‹ Les secrets du diable (volume 2)Chapitre 15 sur 19 · LES SEGRSTS DV BI^^L'E · texte numérisé non relu

LES SEGRSTS DV BI^^L'E

— Salut à la margrave de Bade l

La comtesse poussa un cri, se jeta sur les rideaux qu'elle fit voler sur la tripgle, écarta brusquement les volets, et reconnaissant dans un flot de lumière celui qu'elle attendait depuis si longtemps, se précipita sur lui, comme sur une proie, et Tétreignit à l'étoufifer, en murmurant :

— C'est toi, tu viens bien tard 1

Le prince fut frappé du changement opéré dans le visage de la comtesse. Ses orbites s'étaient creusées; elle était d'une pâleur de spectre, et une flamme sinistre vacillait dans son regard.

— Qu'avez-vous, madame, s'écria-t-il, vous souf frea î

— Ce n'est rien, dit-elle, avec un éclat de rire qui rd^ tentit dans le$ chambres désertes ; je t'attendais, et je a^ t'espérais plus ; mais, te voilà i Oh t je vais oublier !

— Vous êtes bien seule, madame ?

— Tu crois? Ah! j'avais peur pourtaut d'entendre revenir quelqu'un.

— Que s'est-il donc passé? pourquoi cet abandon?

— Ce qui s'est passé? ne le sais-tu pas? Ah ! je te le dirai en route... Mais fuyons, fuyons 1 Tu viens me chercher, n'est-ce pas? Je suis ta fiancée; rien ne s'oppose plus à ce que je sois ta femme : les yeux jaloux qui te faisaient peur sont éteints.

— Dieu soit loué t cojntesse, interrompit vivement le margrave, ces quatre prunelles réfléchissent toujoura le ciel ; mais elles m'ont souri en accédant à mon vœu le plus cher.

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- Que dis*iu là ? ces yeux, ce» flambeaux, ces quatre ipières vivent encore ? tu les as vues ?

- Pourquoi ce trouble, cet égarement ?

- Oh t je suis bien certaine pourtant de les avoir s se fermer pour jamais 1

- Que dites-vous ? mon Dieu f

- Rien, partons t Tu le vois, margrave, on savait que ais partir et Ton m'a abandonnée. Viens, viens ; ton rai est en bas, il piaffe d'impatience ; tu m'emporte- 3n croupe.

t la comtesse, avec une yiolence qui trahissait de s terreurs, entraînait le margrave. Ce dernier, ébloui, né, mais cédant avec une sorte d'effroi qui remplala confiance, se laissait conduire; il retrouva le cheous la porte, prit la comtesse dans ses bras et se mit lie.

1 moment de secouer la bride, une idée lui vint : • Nous oublions vos enfants, madame, où sont-ils? i comtesse se tordit dans les bras du margrave, ne un serpent jeté sur un brasier; elle le regarda des yeux effarés, en posant sa main frémissante sur paule. Il renouvela sa question ; elle répondit, les serrées, avec un sifflement :

Tu demandes mes filst mais ne m'as-tu pas dit que yeux ne pouvaient contempler notre bonheur? C'étaient les yeux de mon père et ceux de ma que je redoutais pour vous, non ceux de vos enmadame... Et mon père et ma mère ayant conï notre mariage...

La comtesse Tinterrompit en poussant un cri effroyable.

— Tu mens I dit-elle avec délire ; tu mens, c'est impossible 1 je n'aurais pas été en vain mère sacrilège et dénaturée 1 . . .

Le margrave comprit tout.

Il écarta les bras avec horreur. La comtesse glissa à terre ; mais se redressant aussitôt, elle se cramponna à la selle, aux étriers, aux mains du prince, en poussant des gémissements entrecoupés.

Quant à lui, glacial, terrible, ne trouvant aucun mot, aucun cri pour l'effroyable déchirement de son âme ; inflexible comme la malédiction de Dieu, pâle comme un fantôme, il repoussa du pied l'infanticide, qui s'élança en rugissant dans le château ; puis, faisant jaillir le sang de son cheval sous ses deux éperons, il franchit la grille ventre à terré...

Le chemin tournait autour du manoir; en passant au galop près du lac, le margrave aperçut la comtesse penchée en dehors de la terrasse, une brise lui apporta ces paroles lancées avec toute l'énergie du désespoir :

— Margrave *de Bade, il y a malgré toi un pacte de sang entre ta race et la mienne t je suis à toi pour l'éternité t

Puis on vit la comtesse étendre les bras et s'élancer ; les eaux du lac s'agitèrent ; le prince poussa un cri et voulut courir au secours ; mais il pensa qu^il ne devait pas disputer cette criminelle au jugement d'en haut.

Le margrave revint dans le duché de Bade, pour y

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