‹ Les sculptures grotesques et symboliquesChapitre 9 sur 59 · CHAPITEAU DE LA \EF DE LA CATHEDRALE · texte numérisé non relu

CHAPITEAU DE LA \EF DE LA CATHEDRALE

reliefs du portail des Libraires de la Cathé» drale de Rouen et sur ce curieux volume des Stalles qui fut certainement un des premiers ouvrages qui appelèrent Tattention sur les sculptures grotesques et satiriques qui décoraient les édifices religieux au moyen-âge.

Ce n'est que bien plus tard en effet que des artistes parisiens reproduisirent des figures grotesques et principalement ce Lutin de la Cathédrale, — véritable Méphistophélès, — paraissant se complaire au tableau des habitants de la ville se Hvrant à qui mieux mieux au péché et laissant lire sur son visage en un ensemble diabohque, la malice, Torgueil et Tenvie. L'eau forte de Méryon (i) est bien connue, quoique rare. Elle représente le stryge sculpté à Tangle de Tune des tours de Notre- Dame, contemplant Paris que domine le riche clocher de Saint-Jacques-de-Ia-Boucherie avec ses angles tout émoussés de sculptures, avec ses quatre monstres juchés aux encoignures de son toit, semblables à des sphinx do.inant à

(i) Catalogue de l'œuvre de Méryon par P. Burty, Galette des Beaux-Arts, t. XV, i863.

-deviner au nouveau Paris, Ténigme de l'ancien. On lit au-dessous cette légende :

3ngûttûblc Dampirc retcrncUe lururr Sur la jranbe dite couDoitc ôû pâture (i)

Depuis quarante ans le goût de Tarchéologie s'est répandu dans toutes les classes de la société. D'un côté, la curiosité aidant, de Tautre, les partisans d'un symbolisme efiFréné voulant expliquer à tout prix les choses les moins explicables, de nombreux volumes

(i) La planche de Méryon avait attire Tattention des artistes; la foule devait plus tard (Salon de iSyS) se presser curieusement devant une amusante toile de E. de Beaumont « Où diable l'amour va-t-il se nicher » nous montrant derrière cette même figure de stryge ; deux amoureux tendrement enlacés, une figure d'homme à peine entrevue et une jeune femme dont le corsage vert pomme agréablement décolleté jetait sa note vive et claire parmi les tons gris des sculptures de pierre. Ce tableau a été reproduit à l'eau-forte par Léon Gaucherel {Paris à ï eau-forte^ i SyS, t. II) et réunit deux grotesques : le Stryge de Méryon et une autre figure gravée depuis par Ant. Monnier [Eaux-fortes et Rêves creux].

ROUEN

DEUX RETOMBEES DE VOUTE DE LA CATHEDRALE (Chapelle Saint-Etienne. — Tour de Beurre.)

parurent. Les uns, d'un aspect engageant, d'une lecture facile, instructifs et agréables à lire pour tous, tels que l'excellente Histoire de la Caricatin^e de notre ami Champfleury ; les autres, graves, solennels et sérieux, bourrés de science, de faits, de dates et de citations... un peu indigestes, peut-être, mais en tout cas ne s'adressant qu'à un public fort restreint, tels que les Mélanges d archéologie et les Traités du symbolisrjie, de plusieurs auteurs. Aujourd'hui on est familiarisé complètement avec ces monstruosités; on n'en détourne plus les yeux avec horreur; bien au contraire... On les regarde, curieusement il est vrai, mais en cherchant à les bien voir ; et il est permis à plus d\m, sans être accusé de mauvais goût, d'être du même avis que Théophile Gautier (i). a Le profil de TApoUon est d'une grande noblesse — c'est vrai, dit-il, mais un mascaron grimaçant, dont Toeil s'arrondit en prunelle de hibou, dont la barbe se contourne en volutes d'ornement, est, à de

(i) Les Grotesques, préface, p. XL Paris, nouvelle édition, 1859.

jo LES SCULPTURES GROTESQUES.

certaines heures, plus amusant à Tœil. Une guivre griffue, rugueuse, papelonnée d'écaillés, avec ses ailes de chauve-souris, sa croupe enroulée et ses pattes aux coudes bizarres, produit un excellent effet dans un fouré de plantes extravagantes; — un beau torse de statue grecque vaut mieux sans doute, et pourtant il ne faut pas mépriser la guivre.

De ce que la Vénus de Milo est belle on ne saurait admettre que toutes les femmes qui ne ressemblent pas à la Vénus de Milo sont laides, a dit M. Viollet-le-Duc. Et plus d'un morceau de sculpture du moyen-âge, sans offrir les caractères de beauté de Fart antique, ncn est pas moins parfois fort agréable à regarder.

C'est Tavis d'un ^rand nombre d'auteurs et de Théophile Gautier, qui prétend avec infiniment de raison que : « Le ragoût de Tœuvre bizarre vient à propos raviver le palais affadi par un régime trop sain et trop régulier et que les plus gens de goût ont besoin quelquefois pour se remettre en appétit, de piment, de concetti, et de gongorismes. y>

ROUEN

RETOMBEE DE VOUTE DE LA CATHEDRAT,E (Chapelle Saint-Etienne. — Tour de Beurre.)

LES SCULPTURES GROTESQUES, i3

Jadis, les sculpteurs statuaires n'étaient que de simples imagiers ; mais le titre ayant paru maigre on Ta changé (i).

De nos jours, où la caricature est exclusivement cantonnée dans les petits journaux, on ne connaît pas un architecte appelé à bâtir une église moderne qui ornemente la façade et les chapiteaux de magots et de figures bouffonnes (2).

Pour décorer une église, on s'adresse maintenant au sculpteur ornemaniste, à celui qu'autrefois on nommait le tailleiir-folliager. C'est lui qui creuse les feuillages et les rinceaux. Pour les figures on fait généralement appel aux fabricants de statues au

(i) Viollet-le-Duc. Dictionnaire d'Architecture. (2) Champfleury. Préface de V Histoire de la Caricature au moyen âge.

rabais, de toute dimension, de toute matière, de tous prix, qui encombrent alors de leurs produits rédifice qui devient parfaitement banal.

Il y aurait peut-être beaucoup à dire sur les tendances au style pur que Ton paraît afficher dans tous les nouveaux projets d'églises et peut-être en cherchant bien ce goût prédominant s'expliquerait-il tout naturellement et d'une façon fort simple. Ces édifices de style primitif supportent plus aisément que d'autres Tabsence totale de sculptures; le monument une fois achevé, parait peut-être manquer de quelque chose, il parait peut-être incomplet, ses surfaces nues inquiètent bien un peu le regard; mais il y a économie et cette compensation en vaut bien une autre, parait-il. Au moyen eige cependant, la sculpture ne se sépare pas de Varchitecture^^l Viollet-le-Duc a^ retracé à grands traits Thistoire de la sculpture à cette époque.

Au commencement du xiii'' siècle, dit-il (i),

(i) Dictionnaire d'Architecture.^ t. VIII.

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