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à noire sexe de croire que nous ne toqs raurions pas
Kvré, ce secret, s'il existait !
— Te rcTerra-t-OD ce soir? demanda Sopliie.
•— Ge soir, je ne croîs pas, maïs demain matin, si je pois, je Tiendrai tous serrer la main. Et Yalentîn ouTrit la porte.
— C'est sans doute pour cela que tu ne nous serres pas la main aujourd'hui?
— Ali ! pardonnez-moi. Et le pauvre Valentin prit les jolis doigts que Simone lui tendit, fut tenté de les manger de baisers, mais se contenta de les serrer un peu, afin de ne pas éTeiller de soupçons.
Sophie lui tendit le front; mais il l'attira à lui, la serra deux fois dans ses bras et sortit. • M>>« Girod porta la main à sa joue *
— 11 a pleuré, s'écria-t-elle. Voilà une larme! Ah! ma chère, il se passe quelque chose !
— Il t'a embrassée pour moi, reprit Simone. Je l'ai ))ien vu! J'aurais dû me jeter à son cou. 11 nous disait adieu!
— Courons chez ma mère, il y est encore !
Les deux jeunes filles allèrent à l'appartement de M™« Girod. Valentin n'y était pas Tenu.
— Tu vois, il nous trompe ! s'écria Simone.
— Le courage lui a manqué pour tromper sa mère, répliqua Sophie en remuant la tête.
— Mais Simon est parti I
— Il peut courir après lui.
— Oh I je n*y peux plus tenir, reprit M"® Girod. Je suis sa sœur, tu es sa fiancée: nous ne pouvons pas être compromises en allant chez lui ; if faut à tout prix savoir ce qui se passe.
£t appelant miss Simpson qui attendait dans la salle à manger avec la docilité d*un automate, les deux jeunes filles s'élancèrent dans l'escalier.
— Où courez-vous donc comme cela, mesdemoiselles? dit la pauvre Anglaise effarée.
— A la caserne du quai d'Orsay, crièrent à la fois Sophie et Simone en se jetant dans un fiacre.
— A la caserne ! balbutia pleine d'horreur miss Simpson, qui n'avait jamais vu dans les romans de M™e Gottin un incident pareil.
Un quart d'heure après, le portier-consigne de la caserne répondait à ces trois dames que le lieutenant Girod était tout récemment rentré, puis sorti à cheval pour une promenade.
— Ne pouvons-nous l'attendre chez lui? demanda Sophie.
— Mais... dit le portier.
— Je suis sa sœur, interrompit-elle avec fierté.
Le soldat s'inclina et conduisit ces trois dames à la chambre de Valentin Girod.
Simone et Sophie trouvèrent le soldat d'ordonnance de Valentin qui mettait en ordre son ménage; les* deux jeunes tilles s'informèrent avec empressement des instructions données par le lieutenant, de son retour probable. Qu'avait -il dit? qu'avait-il fait? Rien n'annonçait-il un projet de départ?
Le soldat répondait avec le laconisme réglementaire. Les valets de caserne sont discrets , surtout quand ils ont affaire à des dames; il n'y a pas de parenté pour eux; il n'y a que le sexe. Entrer dans des détails, c'est s'exposer à trahir l'officier. Aussi, le soldat en question, tout en souriant de l'œil plutôt que de la lèvre, se renfermait-il dans des monosyllabes et avait -il peur d'en trop dife. Quand il eut fini de donner à la petite chambre une propreté relative, il salua ces dames et se relira.
— Que faut-il croire ? dit Sophie en s'asseyant sur le bord de la petite couchette de son frère et en dénouant son chapeau.
— Nous avons peut-être eu tort de venir, répondit doucement Simone, qui se sentait au contraire aussi ravie qu'elle pouvait l'être au milieu de ses inquié-
tudes, et qui furetait des yeux dans chaque coin de a chambre.
Miss Simpson ne dit rien ; mais elle soupira en remarquant d'énormes pipes appliquées au mur. Ces instruments la choquaient beaucoup plus que les pistolets et les épées qui formaient un trophée audessus de la cheminée.
— Si nous nous étions alarmées inutilement ? dit Sophie qui voyait toutes les armes en place.
