LE VOYAGE
Aussitôt que madame de Sainte-Croix les eut quittées, les deux sœurs firent prier M. de Fouquerolles de vouloir bien se rendre près d'elles. Il arriva sur-lechamp. A l'aspect de leurs yeux rouges, de leurs visages tristes, il leur demanda si elles avaient reçu quelques mauvaises nouvelles.
— Les plus mauvaises de toutes, monsieur; mon mari sera condamné, Jacques va périr. Tout cela vous le saviez, et on me l'avait caché, à moi.
— Qui vous Ta dit?
— Une personne qui ne trompe point, qui m'a en même temps donné le remède, que j'emploierai si vous y consentez.
— Quel est ce remède?
— Celui qui m'a déjà réussi une première fois, une requête au cardinal.
— C'est bien difficile , répondit-il en secouant la tète, car il y a récidive. D'ailleurs, arrivera-t-elle à temps?
— Certes. Le procès n'est pas commencé, et puis, je compte faire davantage encore, je la porterai moimême.
— Vous! mon enfant. Je vous accompagnerai, alors.
— Non, j'irai seule, j'irai sans que nul puisse rien soupçonner; autrement nous avons des ennemis puissants, je serais prévenue, et mon voyage deviendrait inutile.
— Qui vous a donné de semblables idées, ma fille ? qui vous a si bien instruite? Cette madame de Sainte- Croix, qui sort d'ici?
— Elle-même, et elle sait tout.
M. de Fourquerolies sourit d'un air d'incrédulité.
— C'est une folle!
— Folle ou non, monsieur, je suis décidée à lui obéir. C'est peut-être la seule voie ouverte pour réussir, je me reprocherais toute ma vie de n'avoir pas essayé.
— Votre sœur au moins vous suivra.
— Non, ma sœur doit rester, pour faire croire à ma présence. Je serai malade, dans mon lit, hors d'état de me lever, nul ne me verra. Je partirai avant le jour, avec ma première femme, sur laquelle je puis comptée, je ferai diligence, et dans une semaine j'aurai supplié le cardinal.
— Et votre santé, ma fille?
— Dieu m'aidera, mon père! Donnez-moi de l'argent, beaucoup d'argent; il faut en semer pour réussir. Je vendrai Saulieu, s'il est nécessaire, afin que ce calice s'éloigne de nous.
M. de Fouquerolies éleva encore nombre de difficultés, elle les leva Tune après l'autre, elle se montra résolue, courageuse, et jura devant Dieu de tout faire pour sauver son mari.
— Soyez tranquille, monsieur, je suis jeune, mais je suis forte, mais je veux fortement, et avec la volonté on arrive au but
Les préparatifs du départ se firent avec une célérité incroyable, et sans qu'Isabelle s'en mélàt; elle dormit quelques bonnes heures, s'éveilla restaurée avant l'aurore, s'habilla à la hâte dans ses vêtements les plus simples, et, après avoir tendrement embrassé son père et sa sœur, elle partit à pied, pour gagner Chauvigny, où elle se disposait à prendre une chaise, afin de ne pas attirer l'attention. Joséphine, sa femme de chambre, se chargea des préparatifs, elle ne parut point, nul ne la reconnut, avant six heures du matin elle était en
route, lorsque chacun la croyait bien endormie dans son lit.
— Merci, mon Dieu! dit-elle, c'est de bon augure, l'entreprise commence bien.
Bile suivit de point en point les instructions de la marquise, elle marcha à journées forcées, s'arrétant dans les grandes villes et dans les hôtelleries les moins en évidence, évitant de faire connaître même le nom d'emprunt qu'elle avait pris, se tenant, autant que possible, sur la réserve. Elle arriva le huitième jour, sans accidentetsansencombre. Elle descendit à une auberge inconnue, et, dès le lendemain, commença à s'ingénier pour obtenir une audience du cardinal; elle craignait de compromettre le succès de sa cause en la divulguant.
