SENTIMENTS DIVERS
En sbrtant du Palais-Cardinal, Ryha 6e dlrigba verô la litière qui l'avait amenée et où se trouvait son fidèle serviteur, son Pacolet, celui qui obéissait à Ses Ordres âtt moindre regard, ati moiàdte geste.
- AU Ltiiembbu*g ! r&Ha-t-elle, et tomme s'il s'agissait de la vie.
L'ordre fat exécuté. Ryna ne se sentait pas vivre, toutes ses artères battaient à la fois, son agitation était au comble;
— Plus vite! plus vite! répétait-elle sans cesse. Il me semble que j'arriverais plus vite à pied!
Elle arriva pourtant, sauta à bas de sa litière, en s'adressent au premier garde qu'elle rencontra*
— Si vous avez une mère, dites-moi où Ton a déposé le cofps du jeune page assassiné.
— Là, dans cette salle basse, répctodit-il d'un air de pitié; et c'est un grand dommage, cat c'était tin fier garçon.
Ryna entra, ou plutôt se précipita dans la pièce indiquée, en faisant signe à ses gens de la suivre. Le spectacle qui frappa ses yeux était déchirant. Le pauvre Olivier encore étendu sur le brancard, encore enveloppé du manteau de son maître, que personne n'avait songé à lui enlever, où reposait sa belle tête tombante et ses longs cheveux ensanglantés. La mort n'avait point apporté de changement sur ses traits beaux et calmes t elle l'avait saisi vite, inopinément, au milieu d'un rire joyeux peut-être, un léger coloris couvrait encore ses joues : on eût dit qu'il dormait.
A côté de lui brûlaient deux cierges, et un prêtre était en prières.
— Mon fils! taon fils! murmura-t-elle en s'ageûouillant.
Son œil était sec et brillant : sa peau fiévreuse, sa
douleur ne ressemblait point aux douleurs ordinaires.
— Ètes-vous sa mère, ma fille? demanda le bon prêtre.
— Je suis sa mère, et je viens le prendre, réponditelle avec une inexprimable expression.
— Monsieur a résolu de lui faire de magnifiques funérailles.
— Oui, pour braver le cardinal, sans doute. Et que m'importent ces funérailles et tout ce bruit! Je veux mon fils, et je l'aurai ; je me soucie peu des querelles politiques,
— Il faut au moins le demander à monseigneur.
— Allez-y donc, mon père; je le garderai bien, moi. Il y avait dans le ton, dans les manières de Ryna
quelque chose de dominateur, auquel il était impossible de résister; elle commandait en reine et se faisait obéir du regard. Le prêtre se leva et sortit. Elle donna à son domestique les ordres nécessaires pour la translation du corps dans la litière.
S'ils me le refusent, je l'emporterai malgré eux. Mon fils est à moi, c'est mon fils, mon bien, mon trésor, et voilà tout ce qu'il en reste.
Elle se jeta sur cet enfant, qu'elle n'avait point encore embrassé, et le couvrit de baisers, pourtant ses larmes ne coulaient pas. L'étrange femme n'avait de son sexe que la passion et le dévouement ; oublieuse de toutes faiblesses, elle renfermait ses douleurs en elle-
même, elle en souffrait doublement, et la vengeance seule guérissait ses plaies. Le prêtre revint :
— Son Altesse Royale demande à vous voir, dit-il.
— Où est le prince?
— 11 vient, il me suit.
En effet, Monsieur entra suivi de plusieurs seigneurs. Ryna se leva en le saluant respectueusement, et étendant la main sur le cadavre :
— Je viens le chercher, dit-elle.
— Je ne puis vous le rendre. Je veux qu'il soit porté à sa demeure dernière avec les honneurs dus à un enfant qui s'est sacrifié pour moi.
— Je ne vous le laisserai point, Monsieur. Le corps d'Olivier appartient à sa mère, et sa mère le veut, le réclame.
— Qui me prouve que vous êtes sa mère!
— Ah! Ton voit bien que vous n'avez jamais aimé la vôtre!
