‹ Les secrets de l'oreillerChapitre 8 sur 13 · Î54 LES SECRETS · texte numérisé non relu

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sonnait aux Brotteaux. Mon frère revient se coucher près de moi, et enfin, après... je nvendors d'un sommeil de plomb...

» J'ignore depuis combien de temps je dormais, lorsque je suis réveillé en sursaut par Auguste; il m'embrassait en me disant d'une voix sufloquée :

» — Adieu, Aniédée! adieu!...

>. Puis je l'entends s'élancer vers la fenêtre, sauter dans la rue et fuir en courant...

î Je n'avais pas de lumière, et, encore à demi endormi, je me demandai si je rêvais ou non. Cependant, au bout d'un moment, je me sens bien éveillé. Je me souviens que mon frère m'a embrassé et m'a dit adieu... Ma première pensée est qu'il a été découvert, qu'il a entendu les gendarmes frapper à la porte de la maison... et qu'il s'est sauvé...

» Cela me rassure un peu... Je me lève, afin d'allumer une chandelle; la fenêtre est restée grande ouverte. Jy cours... je regarde au dehors et j'écoute...

» Je nentendis rien que le bruit de la pluie sur le pavé; elle tombait à torrents, et le vent la chassait de telle sorte de mon coté, que j'étais trempé aa bout des deux ou trois minutes pendant lesquelles j'étais resté à la fenêtre afin d'é-

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couler au dehors ; je referme la croisée en me demandant comment mon frère a pu être averti qu'on venait l'arrêter, puisque je ne voyais ni n'entendais rien dans la rue; j'allume une lumière afin de changer de linge, car le mien ruisselait d'eau...

» El alors, monsieur Wolfrang, — ajoute le repris de justice en frémissant, — je m'aperçois avec épouvante que, malgré l'eau qui la trempe, ma chemise est tachée de sang ; et je vois aussi du sang sur mon traversin, où j'aperçois l'empreinte de mains sanglantes.

— Celles de votre frère, sans doute, qui, en vous embrassant et se penchant sur vous afin de vous dire adieu, avait ensanglanté vôtre chemise et votre lit?

— Oui, monsieur Wolfrang.

— Votre frère était donc hiessé?

— Non.

— Et... ce sang?

— N'était pas le sien ; mais j'avais d'abord cru le contraire ; aussi jugez de mon effroi, monsieur Wolfrang; car, à la clarté de ma lumière, j'aperçois par terre la redingote que j'avais prêtée à Auguste, trempée de pluie et ayant du sang sur les manches ; chose facile à distinguer, car elle était de couleur claire. Je ramasse en trem-

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Liant ce vêtement afin de Texaminer... je remarque qu'il lui manque un pan, sans cloute déchiré, arraché, dans une lutte... Enfin, l'armoire où j'accrochais mes habits était ouverte, et je ne doutai pas qu'Auguste n'eût changé d'habit avant de fuir...

— El il ne vous vint pas à la pensée qu'il avait tenté de s'introduire chez le banquier?

— Mon Dieu, non, monsieurWolfrang; j'étais tellement bouleversé par tout ce qui venait de se passer, que je pouvais à peine rassembler deux idées...

» Soudain j'entends un bruit de voix dans la rue; cela me rappelle à moi-même... Je vois à travers les vitres la lueur de plusieurs lanternes passant et repassant sous ma fenêtre, et bientôt une voix s'écrie ;

» — Il y a de la lumière au rez-de-chaussée ; c'est là.

» Presque en même temps, pendant que l'on frappe violemment à la porte de la maison, l'un des carreaux de ma fenêtre vole en éclats, un bras s'introduit par louverture de ce bris, fait jouer l'espagnolelte , et la croisée donne passage à deux hommes qui s'élancent dans la chambre, se précipitent sur moi, et, avant que j'aie eu le temps de me reconnaître, me sai-

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sissent à la gorge, et me renversent en niappelant assassin ! — Je sens ma raison se Iroul)ier, mes forces m'abandonnent, et je nie trouve mal...

Wolfrang, de plus en plus intéressé, commençait h entrevoir le concours etrenchaînementdes circonstances fatales qui avaient rendu possible le sacrifice héroïque de M. Dubousquet ; cl il reprit :

— Ces personnages qui s'introduisaient ainsi violemment chez vous appartenaient sans doute à la police ?

— Oui, monsieur Wolfrang; et, lorsque, après avoir perdu connaissance pendant une demi-heure environ, je rouvris les yeux, j'étais

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étendu sur mon lit, les menottes aux mains et les jambes garrottées.

» Mon esprit encore troublé s"éclaircil cependant peu à peu ; je vis devant mon bureau le commissaire de police, occupé à verbaliser, quelques gendarmes et les deux agents de police, qui se tenaient debout dans la chambre. Mes souvenirs revenaient avec ma connaissance.

» Me rappelant les brusques adieux d'Auguste, le sang dont il m'avait taché, les vêtements, aussi tachés de sang, laissés par lui au moment de fuir, j'entrevis pour la première fois, quoique confusément encore, une partie de la vérité ; mais la pensée qui dominait les autres, fut qu'Auguste était sauf et que c'était moi que l'on croyait coupable, puisqu'on m'avait garrotté... Cela me rassura, me donna du courage, et je me sentis bien plus à mon aise. »

Ces mots admirables, si l'on songe aux sentiments qu'ils exprimaient, le repris de justice les prononçait avec une simplicité naïve, complètement insouciant de leur valeur; et il poursuivit ainsi son récit :

— Le commissaire de police, s'apercevantque j'avais retrouvé ma connaissance à un mouvement que je fis afin de me mettre sur mon séant, me dit:

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» — Êtes -VOUS en élal de répondre à me.^ questions?

» — Oui, monsieur.

» Alors, quittant la table où son greffier le remplaça, le commissaire reprit :

» — Écrivez Tiiilerrogatoire.

» Et, s'approchant du lit où j'étais assis, il commença de m'interroger. »

M. Dubousquet, s'interrompanl alors, dit à Wolfrang.

— J'ai sur moi le journal des tribunaux où ont été publiées toutes les pièces de mon procès, et, entre autres, le procès-verbal de mon interrogatoire et des faits accomplis durant cette terrible nuit. Si vous le désirez, monsieur Wolfrang, je vous les lirai...

— Je vous le demande en grâce...

Le repris de justice va ouvrir un secrétaire, y prend une liasse de papiers dont il détache quelques feuillets, et commence ainsi à lire le procès-verbal de son interrogatoire :

« — Vous \ous nommez Amcdée Dubousquet?

» — Oui, monsieur.

» — Vous êtes employé à l'adminislralion des douanes?

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