‹ Les secrets des BonaparteChapitre 9 sur 24 · HORTENSE · texte numérisé non relu

HORTENSE

Si je reçois quelque courrier, je l'enverrai tout de suite à Votre Majesté.

Plombières ce lo juillet (1810).

Survient la première Restauration et un rapport de la sûreté générale du 8 septembre 18 14 (A rchives nationales) nous apprend que « Mme Louis Bonaparte est arrivée à Paris le 3 septembre avec une suite nombreuse de gens et de voitures ; son cortège a fait causer les voisins. »

Et un autre rapport du 29 novembre, tiré des Archives nationales^ comme tous ceux qu'on va lire, nous apprend le but du voyage de la reine :

On assure que Louis Buonaparte va former une demande juridique pour obtenir ses deux fils qui ont atteint Tâge de 7 ans. C'est à cette époque que les enfants mâles retournent sous la puissance de leur père. En raison de cette action, l'épouse de Louis Buonaparte s'est adressée à M. le Chancelier et lui a demandé une

conférence. M. le Chancelier a, en conséquence, assigné une audience à Mme Hortense qui a paru formalisée de ce que M. le Chancelier ne s'était pas rendu chez elle et n'avait pas eu égard au titre que naguère elle portait.

Néanmoins la ci-devant reine a été chez M. le Chancelier à qui elle a parlé du sujet de sa sollicitude. M. le Chancelier a répondu qu'il ne pouvait prendre couleur dans le différent qui allait naître entre les deux époux et que l'affaire appartenait tout entière aux tribunaux.

Voulez- vous un croquis de la journée de la reine, maintenant duchesse de Saint-Leu ? Un rapport du 16 décembre va nous le donner.

On ordonna il y a quelque temps des informations sur la conduite que tenait la duchesse de Saint-Leu et sur la société qu'elle recevait ; voici leur résultat :

Mme la Duchesse se lève tard, passe ordinairement sa matinée à peindre. On voit souvent le matin chez elle des peintres, entr'autres MM. Garnerey, Richard et Thionon ; on y voit aussi des gens d'affaires qui yiennent conférer avec elle sur le procès qui se suit contre son époux, procès qui lui donne beaucoup de chagrin. Elle se promène souvent avec ses enfants.

Il y a deux fois par semaine réunion chez elle, les autres jours elle voit peu de monde. Parmi les personnes qui forment sa société habituelle, on distingue les généraux Colbert, Belliard, Lascour, le général de Rivière, aide de camp de Monsieur, M. Sosthène de la Rochefoucauld et M, Méjean, ex-secrétaire de son frère le prince Eugène. Deux habitués particuliers de la maison sont un abbé Bertrand et un baron de Vaux ; ce dernier passe pour être bien accueilli à la cour et chez les ministres. Lundi dernier, la duchesse a reçu beaucoup plus de monde qu'à l'ordinaire ; on y a remarqué le duc et la duchesse de Bassano, Mme de la Borde, le maréchal Ney, les généraux Flahaut et Marchand ; beaucoup d'Anglais et d'Anglaises s'y trouvaient aussi.

La maison de Mme la Duchesse est tenue sans faste ; il y règne beaucoup d'ordre. Mme la Duchesse est très aimée des personnes qui l'entourent.

Le nom de Flahaut vient d'être prononcé,

la sûreté impitoyable nous parle ainsi du père

de Morny :

22 décembre 1814.

Le général Flahaut est encore un jeune

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homme ; sa mère a épousé le comte de Souza Cotinho {Bothello ?)^ ancien ambassadeur de la cour de Portugal près celle de Buonaparte. Ces trois personnages habitent ensemble une maison, dont ils sont propriétaires, Grande- Rue-Verte, n° 6, faubourg Saint-Honoré. Cette maison est fréquentée par beaucoup de monde, particulièrement par des étrangers, tant Anglais qu'Espagnols et Portugais.