— Mais tu m'as dit toi-même qu'il avait pleuré en t'embrassant, reprit Simone. '
— C'est vrai ! Et son inquiétude? et cette activité fiévreuse? Où peut-il être? Il est sorti h cheval, seul ; on ne part pas ainsi en voyage.
— Oh I ma bonne Sophie, s'il allait simplement rentrer d'une promenade, que dirait -il en nous voyant ici? C'est lui, à son tour, qui se douterait de quelque chose.
— Nous inventerions quelque bonne histoire de surprise. Tu as voulu voir sa chambre de garçon ; d'ailleurs, miss Simpson et moi, nous ôtons toute inconvenance à ta visite.
— Mais, s'il ne rentre pas seul?
— Eh bien I il nous présentera à ses amis ; nous sommes présentables.
Les deux jeunes filles, rassurées par l'ordre de la petite chambre, commençaient à sourire et à ne plus
25fi LÀ VOIX DU SANG
voir que le côté aventureux de leur escapade. Simone, avec la curiosité un peu jalouse d'une fiancée, faisait Tinventaire.
— Quel est ce portrait-là? dit- elle en apercevant de loin une miniature.
— C'est le mien, ma chère, reprit Sophie.
— Ah ! comme j'ai eu pecrr !
Elle s'arrêta devant un angle qui paraissait être le sanctuaire du jeune officier : une petite table, avec un tapis qui avait été autrefois un châle sur -les épaules de sa sœur ; un encrier, des plumes, du beau papier satiné dont la vue rappela à Simone ses billets des Tuileries; quelques livres de théorie militaire mêlés à quelques Almanachs des Muses ; un roman de cabinet de lecture ; des petits colifichets de toilette, et, au-dessus, tout un musée de fétiches, de fleurs desséchées, accrochées au mur avec des épingles ; des bouts de ruban, un petit sachet, je devrais dire un reliquaire, renferraantquelques cheveux dont la nuance ne devait pas éveiller la jalousie de Simone; toutes les sublimes niaiseries de l'amour, toutes ses superstitions, tous ses ex-voto étaient là.
Simone regardait, dévorait, faisait l'inspection; rien ne manquait à l'appel.
— Voilà le ruban que je lui ai donné, murmuraitelle avec des tentations de le reprendre pour s'en
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faire à son tour un souvenir. Gomment! il a gardé aussi les fleurs ! Le pauvre garçon! Va! il est temps qu'on nous marie, car sa chambre deviendrait une boutique d*herboriste.
Et elle riait doucement... pour ne pas pleurer.
Sophie, rêveuse, la contemplait avec mélancolie. Ce bonheur selon le monde et selon Dieu la rendait saintement jalouse. Serait-elle jamais aimée ainsi? Avec sa beauté, son esprit, pouvait-elle trouver dans le mariage cet idéal poétique qui l'entraînait par l'imagination à travers des régions plus tumulteuses? La visite commencée sous des appréhensions sinistres prenait un tour charmant. Ces belles jeunes filles que tous ces objets, témoignages d'amitié fraternelle ou d'amour béni, encourageaient à la curiosité, ouvraient tous les tiroirs. Qui sait si une secrète envie de provoquer un désappointement, si le sentiment qui pousse toute créature humaine à gâter sa joie n'éveillait pas en elles cet âpre besoin de tout connaître ? Une chambre de caserne habitée par un frère et un fiancé, c'est bien tentant pour l'inquisition féminine! Mais Valenlin était en règle avec son devoir. Aucune trace n'était visible. A peine si l'on retrouvait dans ses armoires quelques-uues de ces broderies emblématiques: bonnets, pantoufles, bourses, etc., qui sont de temps immémorial les gages donnés aux chevaliers français. Et encore ces témoignages, par
leur abandon et leur yélusté, étaient-ils surtout la preuve de son amour nouveau et fidèle.
Sophie et Simone ne songeaient plus à s'en aller.
— Attendons-le, se disaient-elles, nous saurons bien ce qui le préoccupe.