Les renseignements n'étaient point satisfaisants. Son Éminence, extrêmement malade, ne recevait personne, excepté les dignitaires de l'État et les gens qui ayant affaire à lui en ce qui concernait le roi ou son gouvernement. Ceci ne découragea pas la pauvre solliciteuse. Le hasafd la mit à même, d'ailleurs, d'arriver à son but plus facilement qu'elle ne l'avait pensé. Le fils de son hôtesse connaissait Bernin, lui avait rendu quelques services, et en obtenait facilement de petites faveurs. 11 s'offrit à parier pour elle; dans ce cas, Bernin était une puissance.
La marquise voulut le voir, elle voulut lui parler elle-même; son hôte la conduisit au Palais-Cardinal et
l'introduisit dans l'appartement particulier du valet de chambre, après lui en avoir demandé la permission toutefois.
Combien elle tremblait! car de là peut-être dépendait la réussite. Bernin daigna la recevoir gracieusement. Il s'informa de son nom, de sa position, de ce qu'elle désirait.
— Monseigneur le cardinal est bien malade, madame, je ne sais s'il sera possible de lui en parler ; mais dites toujours, j'essaierai.
— Monsieur, je ne dois révéler tout ceci qu'à monseigneur le cardinal lui-même.
— Alors, madame, n'en parlons plus, monseigneur ne vous recevra pas si je ne lui dis d'avance ce qui pourra l'y décider.
— Il s'agit de la vie ou de la mort, monsieur.
— Eh! madame, cela nous arrive sans cesse, et nous n'en finirions pas si nous nous arrêtions à ces bagatelles.
— Mon Dieu! il y a donc bien des bourreaux en France !
— Et bien des coupables !
Le jeune homme comprit qu'il la gênait, il fît un geste pour se retirer.
— Vous avez raison, monsieur, laissez-nous, j'aurai plus de courage pour parler à M. Bernin.
Lorsqu'ils furent seuls :
— Eh bien, madame, mes moments sont comptés. J'écoute.
— Monsieur Bernin, on ne vous a pas dit mon véritable nom.
— Je m'en doute, madame.
— Je suis la marquise de Fouquerolles, et j'ai déjà obtenu une faveur de Son Éminence.
Bernin s'inclina.
— Je sais.... Je me souviens. Monseigneur ne l'aura pas oublié. Et il s'agit, dites- vous?...
— 11 s'agit de la vie de mon mari , monsieur Barnin.
— C'est grave, c'est grave sans doute. Vous voulez demander sa grâce?
— Non pas sa grâce, il n'est pas condamné, mais il ne faut pas que le procès ait lieu.
— Hélas! .madame, Son Éminence n'arrêtera pas le cours de la justice. Est-ce un crime de haute trahison?
— Non, non, monsieur Bernin, c'est une affaire privée, un malheureux coup de pistolet.
— Un duel?
— Non !
— Tant mieux, on est inexorable sur les duels. Si le mort est de peu d'importance, peut-être...
— Le mort est guéri et n'en mourra pas.
— Tant mieux encore. Comment s'appellc-t-il?
— Le vicomte de Cabines.
— Le vicomte de Cabines, madame; pensez-vous à ce que vous dites?
il. 12
— Oui, monsieur, et je ne dis que la vérité. Beruin resta quelques minutes sans répondre.
— Il se pourrait, reprit-il enfin entre ses dents, que justement à cause de cela... Attendez ici un instant, madame, Son Éminence doit être seule, s'il est possible de vous introduire, vous la verrez tout de suite. Vous" m'intéressez beaucoup par votre âge et votre pâleur, et puis je veux être agréable à votre guide il m'a rendu, service, c'est une manière de m'acquitter.
Isabelle attendit, et attendit longtemps même, si longtemps qu'elle crut être oubliée. Elle passa ainsi par toutes les périodes de ce supplice affreux qu'où nomme l'incertitude. Enfin la porte s'ouvrit, Bernin lui Ht signe.
— Venez vite, vite, madame, monseigneur le cardinal peut vous donner un quart d'heure,
Isabelle ne se le fit pas répéter, elle suivit le valet de chambre; il la guida vers les couloirs intérieurs et l'introduisit par cette même porte secrète où nous avons rencontré Josseline et Ryna. Le cardinal, étendu sur un lit de repos, toujours revêtu de son habit dj pourpre, conservait jusqu'à la fin, malgré ses souffrances, le décorum de son rang. Son visage pûle, hâve, semblait plus pâle encore sous le reflet rouge de sa robe; on eût dit un spectre revenant se parer des hochets de sa vie. Son œil seul, brillant d'un éclat fiévreux, étincelait encore au milieu de la mort qui l'envahissait peu à peu; il le leva et le fixa sur la marquise pendant qu'elle lui
faisait ses révérences, et, satisfait sans doute de son examen, il lui flt un geste d'encouragement.