Le prince rougit.
— Vous êtes hardie, madame, reprit-il; on passe beaucoup à la douleur, sans doute; cependant, je ne puis comprendre votre obstination; vous devriez être heureuse des honneurs que votre fils recevra, de ce que je compte faire pour lui.
— Pour vous, monseigneur, et non pour lui. Est-ce que je ne connais pas les cours et les intrigues? Le convoi d'Olivier sera un prétexte pour la révolte, on
lé bâttrâ dans la rhe, on se jettera 6Ur lui itëuWtte, et on le profanera. Mais vous aurez humilié te cardinal ; mais vous aurez bravé son pouvofr et celui du rbi : vous serez satisfait.
— Madame, quel est votre nom?
— Je suis la mère d'Olivier, ihonseignëul1, je n'ai pas besoin de vous en dire davantage.
— Et si je vous faisais arrêter?
— Vous en êtes le maître, pourtant vous nB le ferez pas.
— Pourquoi?
— Parce que vous prétendez aimer ihon fils et que vous ne pouvez punir sa mère, qui ne vous demande que son cadavre.
— Que dois-je faire, messieurs, dit Gaston?
— Lui donner son fils, monsieur, répondit Fontrailies, elle vous rend peut-être service en le réclamant, ces funérailles vous auraient entraîné plus loin que de raison.
Cette réflexion judicieuse ramena Monsieur à Ane douceur inaccoutumée.
— Je sais ce qu'il faut accorder à la douleur» dit-il, et je ne veux point vous priver de la consolation qui vous touche. Emportez ce pauvre enfant, et, si vous avez plus tard besoin de moi, n'oubliez pas que je fus son âmi.
Ryna s'inclina seulement avec hauteur* prit dans ses bras la tête de son fils, fit signe à son serviteur de sou-
lever Btes pieds, et tous deux sfe mitent ett devoir de le transporter dans la litière. Monsieur et leâ seigneurs se découvrirent sur son passage, le pt-ôtre l'accompagna en murmurant une prière. Aussitôt que le corps fut déposé, on se mit en marche et Ryna ferma les rideaux.
— Tbut est extraordinaire dans ce pauvre enfant, dit le grince, voici maintenant uhe mère masquée qui le réclame avec des menaces. Je l'ai rendu, j'ai cru bien faire, à la garde de Dieti ! v
Cependant Ryna tenait sur ses genoux la tête chérie de son flls unique, elle le serrait contre 6a poitrine, et, l'appelant des noms les plus tendres :
— Mon eûfanl! inon cher Oliviet! mon bien-aimê Olivier! se peut-il que je t'aie perdu, répétait-elle.
Alors, pour la première fois, une larme tomba de ses longs cils sur le front du jeune homme, une larme unique, la seule qui restât dans ce cœufr, qui en avait tant répandu. Après Une heure de marche, l'équipage s'arrêta à la porte d'une petite maison, dans le village de Saint-Cloud, où nous le laisserons.
A peine Ryna était-elle partie qu'un carrosse passa la grille du Luxembourg et entra à toutes brides dans la cour. Les mantelets s'ouvrirent et une femme, masquée comme Ryna, en descendit. Monsieur n'était point encore rentré chez lui, il se mit à la fenêtre, et, en voyant cette nouvelle visite :
— Qui nous arrive donc encore? demanda-t-il?
— Une belle dame et incognito, répondit Fontrailles, elle demande à voir Son Altesse Royale, et ne parle point de se faire connaître.
— Qui cela est-il?
— Je ne sais, je ne l'ai jamais vue. Elle ne ressemble à aucune des personnes de la cour.
— Recevons-la donc alors, pour nous éclairer.
La dame s'avança avec une grâce et une dignité peu communes.
— De la part de M. le cardinal, monsieur, dit-elle eu s'inclinant.
— Il ne pouvait choisir un messager plus agréable, madame; j'écoute.
— Monsieur le cardinal m'a chargée de complimenter Son Altesse Royale, sur la mort du pauvre page si traîtreusement assassiné à Rueil. 11 espère que vous n'en avez point gardé de rancune, et que vous voudrez bien conserver vos bonnes relations avec lui.
