‹ Les sculptures grotesques et symboliquesChapitre 19 sur 59 · SCULPTURE SUR BOTS · texte numérisé non relu

SCULPTURE SUR BOTS

Palais de Juslii:*:. — Salle des Pas-Perdas.)

On a eu longtemps la manie, — la mode de chercher des intentions cachées sous les formes extérieures : c'est ainsi que la langue tirée symbolisait la luxure ; un moine buvant dans une cave, Tivrognerie. Selon M. Tabbé Filleau (i) tous ces monstres grotesques, ces figures grimaçantes qui décorent les façades des monuments religieux étaient la personnifications des vices vaincus par les vertus.

Mais il ne faut pas oublier que la caricature et le burlesque sont naturellement destinés à attirer l'attention du public; aussi les faisaiton figurer sur les monuments les plus exposés aux regards du peuple. Tel a été surtout le cas dans les premiers temps du moyen-âge pour les édifices ecclésiastiques, et cela explique

(3) Bullet. Monument., t. VI.

i22 LES SCULPTURES GROTESQUES.

comment ils sont devenus le grand réceptacle de ce genre d'œuvres d'art (i).

Le penchant de donner aux démons des formes monstrueuses, qui tournaient au grotesque était naturel, car la laideur était un des caractères essentiels des démons. D'ailleurs, dit M. Th. Wright, au lieu de regarder les personnages des superstitions populaires comme des êtres fabuleux, le clergé chrétien enseigna qu'ils étaient tous des créatures diaboliques et autant d'agents de l'Esprit du Mal occupés à tenter les hommes.

Les physionomies burlesques qu'on trouve répandues dans l'ornementation architecturale des anciens édifices religieux sont très-nombreuses et Fauteur de cette Histoire de la Caricature et du Grotesque à laquelle nous avons fait de nombreux emprunts n'a pas même essayé d'en donner une classification détaillée. Le même auteur prétend que cette décoration était calculée pour produire son effet sur les classes inférieures et moyennes, et que les extrémités de serpents et de dragons et les

(i) Th. Wright. Hîst. de la Caricature.

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SCULPTURE SUR BOIS (Palais de Justice. — J'alle dos Pu.i- Perdus.]

replis de reptiles forment parfois une ornementation d'une grande hardiesse et d'un eliet puissant.

On a trouvé que le cochon moitié homme qui joue du violon dont nous avons déjà parlé (i), et quantité d'autres sujets n'étaient que des sujets plus ou moins ridicules [2).

Nous ne relèverons point cette appréciation plus que singulière, les caricatures du pourceau jouant du violon — il en existe un à la cathédrale de Winchester — pourraient bien être une satire de l'intempérance qui aurait été alors le trait caractéristique des ménestrels. — Les bas-reliefs singuliers, les Centaures, les Syrènes, les Chimères, les Harpies forment évidemment une légion de monstres des plus recommandables, mais il ne faut pas perdre de vue que, d'un côté le goût prédominant du moyen-âge pour les animaux monstrueux, — et l'on sait que le monstrueux touche de près au grotesque — et de l'autre les méprises que les sculpteurs de cette époque ont fait et dû nécessairement faire dans les attributions

(2) Gilbert, Descript.de la Cathédrale. Rouen, 1816.

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