— Vous êtes bien madame de Fouquerolles, la petitetflle de madame de Saulieu, n'est-ce pas?
— Oui, monseigneur.
— Je vous ai accordé une chose dangereuse, j'ai eu tort, ce qui se passe me le prouve. M. de Maulevrier a rompu son ban, et votre mari a blessé à mort un des sujets les plus dévoués de Sa Majesté, le vicomte de Cabines,
— Non pas à mort, monseigneur; il est sauvé.
— En êtes- vous sûre?
— Positivement.
— Ah! ah! la chose est différente. Vous venez ici sans doute avec la résolution de m'éclairer pour faire grâce ou justice?
— Oui, oh! oui, monseigneur.
— Vous m'intéressez, et votre vue me rappelle ma jeunesse; j'ai connu votre famille, votre beau-père; j'ai passé de beaux jours dans votre pays. Si près du départ, on aime à se reporter en imagination vers l'arrivée. Je vous écouterai donc, et avec prévention même. Soyez franche, dites tout, ne me cachez rien, et ne me faites pas un long récit, je le retiendrai mieux.
Madame de Fouquerolles prit courage en voyant le ministre si bien disposé; il lui avait fait donner un siège, elle avait peine à se soutenir. Néanmoins, elle
lui raconta, avec conscience et clarté, ce qui s'était passé à Matières. Elle se confessa au prêtre enfin, le repentir dans le cœur et les larmes dans les yeux. Le cardinal l'écoutasans l'interrompre.
— Voilà, jeunes femmes, où mènent vos légèretés; vous devriez y penser d'avance et ne pas nous laisser des fautes si graves à réparer trop tard. Vous êtes coupable, votre sœur est coupable : toutes vous avez des torts, et ces torts sont à vous, solidairement et en particulier. Je ne sais ce que je pourrai faire.
— Monseigneur, songez-y bien : si ce misérable procès a lieu, ma sœur et moi nous sommes perdues : les vieux noms de Saulieu et de Fouquerolles seront déshonorés; mon mari... je ne puis y songer sans frémir, mon mari...
— Je verrai... je comprends tout cela; j'en parlerai au roi.
— Et... et M. de Maulevrier... monseigneur?...
— M. de Maulevrier a mérité la mort et doit s'y soumettre, madame.
— Monseigneur...
— Puisqu'il vous aimait assez pour rompre son ban et risquer sa vie, il devait savoir que je la prendrais, moi qu'il offensait, moi qui lui avais déjà fait grâce, et dont il avait méconnu la bonté. Ne m'en parlez pas; pour lui il n'y a rien à dire, rien à entendre.
Madame de Fouquerolles avait trop d'esprit pour ne
pas reconnaître une décision prise, et pour insister davantage.
— Il mourra donc pour moi? dit-elle.
— II mourra pour vous sans doute, comme Chalais mourut pour madame de Chcvreuse, comme d'autres jeunes fous, en ce siècle et par mon ordre, sont morts pour avoir servi des femmes aux dépens de la royauté. La royauté, cette arche sainte à laquelle nul ne doit mettre la main, et à laquelle nul ne touchera, tant que je vivrai du moins. Us ont porté la peine de leurs folies, iMaulevrier la subira comme eux...
Il y eut quelques instants de silence. La marquise attendait son congé; Richelieu lui fit de la tête un salut plein de promesses, et lui dit :
— Nous nous reverrons, madame, ne parlez pas. La malheureuse femme, accablée sous le poids de sa
douleur, avait à peine la force de se lever, elle s'y décidait cependant, lorsque, comme un rayon d'en haut, le souvenir de la marquise de Sainte-Croix lui arriva.
— Àh! pardon, monseigneur, je dois remettre à Votre Érainence un petit paquet dont je suis chargée pour elle.