Monsieur s'inclina avec hauteur, sans répondre.
— La mère du pauvre enfant est venue tout à l'heure au Palais-Cardinal, elle est hors de raison, par la douleur; elle a menacé de se rendre au Luxembourg et M. le cardinal a craint que ses propos et ses extravagances ne puissent incommoder monseigneur. Son Èminence le supplie de ne faire aucune attention à ces
. folies, de la croire tout à fait étrangère à ce que cette femme pourra dire ou faire dans la maison de Son Altesse Royale. Ma visite n'a pas un autre but.
— H. le cardinal est heureux dans le choix de ses ambassadeurs.
— Ge choix est étrange sans doute, Monsieur, ce n'est point aux femmes à s'entremettre dans les affaires des grands personnages, mais je suis une très-ancienne amie de Son Éminence, je me trouvais chez elle quand cette folle a forcé les portes et s'est ensuite échappée malgré nos instances, je suis donc venue sur-le-champ après elle...
Monsieur regarda ses conseillers, il devina un piège.
— Veuillez dire à Son Éminence, madame, que nous avons déjà vu la pauvre mère, que nous avons fait droit à sa demande et qu'elle vient de partir, emportant dans ses bras le corps de son fils. Elle a défendu à personne d'y mettre la main, elle s'en est chargée ellemême, avec toute la majesté de la douleur Nous en avons été touchés jusqu'au fond de l'âme.
— Et la malheureuse femme ne s'est rien permis...
— Rien du tout, rien absolument, que Son Éminence se rassure. Nous sommes vraiment touchés de sa sollicitude, elle est tout à fait à sa place, après ce qui s'est passé hier. Car c'est chez elle, c'est dans sa maison... je n'y veux pas penser, c'est une douleui; trop vive et trop cruelle.
En approchant de Gaston, Josseline avait ôté son masque, selon Tétiquette établie généralement. Chacun avait été frappé de son visage hautain, bien que régulier et magnifique. Elle sortait si rarement de sa retraite,
excepté pour ses fcarticulifers àtec lb ihinistre, qu'elle était complètement inconnue. Le prince, comme fotis les gens de son caractère, était curieux et Méticuleux dans les petites choses. Il dëvihàit une ihtriguë quelconque sous cette visite, il lisait dans les yeiix de celte fenime Une fausseté positivé et tepétidant, au lieu de •se préoccuper du danger grave, il ne songeait qu'à deViber tjùi elle pouvait être, quelles retàtMs elle avait avec le tout puissant ministre, cette femme, qui sortait de terre tout à 'coup.
— Y aurait-il de l'indiscrétion, màdartïé, dit-il, en affectant une galanterie fort éloignée de ses habitudes, à vous demander le nom de l'aimable ambassadrice. Tout ce qui vient de Son Érhinence, où de sa part, m'est précieux et cher, il faut bien nommer tin souvenir agréable, vous n'aurez pas la cruauté de me le reruser.
— Je suis la comtesse Josseline de Sauiieu, monseigneur, répondit-elle.
— Ah ! ùti beau nom d'anciens serviteurs du roi, en Poitou, je crois. J'ai connu le marquis de Sauiieu dans mon enfance, il est mort à l'armée, ce me semble.
— Oui, monsieur, c'était mon frère.
Là comtesse essaya quelques questions indirectes, elle eût voulu savoir si Ryna n'avait point parlé, mais on était sur ses gardes et des deux côtés on jouait sferré, personne ne gagna.
Après quelques minutes le prince salua Josseline, pour lui faire comprendre que sou audience était ler-
tES SECRETS D'UNE SORCIÈRE 267
minée, elle se retira assez peu satisfaite. Son bût n'était poidt rempli', ainsi qu'il arrive plus souvent dans la vie que dans les romahs; elle û'aVait point été Utile, il lui «tait surtout impossible de le paraître, et & la cour c'est le comble de la disgrâce.