Mais ce n'était là qu'un prétexte pour rester. Elles n'étaient plus inquiètes. 11 était impossible qu'on fût sorti d'une chambrette si galamment ornée pour courir à de sombres vengeances. L'amour, le bonheur, la vie respiraient là, et les armes elles-mêmes, arrangées avec coquetterie, paraissaient un trophée sentimental, et n'avaient pas l'air de vouloir servir à autre chose qu'à figurer dans les dépouilles opimes du mariage.
Pendant que Sophie et Simone se rassurent et échangent des commentaires ou des confidences à chaque amulette de la chambre de Valentin qu'elles découvrent, disons le vrai motif de la promenade du jeune officier. Une main inconnue lui avait également fait parvenir le numéro du journal où sa sœur était insultée. Valentin n'était pas sûr que le coup partît de Simon. Il ignorait la scène violente des derniers jours; toutefois, sachant bien que Simon était un des rédacteurs de la Charte catholique^ il courut chez lui pour solliciter des explications. Simon était parti depuis trois heures environ. 11 ne fallait pas songer à le rejoindre. Le plus pressé pour
Valentin, c'était d'empêcher que cette lâche calomnie ne se renouvelât, et c'était tout d'abord de la venger.
Il alla donc au bureau du journal, et demanda le rédacteur en chef. M. de Nolac le reçut.
— Monsieur, lui dit Valentin, je suis le frère de M"e Girod, que votre dernier numéro a indignement .nsullée.
M. de Nolac ne broncha pas ; ses joues en avaient reçu bien d'autres. On n'a pas une femme et une conscience cotées sur les marches pour sourciller au premier mot. Le pâle ambitieux sourit, salua et attendit.
— Je viens, monsieur, continua Valentin, vous demander le nom de l'auteur de cet article ; pour le reste, c'est à lui-même que je m'adresserai.
— Vous me demandez précisément l'impossible, répondi* M. de Nolac avec cette politesse visqueuse dessc^' .lats du meilleur monde. Aucune loi ne nous oblige à signer. La responsabilité de cet article pèse sur toute la rédaction.
— Alors, monsieur, je me suis bien adressé, reprit le jeune lieutenant avec une colère mal contenue ; c'est vous qui, comme rédacteur en chef, me donnerez la satisfaction que j'attends.
— C'est encore là une erreur, monsieur, répliqua
2Ci LA VOIX DU SANG
M. de Nolac ; je rédige le journal, mais je ne le signe pas.
— Il n*y a donc personne alors pour répondre de vos'crimes et de vos basses actions?
Et Valentin s*avançait comme pour forcer le blême écrivain à se redresser sous sa provocation.
— Vous allez être satisfait, monsieur, reprit celuici avec son même sourire et en sMnclinant.
Il sonna. Le sacristain de Tantichambre entrebâilla la porte.
— Faites venir M. Briet, dit M. de Nolac.
Le colosse, qu'on venait tirer sans doute de quelque méditation profonde comme un sommeil, fit son entrée.
— Monsieur Briet, dit M. de Nolac en se levant pour se retirer, \oici M. Girod qui a quelques réclamations à vous adresser à propos d*un article du dernier numéro. Il paraît que vous avez signé des offenses envers une personne qui lui est chère. Veuillez vous entendre à ce sujet.
— Quelle est cette comédie, monsieur? demanda Valentin, en pâlissant de colère et en mettant la main sur le bras de M. de Nolac. Je n'ai pas affaire à cet homme, mais à vous. C'est assez d'ironie comme cela ; je ne sors pas d'ici que vous ne m'ayez rendu raison ! ,
— Monsieur, je vous ai déjà dit quelle était la
règle du journal, répondit M. de Nolac. Nous nous conformons à la charte qui est notre principe et notre devise. Nous régnons, mais nous ne sommes pas responsables.
— Mais, dit le jeune homme qui perdait patience, si je me moquais de cette fiction. Vos joues, monsieur, sont bien à vous, et quand on les souffleté, est-ce aussi monsieur qui les venge ?
— Peut-être, dit avec humilité M. de Nolac, qui fit un signe au gérant.
M. Briet, spectateur impassible jusque-là, frappa sur répaule de Valentin. On lui disait d'agir, son rôle commençait.
— Vos armes, jeune homme? demanda-t-il.
Valentin eut un sourire de mépris.
