VICTOR HUGO
(i) Journal amusant.
et cette dédicace :
Au viel auteur du Lai d'Arîstote
qui le premier osa
montrer le grave Stagyrite bridé par l'Amour
cette œuvre irrévérencieuse est dédiée.
DIEPPE
GARGOUILLE DE L EGLISE SAINT-JACQUES
LES SCULPTURES GROTESQUES. 8i
Les bas-reliefs du portail des Libraires — qui forment la plus grande partie de ce recueil — ont de tous temps excité une curiosité bien légitime.
Si les touristes ont Jeté, en passant, sur ces énigmatiques sculptures plus d'un regard rapide et parfois distrait, les archéologues et tout spécialement E-H. Langlois les ont mentionnées à diverses reprises dans leurs ouvrages.
Le portail des Libraires date de la fin du xni'' siècle. Il a été exécuté du temps de Parchevêque Guillaume de Flavacourt et trèsprobablement pas Jehan Davy, de 1280 à i3oo. Il s'élève à l'extrémité du transept nord de la Cathédrale et on y arrive par une cour qui fut jadis occupée pendant des siècles par des libraires, relieurs ou boursiers.
Cette cour est fermée par une porte du
XV* siècle dont les deux baies, en anse de panier, se terminent par une double galerie à jour. La gargouille (XIV) et le petit motif sculptural (XI) appartiennent à cet avantcorps, œuvre de maistre Guillaume Pontif (1464- 1484) et forment une sorte de Jubé.
Le bâtiment servant aux cours de la Faculté de théologie, et les dépendances de l'ancien manoir épiscopal forment de chaque côté du portail, deux ébrasements décorés de statues^ Parmi celles-ci se trouve la curieuse statue de Sainte-Geneviève (XII), restaurée d'après des fragments de l'époque.
Les soubassements des statues sont ornés d'une série de médaillons en bas-relief encadrés dans des quatrilobes jointifs. Les motifs représentés sont empruntés à l'Antiquité, aux Bestiaires, à la Bible et aux travaux des Mois, a dit M. Tabbé Cochet, (i)
M. de Caumont (2) prétend de son côté que les sujets de ces bas-reliefs sont, les uns empruntés à l'histoire sainte , et les autres à
\\) Répert. Archéolog. de la Seine- Inférieure, {2) Joanne. Itin. de France^ Normandie,
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GARGOUILLE DE L EGLISE SAIXT-REMY
des grotesques et des obscena-^ quelques-uns même semblent, dit-il, avoir été inspirés par les métamorphoses d'Ovide.
L'auteur d'un Itinéraire de Rouen (i) — fort intéressant et devenu rare — en renonçant à expliquer les innombrables sujets du portail de la Calende et ceux encore plus nombreux du portail des Libraires, se demandait, à la vue de ces médaillons burlesques empruntés aux fabliaux ou aux romans du mo3^en-âge, quelle était l'interprétation à donner aux figures grotesques et satyriques, que l'on rencontre si souvent dans les sculptures des églises jusqu'au xvi^ siècle ?
« Comment, dit cet auteur — dont le Bibliographe Norjnayid de M. Ed. Frère ne nous a pas révélé le nom, — comment tout cela s'alliait-il, dans l'esprit de nos aïeux, avec les images pieuses ? Et si c'était non des alliances, mais des antithèses, quelle en était la signification ? Les artistes voulaient-ils représenter le monde avec ses vanités et ses ridicules, dominé, écrasé par les symboles religieux?
(i) Nouvel itinéraire^ Rouen, 1843*
Les francs-maçons qui, du xii^ au xvi^ siècle,bâtissaient les églises, voulaient-ils, en personnifiant les vices sous la figure de nioines, foire la satire du luxe, de la fainéantise et de la licence des religieux, comme par représailles contre les procédés de Tarchitecture sacerdotale du xi^ siècle qui avait tant de fois fait grimacer des figures de serfs sous ces chapitaux grotesques? Ces questions, tant de fois posées, ne paraissent pas avoir encore de solution satisfaisante.
(( Peut-être est-il plus naturel de penser xjue les caricatures sculptées sur les murs de nos églises ou représentées sur leurs verrières, dérivent des mêmes idées qui, parmi les cérémonies du culte, avaient introduit au 'moyen-âge, la fête des Fous, celle de Tabbé des Cornards, celle de l'Ane, les mascarades, les mystères mêlés de farces, tant de profanations, en un mot, dont une piété plus rigide n'obtint qu'à grand peine, et bien lentement, l'abolition et la réforme. Désespérant de pouvoir comprimer tous les instincts de l'homme, le clergé avait voulu, en leur donnant un aliment, se le^ rattacher, et il avait fait jde
DIEPPE
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GARGOUILLE DE l'ÉGLISE SAINT-JACQUES.
TEglise le centre où toutes les choses venaient aboutir : immense synthèse qui devait réunir tous les contrastes, puisqu'elle se proposait d'embrasser, par chacun de ses côtés si divers, l'esprit humain tout entier.
(( Le Drame, la Satire, la Caricature, l'Ode, les Arts du Dessin, la Musique, tout ce qui frappe les sens ou Tintelligence, il se Tétait approprié, et reportant à Dieu et à lui-même toutes les créations, tous les plaisirs, tous les besoins de la nature humaine, il Favait ainsi circonvenu de toutes parts.
(( En offrant satisfaction à tous les goûts du peuple, le catholicisme ne pouvait manquer d'être populaire. Et voilà comme, après les plus majestueuses cérémonies, il ouvrait ses temples à la représentation des farces les plus grossières. Voilà comme, au-dessous de ses symboles les plus sublimes, il faisait représenter des scènes grotesques et satiriques. »
Ces lignes sont évidemment à rapprocher d'un passage du Dictionnaire d' Architecture de VioUet-le-Duc qui, à propos précisément de ces animaux réels ou fabuleux, signale aussi cette tendance à une sorte d'illustration
encyclopédique sculptée — gravée — sur pierre.
: C'est au moment de l'épanouissement de ji'Ecole laïque, dit VioUet-le-Duc, que les ani* maux si fréquents dans Tornementation romane, délaissés à la fin du xif siècle, reparaissent dans la décoration extérieure des :édifices.
« Pourquoi ces animaux, dira-t-on? Parcç que les tendances de TEcole laïque, qui éleva ces monuments étaient une sorte de Cosmos, véritable résumé de l'Univers. On y retrouve -encore la trace appréciable du panthéisme des .Aryas, le Bestiaire mélangé des fables de Pline, des opinions de la dernière antiquité païenne laissent percer les traditions locales. Les évêques permettaient, jusqu'à un certain point, à r extérieur des édifices religieux, la .représentation de ces mythes appropriés à l'idée chrétienne, tel que ce Phénix décrit par les anciens renaissant de ses cendres, symbolisant également Jésus-Christ ressuscitant, et idans le mythe il n'est pas difficile de reconnaître VAgni des Vedas.
)) Les sculpteurs du xni^ siècle dans ce
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