GARGOUILLE ET MOTIF DE SCULPTURE DE L EGLISE SAINT-JACQUES
LES SCULPTURES GROTESQUES. q3
monde d'animaux réels et fantastiques comme on en trouve aux extérieurs de Notre-Dame de Paris, d'Amiens et de Reims, ont produit en ce genre des œuvres d'une incontestable valeur, poussant Tétude de la nature aussi loin que possible dans le détail de rendu d'êtres qui n'existent pas. )>
La fameuse Truie, Jouant de la vielle à archet (LVIII) est un des motifs les mieux exécutés parmi cette nombreuse série de basreliefs du portail des Libraires qui compte plus d'un chef-d'œuvre. Ce bas-relief a été reproduit (d'après une photographie) et gravé à l'eau forte par F. Hillemacher, dans les instrumerits à archet de ^L A. Vidal, et cet auteur a remarqué que l'instrument et la position des doigts étaient assez précis. Note précieuse, pour une sculpture du xiii^ siècle et qui prouve que les artistes de ce temps-là savaient rendre exactement ce qu'ils voulaient... même en laissant place à l'imagination et alors même qu'ils inventaient les monstres les plus baroques.
(( En outre de ces combinaisons monstrueuses, des animaux réels ou fabuleux, tels
que le Lion symbolisant la vigilance, le courage (i) TAntula (cruauté), TOiseau Caladre (pureté), la Sirène, le Pélican (charité), TAspic (gardien des baumes précieux, résistant au sommeil), la Chouette, le Guivre, le Phénix, le Basilic (personnification du diable), se trouvent abondamment au xii^ et xnf siècles. Au xiv^ siècle ils disparaissent dans Tornementation pour reparaître abondamment au xv*' et au commencement du xvi^ siècle. Les représentations des fabliaux deviennent alors plus fréquentes, fort peu décentes parfois. La satire remplace les traditions et les croyances populaires ; les artistes abusent de ces détails et couvrent leurs édifices sans motif ni rai-' son jusqu'au moment où la Renaissance vient balayer tous ces jeux desprit usés^ pour y substituer ses propres égarements. »
Cette dernière phrase à l'adresse de la Renaissance est peut-être un peu dure, mais on ne peut être du goût de tout le monde; et M. VioUet-le-Duc professe pour le moyenâge un tel amour, qu'on peut lui pardonner
(i) VioUet-le-Duc. Dict. d Architecture, T. I.
ROUEN
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CATHEDRALE (Chapelle de la Vierge.)
ce qu'on ne saurait même excuser chez d'autres.
On disserterait pendant des années sur ces monstres, sans épuiser les documents à consulter, les citations à faire et les preuves que chacun interprète au gré de ses désirs, malgré l'admonestation de Saint-Bernard que nous avons reproduite plus haut, laquelle est cependant d'une clarté à désespérer les ergoteurs^ a dit M. Champfleury.
L'abbé de Clairvaux ne voyait dans ces sculptures que ce qui sV trouvait, c'est-à-dire des caprices sans utilité pour les esprits véritablement pieux, et son attestation, ainsi que celle de saint Nil, prouve qu'une certain^ indépendance était laissée aux tailleurs de pierre. Si cela paraît tout simple et admissible à quelques-uns, tout le monde n'est pas de cet avis, et entre autres et par dessus tous, les auteurs des Mélanges d'Archéologie,
Ces Mélanges d'Archéologie, édités il y plus de vingt ans, ont eu tout récemment une nouvelle série et, chose singulière, ces ouvrages qui, — il serait injuste de le méconnaître — sont ceux de véritables savants, ces
ouvrages dus à deux Pères de la Compagnie de Jésus, pour lesquels la signification chrétienne des figures prime tout autre aspect, ces ouvrages étaient, paraît-il, assez mal vus par les supérieurs de cet ordre. C'est ce qui résulte en effet d'une fort curieuse anecdote que raconte M. A. Darcel (i) Les g'...ueux ne nous donnent pas un sou, répondait en souriant le P. Martin à M. Darcel qui, — suivant lui ou le symbolisme n'était qu'un mot — se figurait que le motif ornant le titre de leurs volumes^ vignette empruntée à la Bible de Charles le Chauve et représentant deux oiseaux noirs, posés sur le bord d'un cylix assez profond^ n'avait d'autre signification que celle-ci : Les RR. PP. A. Martin et Cahier, puisant dans la caisse des Jésuites.
Il n'en était rien, et ces ouvrages, d'un véritable intérêt scientifique, étaient édités aux frais des auteurs. Il y aurait vraiment eu de quoi dégoûter d'autres travailleurs de leurs recherches, — car Dieu sait ce qu'il en fallut faire pour publier de semblables volumes; —
(\) Gaj. des Beaux- Arts. Fev. 1876.