VII
Au résumé, cette nouvelle école, quels changements apportait-elle?
Aucun par le fait qui ne fût rationnel. -^ Elle ne supprimait rien; —elle igoutait.
Elle disait :
« La force réelle d'un tireur d'armes consiste moins dans Télégance de sa tenue, la grâce académique de sa pose, la régularité magistrale de ses coups, que dans leur justesse, leur à-propos, leur promptitude d* exécution.
c Une fois qu'un tireur connatt les règles fondamentales des armes;
« Que sa main en parfaite union avec son corps sait équilibrer tous ses mouvements ; '
c Que son poignet assoupli sait parer près de l'épée et la suivre, sans se livrer à des écarts désordonnés;
€ Qu'il sait ce que vaut un pas en arrière et un pas en avant ;
« Qu*il apprécie le danger auquel il s'expose dans les attaques composées, et le coup d*œil qui doit présider aux attaques franches ;
« Laissez-le suivre la voie où son instinct le pousse et employer, selon ses inspirations, le fruit de ses études. »
Ne lui dites pas:
« Voici un cercle restreint, dans lequel doivent s'enfermer votre pensée et vos mouvements.
« Vous vous sentez plus à votre aise et plus prêt à l'attaque et à là riposte en penchant le corps
en avant et en vous courbant sur vous-même; — n'importe, redressez-vous, c'est la règle du beau académique.
< Vous aimez à vous tenir à longue distance, pour que la crainte perpétuelle d'une attaque de vitesse ou de surprise n'entrave pas la netteté de votre jugement ; — du tout , il faut rester à juste mesure et engager l'épée.
< Vous craignez les attaques à l'épée, les battements, les croisés, les liements de fer , les coups de surprise, et, pour les éviter, vous éloignez votre lame de celle de votre adversaire; — du tout, il faut donner le fer; c'est la règle; les mauvais tireurs seuls cherchent à s'y soustraire.
« Vous tirez dans les lignes basses; vous atteignez le ventre, par exemple. — Certes, dans un duel ce serait un coup mortel ;'mais il est convenu en armes que c'est disgracieux, et sans aucune valeur : — donc le coup est mauvais. »
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Ce sont des préjugés.
L*assaut est Timage du combat.
Laissez donc à chacun sa liberté d'action et ne forcez pas celui-ci à être gracieux et élégant, si son instinct et sa conformation ne Ty portent pas. — Laissez celui-là façonner à sa guise ce qu'il sait, et ne le contraignez pas à vous ressembler trait pour trait, afin d'en avoir plus facilement raison.
S'il fait des fautes, — profitez-en, c'est la meilleure manière de le convaincre.
Si son jeu est dangereux sans être beau, •— tâchez alors d'être à la fois contre lui beau et dangereux.
Enfin, donnez libre carrière aux difiTérents jeux et aux différents instincts, quand ils ont pour base l'étude des armes. — Croyez-vous donc que
la science, ce fruit du travail intelligent, leur soit étrangère, parce qu'ils ne satisfont das à vos idées, et qu'ils cherchent un progrès, où vous vous obstinez à ne voir qu*un fâcheux écart?
De deux choses Tune.
Ou les moyens que ces tireurs emploient, les systèmes d*at(aque et de défense qu'ils ont adoptés sont le résultat du raisonnement et de l'étude, dans lesquels ils puisent toute» leurs inspirations, comme, vous, vous y puisez les vôtres , et alors, vous en avez eu la preuve, ils ont becs et ongles et l'on ne s'en tire pas avec eux à si bon marché.
Ou, au contraire, ils agissent sans jugement, ferraillant au hasard, rompant ou avançant sans ordre, ni mesure; leurs parades sont larges et molles, sans aucun sentiment du fer, leurs attaques décousues, désordonnées, indécises. — Dès lors ils ne sont pas dangereux ; le hasard pourra peut-être bien les protéger une fois, mais votre expérience et votre habileté en auront facilement
raison, et leur imprévoyance tombera bientôt dans tous les pièges que vous lui tendrez. ,
Voilà, messieurs, la question en litige , la grande querelle qui divise les deux écoles. — La rose rouge et la rose blanche. — Aussi ai-je cherché à vous l'expliquer dans son ensemble aussi clairement qu'il m'a été possible de le faire. Vous en saisirez plus facilement les détails qui feront le sujet de nos prochaines conversations.
« — De quoi nous parlerez- vous demain? dit le maltre.de la maison.
« — Ma foi, je n'en sais rien ; il serait difficile de suivre un ordre régulier, et je laisse le hasard conduire nos entretiens. — Du reste, j'ai aperçu ce matin dans la bibliothèque un ou deux vieux volumes sur l'escrime et je compte les feuilleter. »