‹ Les secrets du diable (volume 2)Chapitre 12 sur 19 · LA DAME BLANCHE DE BADEN S · texte numérisé non relu

LA DAME BLANCHE DE BADEN S

Eh bien t qu'en pensez-vous ?

jeune homme tressaillit, et cherchant à dis^muler QOtion :

Je pense , répondit-il , que voilà une admirabU 3, un peu pâle, mais dont les yeux et la bouche annt qu'elle avait Tesprit fier et le cœur ardent. Que ;sions sur ces lèvres t quel infini dans ces regards t iocteur hocha la tête.

De belles phrases à propos d'une exécrable femme t nt d'entraînement, mon jeune ami 1 Ce que vous ans ces yeux, c'est le meurtre; ce que vous admi-p ces lèvres ôcarlates, c'est le sang répandu. Votre leest un monstre. Je sais bien que vous autres Franuand vous ne guillotinez pas ces êtres-là, vous leur z un piédestal et leur décernez l'auréole du génie. 1 vous serait difficile pourtant de poétiser la Dame le.

►ns-nous besoin dédire que le jeune Français écoudocteur avec impatience ? Il désirait maintenant, utant d'ardeur qu'il avait montré jusque-là de dé- » le récit de cette fameuse légende qui secouait tant assentiments sur le château du duc de Bade, entait palpiter un intérêt vague au fond de cette e lugubre, et nous sommes contraint d'avouer que le même dont la Dame 4)lanche avait pu se rendre ble était un excitant énergique pour sa curiosité ; est vrai que nous avons tous, plus ou moins, la a de l'horrible, et que certaines épouvantes sont *ce des plus vives jouissances de l'esprit.

Le docteur vit le désir de son compagnon, et passant son bras sous le sien :

— Ne vous échauffez pas trop Timagination, mon jeune ami, lui dit-il, il n'y a rien de bien intéressant. En deux mots, voilà l'histoire.

— En deux mots I s'écria le Français. Merci, docteur, vous êtes trop bref; vous n'êtes pas d'ailleurs assez désintéressé dans la question pour parler de la Dame blanche en conteur impartial ; je me défie de vous.

Et dégageant son bras de celui du médecin, il courut chez la baronne de B...

Il la retrouva dans le même fauteuil, sous le même rayon de soleil, travaillant au même tricot. Dès qu'elle l'aperçut :

— Qui vous ramène, monsieur l'incrédule ?

— C'est le repentir et la foi, répondit le jeune Français, en envoyant du seuil de la chambre un salut plein d'humilité et de supplication.

La vieille baronne sourit, regarda de côté son pénitent, fut assez satisfaite de sa componction, et dégageant un petit tabouret de tapisserie, enfoui sous les plis de sa douillette :

— Venez vous agenouiller là, dit-elle, et confessezvous; si vous faites preuve de contrition, je vous absous.

— Et vous me raconterez la légende ?

— Parbleu I

Le jeune homme vint se précipiter aux genoux de la douairière, avec une vivacité dont elle s'amusa.

— C'était ainsi autrefois, murmura-t-elle avec un sou-

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i on s'agenouillait là, mais pour faire des contes, et pour en entendre t Bah t ce passé est aussi une léie, et vous n'êtes pas ici pour écouter mes soupirs, re jeune Français fit part de sa visite au portrait, de mpressions et de son ardente curiosité, a baronne enroula gravement son tricot, tira d'une :e bonbonnière en ivoire, ornée d'un magnifique pop- , quelques morceaux de réglisse qu'elle glissa entre ^vres, se renversa dans son fauteuil, toussa un peu, ma ses mitaines sur ses doigts et commença ainsi :

y avait une fois un jeune margrave de Bade, très- , très-savant et très-bon. Ce jeune prince, comme a voit guère, n'avait qu'un défaut : il était d'une jsse insurmontable, d'une mélancolie que rien ne 3ait. Son père et sa mère, qui contemplaient avec orcet unique rejeton de leur race, se demandaient j désirs creusaient des abîmes dans le cœur de leur it.

lis le margrave ne souhaitait rien et n'aimait per- B. J'entends qu'il n'aimait pas autrement qu'avec sa filiale ; car jamais fils ne fut plus soumis aux volon- 3 ses parents, dont il recevait les conseils avec une ilité parfaite. Vous voyez que le prince était décidé-

; un prince fort extraordinaire.

