‹ Les secrets des BonaparteChapitre 23 sur 24 · BULLETIN DU 4 JUILLET · texte numérisé non relu

BULLETIN DU 4 JUILLET

La duchesse de Montebello vient d'arriver à Paris ; elle doit repartir sous peu de jours pour rejoindre l'Archiduchesse Marie-Louise aux eaux d'Aix-les-Bains ; de là, cette princesse, accompagnée de Mme la duchesse de Montebello, se rendra dans le duché de Plaisance, et ensuite à l'île d'Elbe.

On tient ces détails de la personne qui a gardé l'Archiduchesse pendant ses couches à

Paris. Mme de Montebello l'a fait appeler et, en lui parlant de l'intérêt qu'elle garderait, ainsi que son époux, à ceux qui les avaient servis et qui leur étaient restés attachés, elle lui a donné l'assurance que sa pension, réduite au tiers, lui serait exactement payée. Mme la duchesse de Montebello, dans le cours de cette observation, a laissé échapper ces mots : que l'Archiduchesse conservait des espérances ; on ne doit pas en tirer une conclusion absolument rigoureuse ; mais on doit y trouver des motifs bien légitimes de veiller et pour le présent et dans l'avenir.

— On parle de réunions secrètes qui auraient lieu dans la maison d'un sieur Roger et dans celle d'une femme avec laquelle M. Regnault a des habitudes. On ajoute qu'il part des courriers de ces deux maisons qui se rendent dans l'île d'Elbe.

— L'on rend compte qu'à la dernière audience du Ministre de la Guerre du 30 juin, lorsqu'on sut que les officiers généraux seraient seuls admis, le colonel du 16*" régiment de dragons s'écria hautement : Qui se ressemble s'assemble. Ce sont ions des vieilles bêtes. Mais au reste ^

pour faire le fier j il faut payer ; Von verra bientôt renverser la boutique. Un mécontentement assez prononcé se faisait également remarquer

parmi les sous-officiers et soldats qui attendaient l'audience du secrétaire général.

— Un voyageur français, négociant, assez instruit pour bien apprécier les choses et très digne de foi, raconte que le 12 du mois de juin, un dimanche, étant lui-même à Munich, on apprit que Jérôme, frère de Bonaparte, et son épouse, la princesse de Wurtemberg, venaient d'arriver. Blangini , son maître de chapelle, alla sur-le-champ lui présenter ses devoirs ; la Princesse lui demanda avec beaucoup d'empressement si T Archiduchesse Marie- Louise, qui était depuis quelques jours à Schœnbrun, en était partie pour se rendre à l'île d'Elbe et parut très étonnée, quand elle apprit que le départ n'avait pas encore eu lieu.

Sa Majesté l'Empereur d'Autriche avait envoyé en Suisse M. de Palfi, son chambellan, pour accompagner jusqu'à Gratz en Styrie Jérôme et son épouse ; ils allaient habiter le château qu'avait occupé Louis Bonaparte et qu'ils ont acheté de lui. Ces voyageurs devaient se rendre à Gratz en passant parle Tyrol ;mais, prévenus par l'Empereur d'Autriche d'un mouvement qui venait d'éclater dans les montagnes, ils avaient pris la route de Munich, où ils n'ont séjourné que quelques heures,

Les trois frères Jérôme, Louis et Joseph ont séjourné quelque temps ensemble en Suisse.

Joseph habite actuellement à Vevey, et Louis dans un château qu'il vient d'acheter sur les bords du lac de Genève.

— Le 2 juillet, la foule des halles s'est beaucoup entretenue de l'ordonnance sur l'observation des dimanches, dont on ne parlait plus depuis quinze jours. Le peuple paraît croire que cette ordonnance sera rapportée, et fonde son opinion sur ce qui a été dit dans la Chambre des députés. Il y a eu quelques rumeurs à ce sujet.

M. le duc d'Orléans part pour Palerme. Son intention paraît être d'éviter de passer par Naples. Il a donné des ordres afin que son palais fût disposé pour le recevoir lors de son retour.

Le roi de Prusse repart dans trois jour§. Il a reçu la visite de plusieurs maréchaux, des ducs de Tarente, de Raguse^ d'Elchingen, etc. Sa Majesté a eu diverses conférences assez longues avec l'ambassadeur d'Espagne à la cour de Berlin (le chevalier Pizaro), maintenant à Paris.

La tranquillité publique n'a point été troublée à Fontainebleau. Quelque mécontentement à

la vérité s'était manifesté parmi les grenadiers sur la réduction de leur solde, mais tout a été bientôt apaisé par M. k général Priant.

Cependant il y a eu de la froideur aux revues passées par S. A. le duc de Berry et M. le Maréchal Oudinot. En général, on remarque que l'esprit de ce corps ne s'améliore pas sensiblement.

Le i*"" régiment de hussards cantonné à Essonne, qui va se rendre à Paris, et est commandé par un beau-frêre de Joseph Bonaparte, M. Clary, a reçu avec une indifférence ironique les cocardes blanches et les nouveaux plumets qui lui ont été distribués.

Six cents hommes de ce régiment • sont destinés à entrer dans la garde du Roi. Il ne parait pas qu'on ait à se féliciter de ce choix, vu les mauvaises dispositions du corps entier, qui sont presque menaçantes.

Le i*"" régiment de chasseurs du roy, caserne rue de Grenelle, est animé du plus mauvais esprit depuis deux jours. L'appel se termine aux cris de : Vive V Empereur ! Vive Bonaparte ! Les efforts du colonel pour le ramener à de bonnes dispositions ont été infructueux. Un maréchal des logis a été mis au cachot, les chasseurs ont été consignés 'au quartier. Un

détachement de chasseurs de la Garde Impériale arrive, pour y être incorporé, ce qui est loin d'y ramener l'ordre. En général, les sousofficiers peuvent être considérés comme les boute-feux de ce germe d'insurrection.

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