LA DAME BLAKCHS DB BADEN
près avoir souffert pendant dix ans des mécomptes ités par un époux si peu fait pour l'aider dans son re, la comtesse Olamunde était devenue veuve. Je irme pas que le défunt ait été pleuré ; il mourut même propos, que des esprits méfiants auraient pu accule cette coïncidence quelqu'un de plus responsable le hasard. Mais, la réputation de vertu de la comtesse
santé depuis longtemps chancelante du comte pant, en Danemark, des raisons plausibles qui déroait les soupçons, si Ton peut admettre que des soupse soient élevés au sujet de cet événement. Quoi qu'il it, pleuré ou non, le comte Olamunde eut des obsè*- ; grandioses, un cénotaphe de marbre gigantesque,
une inscription latine; et s'il est vrai que la mort )it que la vi|B humaine vue à l'envers, le défunt dut ^enir , en jouissant d'un monument si magnifique, [ y avait pourtant quelque chose d'assez agréable dans isées ambitieuses de son épouse, a comtesse Olamunde considérait le veuvage comme transition entre les désappointements de son pre- ' hymen et les espérances d'un second, ussi, le soir que le margrave vint demander Tho^ita-
la belle veuve était-elle plongée dans une contem- Lon ardente, et cherchait-elle son étoile à travers les >. Ramenée vers la terre par l'arrivée de l'étranger, jt sans désappointement, ou plutôt, ce fut avec un >aillement de joie et d'orgueil qu'elle vit ce beau le homme respectueusement incliné , et qu'elle l'enlit énoncer son nom et ses qualités. La comtesse enve-
loppa le margrave d'un regard rapide, et satisfaite de cet examen, amena sur ses lèvres le plus éblouissant sourire qui ait jamais fait rêver un poëte.
Ce serait ici l'occasion de vous jouer un de ces beaux airs que la jeunesse joue si bien ; mais mes vieux doigts se sont roidis à tricoter, et pinceraient mal cette corde enchanteresse. Que votre imagination vienne donc en aide à mon cœur stérilisé. Représentez-vous cette belle soirée, cette terrasse, la comtesse Olamûnde avec les deux yeux que vous lui connaissez et les ambitions qui l'agitent, le jeune margrave avec sa candeur, sa naïveté; songez aux ejitretiens sublunaires de Roméo et de Juliette ; invoquez, évoquez tous les gracieux fantômes que le souffle des nuits promène sur les terrasses des châteaux , au bord des lacs, et vous suppléerez sans peine à l'élégie dont je me dispense.
Qu'il vous suffise de savoir que le margrave fut si bien reçu au château de la comtesse Olamtinde qu'il revint le lendemain et les jours suivants; et, quinze jours après leur première entrevue, le margrave et la belle veuve s'élançaient par la pensée, dans les mômes régions idéales sur le même char ailé. Mais, à mesure que cette intimité développait dans le cœur du jeune prince un de ces sentiments éternels qui ne s'éteignent qu'à la mort, la gaieté allumait ses regards, l'esprit allégeait son front ; il souriait à la nature et à la vie, et allait avec une merveilleuse candeur au-devant de toutes les illusions. L'amour de la comtesse Olamûnde , au contraire , était une flamme qui lui creusait le visage et promenait des
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irbératioDs sinistres sous les arcades de ses grands
n soir qu'ils étaient tous deux sur la terrasse, le
grave laissa déborder son émotion, et , annonçant à
)nitesse son prochain départ pour Carlsriihe, lui pei-
en termes touchants ses regrets et ses espérances.
- J'ai fait un beau rêve, madame, dit-il en termi- ; ; s'il dépendait de moi de le changer en réalité. Dieu ;t témoin que le plus beau jour de ma vie serait celui 5 vous ramènerais margrave de Bade dans le château les pères.
es yeux de la comtesse Olamûnde lancèrent des celles, sa lèvre frémit.
- Et qui peut donc empêcher la réalisation de ce L rêve? répondit-elle avec une sombre énergie.
- Hélas ! reprit le margrave, il y a quatre yeux qui oosent à ce bonheur. Tant que ces quatre prunelles chiront l'azur du ciel, notre union est impossible.
- Et si ces yeux importuns s'éteignaient ? demanda >mtesse avec un tremblement terrible et d'une voix aglée.
- Si ces quatre yeux étaient clos, reprit avec tristesse largrave, vous seriez ma femme.
- Je serai duchesse de Bade 1 s'écria la comtesse aûnde avec un éclat sauvage.
e prince la regarda avec étonnement, chercha à prendre ce qui se passait dans ce cœur ténébreux ; trouvant sans doute en lui-même une explication Q ses désirs :
SSO ZiES 8BGBETS BU DIABJLE
— Oui, comtesse, lui dit4I, avec une voix émue et ei^ lui baisant la main, oui, vous serez margrave ! Adieu, Je reviendrai... J'emporte la foi et du courage.
Le margrave partit ; et la comtesse, penchée sur sa terrasse, le suivit de loin avec de sonibres regards. Quand il eut disparu entièrement dans les brumes du chemin, madame Olamûnde se leva, aussi blanche qu'un spectre.