Le général Flahaut voit la plupart des généraux qui marquaient par leur dévouement à Napoléon. Le général Exelmans, qui est son ami intime, venait très souvent chez lui. Le général Flahaut a aussi des liaisons avec les généraux Lanier (?), Marchand, Belliard et le maréchal Pérignon. Il voit encore parfois les maréchaux Marmont, Ney, Oudinot et Davoust.

Il se présente de temps à autre à la cour. Il est allé avec son beau-père, le comte de Souza Cotinho, rendre quelques visites à l'ambassasadeur d'Angleterre. Il va souvent chez la duchesse de Saint-Leu. Il a reçu des visites de M. Méjean, ex-secrétaire du prince Eugène, et les lui a rendues.

Le général Flahaut manifeste hautement son attachement pour le roi Murât ; et on paraît ne former aucun doute sur ses mauvaises dispositions à l'égard du gouvernement actuel.

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Le comte de Souza Cotinho, qui a de grandes propriétés dans le Portugal, se propose, lorsque ce pays sera pacifié, d'y emmener son épouse et son beau-fils.

37 décembre 1814.

Une personne qui se prétend bien informée assure que M. de Flahaut, instruit de la détresse dans laquelle le général Exelmans doit se trouver par la privation de ses traitements, lui a envoyé un contrat de 20,000 francs de rente.

La veille même, le 26, la sûreté devenait moins bienveillante pour Hortense :

La duchesse de Saint-Leu continue à mener une vie tranquille et uniforme, se renfermant dans une société peu nombreuse, choisie et habituelle.

Une visite inopinée faite par lord Wellington à la duchesse de Saint-Leu a un peu surpris. On a remarqué qu'il est resté avec elle dans son cabinet pendant plus d'une heure et que, pendant tout le temps qu'il a figuré au cercle, il a, contre son ordinaire qui est une extrême hauteur et un grand sérieux, montré à la duchesse la déférence la plus grande et la plus respectueuse et à sa société les attentions les plus marquées.

On parle peu politique chez Mme de Saint- Leu qui ne permet point qu'on traite un tel sujet et avant-hier elle a dit à Mme la comtesse de Souza (mère du général Flahaut), qui voulait s'entretenir du général Exelmans dans le sens de son fils, « qu'il était temps que toutes les têtes exaltées se modérassent et restassent tranquilles. »

On apprend que les scellés ont été apposés hier par ordre supérieur chez Mme la Duchesse de Saint-Leu et chez le cardinal Fesch.

Le 2 mars 1813 on touche au retour de l'île d'Elbe, nouveau rapport de la sûreté.

On s'attend à ce que Mme la Duchesse de Saint-Leu gagne sa cause. Les conclusions de M. Courtin confirment l'opinion que Ton avait que la cour s'intéresse à cette dame et l'on dit à ce sujet que les tribunaux seront à l'avenir des cabinets où tout se décidera par la raison d'État.

Je donne maintenant sans interruption les rapport? de la surveillance organisée autour d'Hortense. [Archives nationales^ F, 7, 6890.)

Chambéry le 15 août 1815.

A S. E, M. le duc d'Otrante, ministre de la Police.

Monseigneur,

J'ai eu rhonneur de rendre compte hier à Votre Excellence de l'arrivée de M. de Flahaut à Aix-les-Bains où se trouvait déjà Mme la Duchesse de Saint-Leu et où M. le Comte Thibaudeau est attendu.

Je n'ai pas été sans inquiétude, Monseigneur, sur l'effet que cette réunion pourrait produire au moins sur l'opinion et les discours publics. En conséquence, je me suis rendu hier à Aix, j'ai fait parler à Mme de Saint-Leu de la convenance qu'il y aurait^ pour ses propres intérêts, à ce que M. de Flahaut prît de luimême le parti de s'éloigner d'Aix pendant le temps qu'elle y résiderait. Cette observation a été sentie. M. le comte de Flahaut a dû quitter Aix ce matin.

Je suis, etc.

Le préfet dît Mont-Blanc , Le baron Finot.

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