‹ Les secrets de l'oreillerChapitre 7 sur 13 · H8 LES SECRETS · texte numérisé non relu

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sac assez volumineux et qui semblait pesant... 1! me dit en arrivant qu'il regrette l'inquiélude qu'il a dû me causer par son relard prolongé; mais, n'ayant pu résister au désir de parcourir sa ville natale, d'où il était éloigné depuis (ant d'années, le temps avait passé sans qu'il s'en aperçut, et il n'avait, d'ailleurs, fait aucune mauvaise rencontre.

» Puis il ajoute en me montrant son sac :

» — J'ai acheté quelques objets pour mon voyage, car je suis résolu à partir après-demain... On aura renoncé à me chercher ; j'ai Iiàte de revoir ma femme et mes enfants; mais, en attendant, où pourrai-je enfermer ce sac?

» — A quoi bon l'enfermer? Personne n'entre ici, mon frère.

» — Il n'importe, me répond Auguste; je préfère meUre ces objets sous clef.

» Je lui indique alors un placard dont il prend la clef, après avoir déposé son sac dans celle armoire. Je me souvins plus lard d'avoir remarqué, sans y attacher d'importance, que les genoux du pantalon et les reins de la redingote que j'avais donnés à mon frère, étaient blanchis comme s'il se fût frotté à une muraille.

— Esl-ce que déjà il avait accompli celle lenlalive de vol?

DE l'oreiller. liO

— Non, monsieur Wolfrang... mais il était allé reconnaître les lieux. Le sac qu'il rapportait contenait, je l'ai appris plus tard, une lanterne sourde, véritable objet de luxe, qui valait au moins vingt francs... vous saurez tout à Pheure pourquoi j'insiste sur le prix de celte lanterne... une pince en fer, une grosse corde à nœuds, à rextrémité de laquelle était ajusté un large crochet. Auguste connaissait Lyon comme un enfant de la ville; il avait acheté ces objets chez un de ces marchands de ferraille qu'il savait trouver près de Perrache.

— Ainsi, cette corde devait servir à votre frère pour escalader la muraille du jardin de la maison du banquier?

— Hélas! oui, monsieur Wolfrang. et la pince de fer à forcer la caisse. Mon malheureux frère connaissait les êtres de celte maison, où il était allé cent fois voir M. Borel , au temps de leur amitié.

— Mais dans quel dessein vous avait-il raconté celte prétendue rixe avec un gendarme ?

— Afin de pouvoir, sous ce prétexte, rester caché pendant trois jours chez moi, et ainsi s'em- |)arer par un vol de la somme dont un abus de confiance l'avait dépouillé. — Telle est la triste vérité, monsieur Wolfrang.

— El rien n'a pu vous faire soupçonner les projets de votre frère ?

— Rien au monde. Comment laurais-je supposé capable d'une action pareille, lorsque tout ce que je possédais était à sa disposition?

— Et il a préféré recourir au vol ?

— Oui; et, si extraordinaire que cela paraisse, il agissait ainsi par délicatesse envers moi.

— Comment cela ?

— D'abord, il était persuadé que reprendre par la force ce qu'on lui avait dérobé par la ruse, ce n'était pas voler : car, plus lard, lorsqu'il est venu me voir au bagne, savez-vous ce qu'il m'a dit :

« — Borel m'avait volé ; j'espérais rentrer dans mon bien et ne pas abuser de ta générosité.

— Mais, par quelles circonstances avez-vous pu être accusé du crime commis par votre frère?

— Vous allez le savoir, monsieur Wolfrang.

M. Dubousquel se recueillit un instant en songeant à cette nuit fatale qui lui rappelait de si pénibles souvenirs, et il reprit :

— C'était un jeudi du mois d'octobre. Auguste devait, m'avait-il dit, repartir pour Paris le lendemain par la diligence de minuit.

» Je rentre de mon bureau à l'heure accoutumée; nous passons la soirée ensemble, mon frère et moi ; tantôt il paraissait préoccupé, tantôt presque attendri ; sa figure redevenait douce, il me regardait avec ses bons yeux d'au-

Irefois, et, en causant, il tenait presque toujours une de mes mains dans les siennes. Je ne sais quel pressentiment m'avertissait qu'Auguste n'était pas dans son état ordinaire.

» — Tu as quelque chose, mon frère, lui dis-je; je t'ai vu deux ou trois fois près de pleurer ?

» — C'est vrai, je suis attristé en songeant que demain je te quitte, — me répondit-il.

» —.Ses réponses, quoique plausibles, ne calmaient pas mes vagues inquiétudes; une autre cause que celle de notre séparation troublait mon frère, car nous devions bientôt être réunis, lorsqu'il aurait ramené sa famille à Lyon. ..Enfin, de temps à autre, il se levait et allait voir à travers les vitres si la nuit était sombre, et, une fois, il lui échappa de dire avec une satisfaction marquée :

» — La nuit est bien noire , il pleut , il fait grand vent...

V Frappé de l'accent avec lequel il disait ces mois, je lui dis même à ce sujet :

» — On croirait que cela te fait plaisir, qu'il fasse mauvais temps?

» — Oui, sans doute, reprit-il après un moment d'embarras, parce que, si le temps est mauvais celle nuit, il le sera peut-être encore de-

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main, et les gendarmes seront moins tentés de •orlir; je ne risquerai pas, en allant à la diligence, de rencontrer celui à qui j'ai donné un coup de bâton.

» L'explication d'Auguste était acceptable, elle me suffit. Enfin, vers les onze heures, nous nous couchons.

ï Mon frère partageait mon lil.

» J'ai le défaut d'avoir le sommeil très-pesant. Une fois endormi et dans mon premier somme, je me réveille très-diflicilemenl ; mais, ce soir-là, cette vague inquiétude dont je vous parlais , monsieur Wolfrang, me tenait éveillé plus longtemps que de coutume.

» Cependant, j'allais céder au sommeil, lorsque je m'aperçois qu'Auguste quitte le lit avec précaution.

» — Où vas-tu donc? lui dis-je.

M — Voir si le temps continue d"èlre mauvais; car je pense toujours à mon gendarme, — me répondit Auguste en s'approchanl de la croisée.

i> Le temps continuait, en effet, d'être mauvais ; le vent soufflait si fort, que j'entendais les rafales de pluie fouetter les vitres comme de la grêle.

)> En ce moment, je me le rappelle, minuit T. ly. 11

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