Un jour l6 margrave fut cotiduit par les deux rénérables auteurs de ses jours dans une charmille du parc, et là, sous rœil du bon Dieu, loin des courtisatis importuns et des ralets curieux, on voulut sonder la plaie mystérieuse qui saignait aii cœur du jeiiné homme. Il se prêta avec docilité à cet examen; mais il lui fut impossible de coiifesser le moindre secret. A chaque question, le margrave répondait qu'il n'avait rien, qu'il ne désit-ait rien, que Tènnui pesant dont il souffrait se dissiperait sans doute, et qu'il n'avait autre chose à demander ail Ciel que la continuation des jours calmes et sereins de ses parents. Un baiser respectueux compléta cette réponse, et les deux augustes vieillards, après avoir béni leur fils, rentrèrent au château, bien embarrassés, mais bien émus d'une tendresse si exemplaire, d'une innocence si parfaite.

Cependant la nuit inspira aux vieillards la pensée d'une guérison, et, dès qu'il fut joUr, on appela de nouveau le mélancolique margrave.

— Mon fils, lui dit son père, nous avons décidé que vous voyageriez. J'ignore les desseins de Dieu sur nous ; mais il se peut que nous allions bientôt rejoindre noi aïeux sur l'oreiller de marbre des caveaux de la famille. Vous pouvez être tout à coup appelé à régner. Il est donc essentiel que vous soyez préparé à ce grand événement. Or, la tristesse dotit vous êtes la proie est une mauvaise disposition pour gouverner. Que sera-ce donc, mon fils, quand vous verrez l'envers de la nature humaine et l'intérieur des consciences? Je ne veux pas que vous soyez

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lanthrope, j'aime trop mes sujets pour leur léguer un m ou un incrédule; il faut songer à vous guérir. Je se que les voyages vous seront l'occasion de vous disre, en achevant de vous instruire. On se connaît mal nd on ne s'est pas vu dans plusieurs miroirs ; de même, l'entend rien à Thumanité quand on n'est pas sorti ^i-même. Allez donc, mon fils, étudier les hommes j leurs divers pays. Vous êtes prudent ; je n'ai pas de leil à vous donner, je vous bénis...

e vieux prince ne raisonnait pas trop mal pour un >le prince allemand. Le remède était bon. Le mare consentit à en essayer. Il fit ses paquets avec docin'oublia pas d'emporter un Plutarque et un Sénédont il lisait parfois, pour s'entretenir Tesprit en tit du bien, dérouilla son épée qu'il suspendit à son embrassa tendrement son père, sa mère, s'inclina leur bénédiction, et partit, ir le seuil du château, la mère, qui avait suivi son [e serra encore une fois dans ses bras, et le retenant istant sur son cœur, lui murmura aux oreilles ces rtations suprêmes qui jaillissent toujours du sein rnel, multipliées par les angoisses de la sépara-

• Mon fils, lui dit-elle à voix basse, rapportez votre ' de vos voyages ; quelle que soit l'occasion qui vous i, rappelez-vous qu'un fils respectueux doit faire ' son hymen par sa mère et par son père, et qu'un '.e de la maison de Baden ne doit point offrir son bla- Lans un bouquet.

Le margrave sourit, rougit, embrassa trois fois encore sa mère attendrie, monta à cheval et partit au galop pour son tour d'Europe.

Il alla en France, en Italie, en Espagne, dans tous les pays du soleil, de la poésie et de Tamour; mais la gaieté de ces régions privilégiées, loin de dissiper la mélancolie du jeune voyageur, épaississait au contraire le voile lugubre qui l'enveloppait. Son cœur repassait les frontières, libre et insensible comme il les avait franchies d'abord; quant à son esprit, il s'enrichissait à chaque excursion nouvelle d'un désenchantement de plus.

Le nord convenait mieui au caractère rêveur du margrave. Il se dirigea vers ces contrées mélancoliques, et ce pâle soleil semblait plutôt le vivifier et Tépanouir que les chauds rayons de Naples, de Venise, de Madrid, de Paris.

Un jour, en Danemark , le jeune prince se promenant seul, à cheval, dans la campagne , s'égara. Après des efforts infructueux pour retrouver .son chemin, comme la nuit s'avançait, il se hasarda à demander l'hospitalité dans un château dont il avait admiré, quelques instants auparavant, la position merveilleuse au bord d'un lac.

Un vieux majordome vint prendre la bride du cheval du margrave et apprit à ce dernier qu'il était chez la comtesse Olamûnde, jeune veuve, qui, depuis la mort de son époux, vivait dans une retraite absolue, et n'allait plus à la cour. Le margrave sollicita l'honneur d'être présenté à la comtesse, et le vieux domestique le con-

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