LE DUC DELLA SORGA
J'ai lu, en effet, ce soir, que des paris considérables étaient engagés en faveur dune jument appartenant à M. de Luxeuil.
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LA DUCHESSE, « part.
L'obslinalion des regards de ce sot et beau garçon finifait par attirer raHenlion de mon fils, qui Tobserve; mettons un terme à ceci...
M. DE LuxEUiL, s'incUnant devant la duchesse
Madame...
LA DUCHESSK, répondant avec une roidciir glaciale au scdut de M. de Luxeuil.
Je ne saurais suffisamment apprécier le mérite de monsieur; je n'ai jamais compris quel intérêt Ton trouvait à une course de chevaux. (A Sylvia.) Et vous, madame?
SYLViA, souriant.
Moi, madame, j'éprouve une grande compassion pour les pauvres bêtes qui saignent sous l'éperon et font seules la réputation de leur maître.
ALEXIS BOREL, à part.
Bravo! ce fat reçoit aussi de la duchesse la leçon qu'il mérite par son impertineuce !
M. DE LUXEUIL, rf'fl&ord întcrloquc de l'accueil de la duchesse, et à part.
Elle m'a fait de Tceil... et elle m'accueille
(rune façon qui sent Tinsolence? Cela n'est pas naturel; il y a quelque chose là-dessous. [Haut, et avec vn aplomb imperturbable, cherchant à rencontrer le regard de la duchesse.) Voyez de quoi vous êtes capable, madame la duchesse ! J'aimais passionnément les courses, eh bien, puisqu'elles n'ont aucun attrait pour vous, je commence à croire que ma passion n'avait pas le sens commun. (// rit et montre ses dents.)
LE MARQUIS OTTAVIO, « part.
La familiarité de cet homme envers ma mère est audacieuse.
MADAME LAMBERT, « part.
Je me trompais, cette grande dame n"a pas fait attention à M. de Luxeuil. Et pourtant cela métonne.
LA DUCHESSE, à M. de Luxeuil avec une hauteur écrasante.
Il m'est souverainement indifférent que Monsieur... (A Sî//j;/fl.) Pardon, madame, le nom?...
SYLVIA
De Luxeuil.
LA DUCHESSE
Que M. de Luxeuil renonce ou ne renonce
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point à son goût pour les courses de chevaux. Il aurait dû comprendre cela, el il le comprend à celte heure, j'imagine ?...
LE MARQUIS OTTAVIO, « part.
Ma digne mère a fait justice de cet impertinent.
Aux dures el hautaines paroles de la duchesse a succédé un instant de silence.
M. de Luxeuil, s'efforçant de deviner la cause de la dure réponse de madame délia Sorga, a rencontré, à deux reprises, le regard d'Otlavio attaché sur lui avec une fixité si expressive, que le beau, frappé d'une idée soudaine, se dit, triomphant :
— Au diable le fils! je l'oubliais. Je devine tout maintenant : il aura surpris mes œillades ou celles de sa mère, et, pour le dérouler, elle me traite comme un pleutre! Changeons de hatterips; ayons l'air penaud, déconfit, et obser- \ons...
Ce pensant, M. de Luxeuil s'incline devant la duchesse, et, prenant une physionomie confuse, embarrassée, il balbutie :
— Je serais désolé que madame la duchesse put me supposer capable de...
lob LES SECRETS
LA DUCHESSE, dunc voix altière.
C'est bien, monsieur, c'est bien. {S'adressanl à Wolfrang.) Vous aviez parfaitement raison, monsieur. Grâce à ce journal du soir, je me trouvais déjà en pays de connaissance avec M. Borel et M. de Saint-Prosper, quoique j'aie le plaisir de les voir ce soir pour la première fois.
Il me reste, madame, à avoir l'honneur de vous présenter une autre excellente connaissance (indiquant M. de Francheville) qu"il me suffira de vous nommer : M. de Francheville.
LA DUCHESSE, à ce dernier, qui s'incline.
Ah ! monsieur, quel noble et généreux exemple vous avez donné en ces malheureux temps de corruption et de vénalité!
H. DE FRANCHEVILLE
Permettez-moi de vous assurer, madame la duchesse, que les actes déplorables qui ont eu dernièrement un si scandaleux retentissement, sont exceptionnels dans le gouvernement du roi que j'ai l'honneur de servir. L'immense raajo-
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rite des foiiclionnaires publics eût agi comme moi.
LE DUC DELLA SORGA, à M. de Franchevillc.
Nous devons vous croire, monsieur; mais, en attendant que la délicatesse et l'intégrité de vos collègues se manifestent d'une manière aussi éclatante que la vôtre, vous nous permettrez destimer à toute sa valeur l'exemple que vous donnez.
LE MARQUIS OTTAVio, « FranchevUle.
Savcz-Yous, monsieur, quels ont été les premiers mots de ma mère après la lecture de l'article du journal qui vous concerne?
M. DE FRANCHEVILLE
Non, monsieur... ; mais je n'ignore plus maintenant... tout ce que je puis attendre de la bienveillance de madame la duchesse.