— Un paquet pour moi ! De la part de qui?
— Je l'ignore, il m'a été confié par une personne qui m'a prié de dire à Son Éminence qu'elle la verrait le jour où elle aurait besoin d'elle.
Le cardinal ouvrit le sachet et n'y trouva qu'une carte, un neuf de pique, absolument semblable à celui H. 12.
qu'il avait reçu tléjà d'une manière si étrange. Il devint pâle et se lut.
— Vous connaissez la main qui m'adresse ceci, madame ?
— Non, monseigneur.
— Vous devez la connaître, vous dis-je.
— J'ignorais même ce que ce poquet pouvait contenir.
— Peut-être, mais vous savez qui vous Ta donné, et il faut que vous me le disiez.
— Monseigneur, je serai franche, ainsi que je l'ai {•16 tout à l'heure, je le sais certainement, mais j'ai juré sur l'honneur de ne point le révélera Votre Éminence.
— Je vous remercie de votre confiance, cependant elle ne vous exemptera pas de parier. Je veux que vous parliez.
— Et moi, monseigneur, je ne veux pas me parjurer, je ne veux pas trahir la personne généreuse à laquelle je dois avoir le bonheur de vous avoir vu. J'ignore pour quelle raison vous désirez la connaître, peut-être est-ce pour la punir, peut-être avez-vous aussi une vengeance à exercer contre elle, je ne la livrerai pas,
— Bien ! bon et noble caractère! Fidèle à sa parole en dépit de tout, et auquel on peut se fier. Je ne veux aucun mal à celte femme, car c'est une femme, je le sais; seulement j'ai Le soin de lavoir, delavoirpromptrment. de l'appeler tout auprès de moi.
— Elle viendra, monseigneur, comptez sur elle, elle viendra, je vous l'ai dit.
— Elle me devinera donc ?
— Sans doute. Ne dcvine-t-elle pas toutes choses?
— C'est elle ! dit-il avec une mouvement de joie. Oh ! qu'elle vienne ! qu'elle vienne ! je n'ai pas longtemps à rester sur la terre, j'ai soif de la revoir. Elle a assez souffert !
Ce mouvement de sensibilité dans un homme accusé de tant d'arrêts de mort étonna singulièrement ki marquise. Elle n'en pouvait croire ses oreilles, et il lui Tint l'inspiration d'en proûter, sûre de ne pas être démentie par la marquise.
— Monseigneur, cette personne , dont le souvenir vous frappe si vivement, elle aime... elle s'intéresse à Jacques de Maulevrier.
Le cardinal sourit finement.
— Je comprends, madame. Me parlez-vous de sa part? Ètes-vous autorisée à me demander en son nom ce que vous sollicitez au vôtre ? Répondez-moi aussi franchement que tout à l'heure, ne songez pas à me tromper, je le saurais et vous seriez cruellement punie...
— Je ne vous trompe point, monseigneur. C'est elle qui m'a envoyée vers vous, elle m'a assuré que je réussirais. Elle m'a donné cette carte, comme un talisman, et m'a fait jurer que son nom ne sortirait point de mes iévres.
212 LES SECRETS D'UNE SORCfÈRE
— Eh bien, reprit le ministre aprè3 un instant de réflexion, je veux faire quelque chose pour elle et pour vous. Je vous accorderai une des deux vies, une seulement; c'est à vous de choisir. Souvenez -tous que ce choix sera irrévocable et que rien ne me fera changer.
— Ah ! monseigneur, vous ne serez point assez barbare pour me mettre à une pareille épreuve; vous ne condamnerez point une pauvre femme à choisir entre deux malheurs, aussi horribles l'un que l'autre, à prononcer la mort de son époux ou de celui qui lui a dû l'être! Non, non, je ne le ferai jamais, j'aime mieux mourir.
— Encore un coup, madame, choisissez, vous êtes maîtresse, je vous en donne ma foi de chrétien !
— Mon Dieu ! mon Dieu ! suis-je donc encore forcée d'obéir? cette terrible épreuve ne peut-elle s'éloigner de moi ? N'aurez-vous point pitié ?. . .
— J'altends, madame.
