.

Mais si l'Amour entraîne un vieillard à de pareilles folies, dit Aristote surpris en flagrant

(i) M. de Guilhemy. Revue de V Architecture.

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délit par son maître, avec quel soin un prince jeune et beau ne doit-il pas se garder des passions!

Et quant à la morale du Trouvère :

Veritez est et je lo di

Qu'amours vaint tout et tôt vaincra

Tant com li siècles durera

elle n'est pas encore usée, croyons-nous.

Au moment où ce volume est sous presse, le Lai cCAristote après avoir séduit les imaygiers, ne vient-il pas de séduire de nouveau poètes et musicien.

Le dernier succès de l'Opéra-Comique, — succès un peu éphémère peut-être, mais que les dessins du caricaturiste Stop (i) ont cependant consacré — le Char, musique d'Emile Pessard, poème de Paul Arène et Alphonse Daudet, vient de paraître avec cette épigraphe :

O Sages, comme vous rampâtes!

Campaspe est nue en son grenier Sur Aristote à quatre pattes.

L'Esprit a l'Amour pour ânier.

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