Lafaugère , Traité sur les A rmcs
« C'est une chose bien convenue.
« Et il ne faut pas surtout qu'un art d'agrément absorbe trop de temps.— Sur ce point, nous sommes tous d'accord.
« Tenez, je vous parlais tout à l'heure du latin et du grec que chacun de nous a appris plus- ou moins an collège.— Eh bien ! croyez-vous par hasard, que les études de ceux qui se destinent au professorat s'arrêtent au même point que celles des hommes du monde même les plus instruits? Ne doivent-ils pas sonder plus avant et dans ses replis les plus secrets la science qu'ils veulent euxmêmes enseigner plus tafd aux autres?
« Voulez- vous une comparaison plus frappante encore î
L'équitation. — Chacun à peu près apprend à monter à cheval, et monte de manière à ne point paraître trop gauche dans une allée du bois de Boulogne, ou à la suite d'une chasse à courre.
Mais croyez-vous que tous se soient astreints à apprendre Téquitation complète, Téquitation sévère, magistrale, la haute école enfin, dans toutes ses parties? — Chacun a-t-il étudié les principes, analysé les nuances multiples qui font un véritable ^'cuyer et un sportsman accompli, comme M. Mackensic-Grieves 7
« Combien peu ont acquis, ou môme ont tenté d'acquérir cette rare perfection.
« Mais à ceux-là, demandez ce qu'il leur a fallu d'études sérieuses, approfondies, de travail opiniâtre, eux seuls pourront vous Je dire; car en toute chose la perfection, sachez-le bien, n'est que le fruit d'un labeur assidu. — Cependant, à quelques exceptions près, tous ceux que vous rencontrez, montent convenablement à cheval, et chacun y apporte soit l'élégance, soit la souplesse , soit l'énergie de sa nature individuelle , puis peu à peu se perfectionne, ou si vous aimez mieux, se complète sans s'en apercevoir, parl'ha»bitude et l'expérience.
c II en est de môme pour les armes.
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Si vous voulez devenir un véritable tireur, certainement il vous faudra de longues années de travaux, de méditations sévères,- d'exercices incessants. — Mais que vous importe cette perfection ? Qu'en feriez-vous? Elle vous embarrasserait,-- Ce qu'il vous faut à vous, hommes de loisirs, c'est de faire des armes comme vous montez à cheval, pour votre agrément et pour votre usage personnels : — je dis, remarquez -le bien, — votre agrément, car nul exercice ne porte en soi plus d'attrait et ne passionne plus entièrement que celui des armes.
— Vous pensez donc , interrompit le comte de C..., que Ton peut apprendre à faire des armes en aussi peu de temps et aussi facilement que l'on apprend à monter à cheval ?
— J'en ai la conviction, mais entendons-nous bien, — monter à cheval de manière à ne pas en tomber à tout propos. — Je dis, sans vouloir faire une assimilation complète entre l'escrime et Ter quitation, que pour l'un comme pour l'autre de
ces deux exercices, il faut au plus une année pour obtenir de bons et réels résultats, et j'ajoute que ces études auront pris, après quelques mois d'exercice, un charme dont vous ne pouviez vous douter.
« Voyons, entre nous, est-ce trop vous demander pour vous apprendre à vous très-bien porter et h défendre votre vie ?
— Mais que ne le dii-on alors ? interrompit tout à coup un de nos amis.
— Parbleu, mon cher, je vous le dis, et qui plus est, j'espère bien vous le prouver, si un autre jour, il vous prend fantaisie de continuer cette conversation.
— Nous vous sommons de tenir votre parole, dirent à la fois tous les assistants, et dès demain.
— A demain, soit, messieurs, je ferai de mon mieux pour vous convaincre ; mais vous me prenez à Timproviste.
— Ella nuit?
— Vous avez raison, la nuit porte conseil . à demain. »
Voilà pourquoi et comment j'ai écrit ce livre.
Ce sont nos différentes conversations que j'ai mises au net et réunies.