Madame de Fouqueroiles se jeta aux genoux du cardinal, elle étouffait.
— Monseigneur, vous êtes prêtre, vous pouvez recevoir ma confession, je vous la ferai, et je vous prie de demander pardon à Dieu pour moi. Dès que j'aurai prononcé la terrible parole que vous exigez, je me brise la tête par cette fenêtre!...
Elle montrait une grande croisée ouverte au premier étage, sur le jardin du palais.
LES SECRETS D'UNE SOUCIÈRE czl3
— Vous ne commettrez pas ce crime, madame, car vous êtes chrétienne, vous allez m'obéir.
Elle se recueillit un instant encore, la tête cachée dans ses mains, sanglotant à fendre le cœur.
— Ne croyez pas que j'hésite un instant , monseigneur, ne croyez pas que mon amour l'emporte sur ce que je dois à l'homme généreux, dont je porte le nom. mais songez à l'effort terrible qu'il me faudra faire pour prononcer la mort de Jacques ; songez que je vais être son bourreau, et je vous l'ai dit, monseigneur, je n'y survivrai pas. Donnez-moi la vie du marquis de Fouquerolles, et prenez en échange la mienne et celle de M. de Maulevricr.
— Je vous les donne toutes les deux, madame, votre vertu les a rachetées. J'ai voulu savoir jusqu'où iraient les forces de votre cœur; pardonnez-le-moi, c'est une épreuve barbare peut-être, elle était nécessaire. Je sais maintenant combien vous méritez ma clémence, je sais que vous êtes une honnête et noble femme, qui ne me fera plus repentir de l'avoir sauvée.
— Ah ! monseigneur !
Le passage subit de l'excès du désespoir à l'excès de la joie lui ôla l'usage de ses sens, elle retomba inanimée sur son fauteuil. Le cardinal n'appela personne; expert dans les péripéties du cœur, il savait que cette syncope ne serait pas de longue durée ; en effet, elle revint à elle peu après.
— Maintenant que vous êtes contente, vous fc-
2li LES SECRETS D'UNE SORCIÈRE
rcz bien quelque chose pour moi, tfest-ce pas?
— Ah ! monseigneur, ma vie entière...
— Je ne vous demande pas tant. Puisque vous savez où est celle qui m'a donné cette carte, écrivez-lui de 6Uite de ma part; dites- lui que ma fin approche et que je voudrais la revoir avanl ce moment que j'appelle de tous mes vœux ; dites-lui que Richelieu, si dur, si crue!, si calomnié peut-être, s'est laissé toucher par vos larmes ; dites-lui, et pensez vous-même, qu'en dehors de la grande œuvre qui m'a toujours conduit, je ne verserais pas une goutte de sang inutile. Je vais mourir, je n'ai pas un remords, les fantômes de mes victimes ne tourmentent pas mes nuits, je les regarderai sans crainte lorsque nous nous retrouverons là-bas, car je viendrai armé de ma volonté, car je montrerai ce que cette volonté a produit, et Dieu tendra la main vers moi et il me dira : « Tu es un bon ouvrier, tu as soutenu la gloire de mon image sur la terre. Pai youIu qu'il y eût des rois, que ces rois commandassent à leurs sujets et que les sujets obéissent, comme moi je commande au monde et comme le monde m'obéit. Tous ceux qui résistent à ma puissance suprême, je les brise, ceux qui résistent à la puissance des rois doivent être brisés. » Dites -lui cela pour m©i, madame, qu'elle me sauve des influences mauvaises dont mon lit de mort s'entourera; dites-lui que je veux fermer mes yeux auprès d'elle, et que veux sa prière pour moi. Allez î nous serons quitte?,
— Monseigneur, par quelles expressions pourrai-
jc?
— Aucunes. Votre tranquillité, votre bonheur... Je n'ai pas l'habitude des émotions douces, le manœuvre de la Providence a dû endormir son cœur, mais s'il s'est endormi, il n'est pas mort. Soyez heureuse, soyez sage et bénissez Dfeu, il vous a bien protégée.
Isabelle se leva, fit une révérence sans étiquette, son regard l'expliquait de reste, et après avoir baisé l'anneau pastoral de Son Éminence, elle sortit de son appartement.