‹ Les secrets de l'oreillerChapitre 5 sur 13 · G LES SECRETS · texte numérisé non relu

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lui écrirai qu'il peut êire tranquille, que je ne réclamerai jamais rien de lui, qu'il n'entendra jamais parler de moi : car il m'a fait bien du mal, ù moi qui lui étais si tendrement attaché.

— Cette lettre, il la écrite?

— Hélas ! oui, malgré tout ce que j'ai pu fjire pour l'eu dissuader.

— Ah ! ce n'était pas seulement montrer une faiblesse coupable, c'était se rendre complice du fripon qui le dépouillait!

— Je ne vous dis pas le contraire, monsieur Wolfrang, mais (|ue voulez-vous ! tel était le caractère de mon pauvre Auguste.

— Mais la perle de cette somme ruinait votre frère !

— A peu près... Il ne lui restait que huit mille francs environ, qu'il avait destinés au fonds de roulement de ses métiers...

— Il a donc caché à sa femme l'abus de confiance dont il était victime ?

— Mon Dieu, oui. Il a fait croire à Suzanne que, M. Borel lui ayant rendu la somme, il lavait placée, selon sa première intention, dans une entreprise; et, plus tard, il a dit à sa femme que, l'entreprise ayant mal tourné, ses capitaux avaient été perdus...

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— La scélératesse de ce Borel est eflVayaiite, dit Wolfrang après un moment de silence. Ce qui m'étonne, c'est qu'un homme capable d'un acte semblable eût joui jusqu'alors d'une réputation irréprochable.

— Cependant , il la méritait , monsieur Wolfrang. Ce qui, voyez-vous, l'a poussé au mal, c'est l'aveugle confiance de mon frère et surtout l'occasion... Car, peu de temps après cet événement, nous nous sommes raiipelé cela, Auguste et moi, mais trop tard... M. Borel nous avait dit plusieurs fois :

'< — Si j'avais à moi une quarantaine de mille francs, je les risquerais dans une spéculation dont j'ai l'idée. Elle est très-chanceuse ; mais, si elle réussissait, elle pourrait me rapporter plus de deux cent mille francs... Avec ces deux cent mille francs, je prendrais un intérêt dans la maison dont je suis caissier ; MM. Mérévillese font vieux, je les remplacerais bientôt; or, comme, sans vanité, je suis très-actif et plus entendu aux affaires que mes patrons, je deviendrais en dix ans plusieurs fois millionnaire, parce qu'il n'y a que le premier million qui coûte à gagner !

» Le premier million, M. Borel l'aura probablement gagné avec les deux cent mille francs T. IV. • 10 .

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produits par la spéculation entreprise avec Targent de mon pauvre Auguste.

— Mais comment se fait-il que votre frère, si timide, si sensible, et doué d'une extrême délicatesse de cœur, — reprend Wolfrang après un moment de réflexion, — ait commis une tentative de vol et de meurtre dont vous avez porté la peine avec un dévouement sublime, pauvre cher martyr?

— Ah! dame, monsieur Wolfrang, c'est que la faim, comme on dit, chasse le loup du bois.

Wolfrang, à ces mots du forçat libéré : « La faim chasse le loup du bois ! » reprit :

— Votre frère est donc tombé dans la détresse après avoir été dépouillé par ce misérable Borel ?

— Hélas! oui... Et, depuis ce moment, la vie de mon pauvre Auguste n"a été qu'un long tourment... Rien ne lui a réussi : la mauvaise fortune s'acharnait sur lui. Tenez... j'ai beaucoup souffert, n'est-ce pas, monsieur Wolfrang? Eh bien, mes souffrances n'ont rien été auprès

(le celles de mon frère... parce qu'il souffrait en outre de celles de sa famille. ..Ainsi, d'abord, il s'est expatrié...

— En suite du vol dont il était victime?

— Oui, monsieur; il était propriétaire de quelques méliersà Lyon, comme feu notre père... mais, n'étant pas lui-même artisan et n'ayant plus de capital pour les faire marcher, sauf le peu qui lui restait, et cela n'avait pas duré longtemps, il ne pouvait plus continuer son industrie.

)) Suzanne l'engagea à prendre alors une grande résolution. On parlait depuis quelque temps des trésors du nouveau monde; Auguste n'avait pas encore d'enfant; sa femme était courageuse, dévouée: ils partirent pour l'Amérique, emportant une petite pacotille et environ quatre mille francs; je n'ai pas besoin de vous dire, monsieur Wolfrang, que, pouvant vivre avec mes appointements d'employé de la douane, j'avais mis mon patrimoine à la disposition d'Auguste; il refusa, médisant :

» — Si plus tard je suis dans le besoin, je l'écrirai ; mais la somme que j'emporte et les bénéfices de la vente de notre pacotille nous suffiront pendant quelque temps, à ma femme et à moi...

)) Enfin, ils partirent. A quoi bon vous ra-

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conter, monsieur Wolfrang, leurs déceptions, leurs fatigues, leurs peines, les dangers qu'ils ont courus dans ce pays encore sauvage? Puis, durant leur séjour en Amérique, trois enfants leur étaient nés. Non, voyez-vous, monsieur Wolfrang, ce que cette malheureuse famille a souffert en ce temps-là ne peut s'imaginer! Ce que je ne comprends pas, c'est qu'ils ne soient pas tous morts à la peine.

— Et votre frère ne s'adressait jamais à vous dans son malheur?

— Une seule fois... trois ans après son départ, il m'apprit que tout ne réussissait pas comme il l'avait espéré, mais qu'il ne p&rdait pas courage ( il ne voulait pas m'inquiéter ); il me demandait deux mille francs... je lui en envoyai six mille. Connaissant sa délicatesse, je ne doutais pas que sa demande ne fût au-dessous de ses besoins. J'ai su depuis qu'avec celle somme ils avaient encore tenté un petit commerce en Amérique... mais... rien ne leur réussissait. Cependant, depuis cette époque jusqu'à son retour, mon frère m'a toujours trompé en m'écrivant qu'ils se suffisaient à eux-mêmes.

— Afin de ne pas s'adresser de nouveau à votre bourse?

— Hélas! oui... Et pourtant il le savait

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