— Je serai duchesse de Bade, répétait-elle avec fierté, en croisant ses bras sur sa poitrine; mais avant cette joie...
Gomme on lui amenait alors ses deux enfants pour le baiser du soir, la comtesse repoussa avec effroi ces deux innocentes créatures.
— Pourquoi ne dorment-ils pas déjà ? dit-elle avec violence. Pourquoi ces quatre prunelles sont-elles si brillantes, si éveillées à cette heure ! Qu'elles se voilent J qu'elles s'éteignent 1 je ne veux plus les voir.
Et, agitant ses bras, comme si elle eût voulu se débarrasser de serpents qui les mordaient, la comtesse s'enfuit de la terrasse; elle ne se coucha pas de la nuit, 0t erra dans le château. Il est probable qu'elle n'alla pas rendre visite, dans toutes ses courses, au lit (Je marbre du comte Olamûnde.
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mx mois se passèrent. Le margraye de Bade reyint anemark ; il se hâtait. Il apportait une bonne nou- , et son cheval n'allait pas au gré de son impatience, transformation complète s'était opérée en lai : le ir débile s'était épanoui en caralier charmant et >te ; le bonheur avait relevé son front, éclairci son 3; et l'espérance débordait de son regard, la dernière ville qui précédait le château de la com- , le jeune voyageur fit halte et se recueillit. Il poi> mt de joie, qu'au moment d'arriver, le fardeau lui lait pesant ; il avait tant de choses à dire à la cornqu'il avait besoin de mettre de l'ordre dans ses Il quitta ses poudreux habits de voyage, et se pacomme pour des fiançailles, il se remit en route m tel battement de cœur, qu'il était obligé de s'arsouvent, craignant de sufl^oquer.
une lieue du château, le margrave rencontra le majordome qui lui avait tenu la bride lors de sa ère visite ; il était en deuil, marchait le front baissé tait un paquet sous le bras.
Eh ! mon brave homme, où allez-vous ainsi ? dea le voyageur, qui s'alarma des habits et de la mine res du vieux serviteur, majordome releva la tête, reconnut le mai^ave et
pâlit, mais il ne répondit rien; le jeune homme insistant et demandant des nouvelles de la comtesse, il murmura:
— Monseigneur, la comtesse vous attend. •
Et, sans vouloir ajouter un mot, poussant un profond soupir, il continua sa route.
— C'est étrange , se dit le margrave, saisi d'un pressentiment lugubre, serait-il arrivé quelque malheur au château ?
Comme il apercevait une auberge, il s'arrêta, fit donner une mesure d'avoine à son cheval devant la porte, et voulut interroger l'aubergiste.
Au premier mot, l'hôte tressaillit, regarda fixement le voyageur et répondit :
— Vous êtes celui qu'on attend au château ; vous n'avez pas besoin alors de vous arrêter si près du but I Et, avec une vivacité empreinte d'une sorte de terreur superstitieuse, l'aubergiste alla retirer le cheval de la mangeoire, lui remit la bride et ferma sa porte, ne voulant pas répondre au margrave qui l'appelait pour le payer.
Cette fois, le jeune prince se sentit pris d'épouvante ; il partit au galop. Bientôt il aperçut le château de la comtesse. La grille était ouverte; deux enfants du village étaient assis sur le bord du fossé ;. au bruit du cheval, ils se levèrent et prirent leur course, en poussant des clameurs, comme à l'approche d'une vision sinistre.
Le margrave franchit la porte d'un bond : les quatre fers de sa monture firent jaillir quatre étincelles du pavé. U appela, mais personne ne vint ; il attacha alors son che-
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Il un anneau de la porte. La cour, les vestibules, tout désert. Le margrave monta l'escalier qui conduisait ppartement de la comtesse. Il avait peur de se heuri un cercueil. La mort planait si visiblement sur î maison, changée en sépulcre, que le jeune prince 3ndait à trouver celle qu'il aimait dans les plis du ul. Au sommet de l'escalier, il s'arrêta, appuya ses : mains sur son cœur pour en comprimer les battets, adressa une courte oraison au Dieu qui bénit les sentiments, puis il pénétra dans l'appartement de la e.
)rès avoir traversé plusieurs chambres aussi abanées que le reste de la maison, il parvint à une pièce ie, et un gémissement qui le fit tressaillir l'avertit n'était plus seul. La comtesse Olamûnde, accroupie ►t qu'assise dans un grand fauteuil, les mains dans heveux, les regards attachés devant elle, semblait întrée dans une de ces douleurs insensées et farouqui ne trahissent que des sentiments surhumains ou -emords. Une obscurité presque complète régnait cette chambre ; les rideaux étaient baissés, les volets li fermés.
itendant des pas sur le plancher, la comtesse dressa e.
Qui est là ? demanda-t-elle d'une voix si troublée e margrave eut peine à la reconnaître, î prince s'avança alors jusqu'à la comtesse, et, preses mains inondées d'une sueur froide, il fléchit le u avec une piété recueillie, et dit doucement :