— Eh bien ! soit, dit-il à M. de Nolac, commençons par cet imbécile. Mais quand je l'aurai tué, monsieur, je viendrai vous retrouver.
— J'espère que les explications de M. Briet vous ôteront tpute envie de revenir, dit avec un sourire atroce le rédacteur en chef.
— Vous êtes de lâches gredins! s'écria le jeune officier, vous déshonorez le nom de Français! Voilà un ancien soldat dont vous avez fait un bravo. Allons, brute, si tu as tenu un sabre dans ta vie avant de porter un cierge ou un balai , dis-moi à quelle
heure je puis te couper les oreilles avant de couper celles de monsieur ?
— Tantôt, cinq heures, bois de Vincennes, porte de Saint-Maudé, à l'arme que vous voudrez, répondit le gérant qui ne parut pas ému.
— Soit ! j'aurai mes témoins, tâche d'en trouver pour ton compte qui n'aient pas été aux galères ; nous nous battrons à l'épée.
Et Valentin, passant devant M. de Nolac qui n'était pas encore sorti, lui dit en ouvrant violemment la porte :
— Au revoir, monsieur.
— 'Adieu, monsieur, dit le journaliste.
C'était une heure après cette visite que Valentin était entré chez sa sœur. On comprend dès lors son émotion et cette feinte promenade pendant laquelle les deux jeunes filles, [de plus en plus rassurées par leur besoin de bonheur, causaient et fouillaient dans sa chambre, ne se doutant pas, ne voulant pas se douter du danger que pouvait courir leur frère et leur fiancé.
Le jour baissait et Valentin ne rentrait pas.
— Allons, dit Simone avec tristesse, il nous faut partir. Adieu ! pauvre petite chambre où j'ai retrouvé ses rêves de bonheur et d'union... je ne t'oublierai jamais !
— Quel dommage qu'il ne nous ait pas surprises, répondit Sophie.
— Laissons-lui nos noms, ajouta Simone.
Et les deux jeunes filles griffonnèrent sur une belle feuille de son plus beau papier quelques doux reproches pour son absence prolongée ; puis, au grand contentement de miss Simpson, elles se disposèrent à partir.
Le soldat de Valentin parut sur le seuil de la chambre. Il était ému et cherchait à cacher son embarras.
— Mesdames, dit-il, je crois que le lieutenant ne rentrera pas ce soir.
— Lui serait-il arrivé quelque chose? demanda Simone toute frissonnante devant le trouble du soldat.
Ce dernier hocha la tête.
— Où est-il? s'écrièrent les deux jeunes filles, devinant tout à coup qu'un malheur le menaçait et que leurs pressentiments ne les avaient pas trompées.
— Je ne sais pas, murmura le soldat, mais le chirurgien est en bas qui va partir à cheval.
En une minute Simone et Sophie eurent descendu
.Tescalier. Sous la porte cochèrede-la caserne, un
groupe était formé. Des officiers causaient entre eux,
et on sorlait des écuries un cheval pour le chirurgicD. L'aspect des deux jeunes filles qui accouraieat pâles et gémissantes interrompit l'entretien. On s'écarta avec respect.
— Il est mort? balbutia Sophie en interrogeant rapidement du regard les officiers présents.
Simone était presque évanouie et se cramponnait au bras de miss Simpson.
— Grâce au ciel, non ! répondit le chirurgien, qui se prépara à monter à cheval.
Simone se redressa.
— Emmenez-nous, monsieur, dit-elle d'une voix brisée. Voici sa sœur, je suis sa fiancée.
— C'est que... l'émotion !
— Gourez ! nous vous suivrons, interrompit énergiquement Sophie ; où est-il ?
— Dans le premier pavillon du bois de Vincennes, à droite, après la porte de Saint-Mandé, répondit le chirurgien, qui était en selle et qui n'avait pas le temps de discuter l'opportunité de leur présence.
Il partit au grand galop.
— Une voiture, par pitié! demandèrent les deux jeunes filles.
Le soldat d'ordonnance de Valentin s'élança sur le quai ; quelques minutes après, il ramenait un fiacre dans lequel se jetèrent Sophie, Simone et miss Simpson.