U DAME BLANCHE DE BADEN
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Vers la fin du mois de janvier de l'année 1852, le grand-duc de Bade Léopold ressentit une attaque de goutte et se mit au lit. Les médecins déclarèrent que la maladie n'était pas dangereuse ; que Son Altesse, à peine âgée de soixante-un ans, d'une constitution robuste, était de force à lutter contre cette indisposition ; et après avoir prescrit les remèdes nécessaires, ils se retirèrent, par* faitement tranquilles, défendant qu'on fît circuler aucun bulletin de la santé du prince, ne jugeant pas à propos d'alarmer la cour et la population de Carlsruhe.
Mais, chose étrange, à peine le bruit se fut-il répandu que le duc Léopold était alité, qu'aussitôt des pressentiments funèbres semblèrent agiter le château et la ville; les visages trahirent l'inquiétude, et, en dépit de
Toracle d'Epidaare, on s'alanna et on se prît à treinbler ponr les jours de Son Altesse. Les médecins aflKrmaient nne goérison, mais on les écoutait en hochant la tête ; ikprécisaient presque le jonr qui Terrait le duc rétabli et ingambe, mais on soupirait en r^ardant le ciel, et, dans le milieu du mois de mars, plus d'une dame de la cour préparait en secret ses yétements de deuil , comme si la mort du prince eût été irréyocable.
Un jeune Français, témoin de ces pressentiments singuliers, qui insultaient avec tant de force aux pronostics de la faculté, exprima un jour son étonnement à madame la baronne de B...., respectable douairière, en qui Tâge n'avait pas éteint l'esprit, et qui avait tout juste assez de dévotion pour n'être pas une athée.
Mais, au premier mot, la baronne devint pensive, laissa tomber sur ses deux genoux le tricot qu'elle entreprenait avec une ardeur toute nationale, et arrêtant sur son interlocuteur un regard allangui par la tristesse et l'effroi :
— Hélas i monsieur, répondit-elle enfin, nos craintes ne sont que trop justifiées. Voilà trois fois que la Dame blanche apparaît dans le château.
— La Dame blanche?
— Oui, vous ne connaissez pas la légende?
— Je ne connais d'autre Dame blanche que celle de Boïeldieu, répliqua en souriant le jeune Français.
— Eh bien, écoutez donc, dit la douairière de B..., en remettant ses aiguilles en mouvement. Il y avait une fois