L.V DAME BI.AXCnE BB BADEN 2'o
KO'jrir après quelques mois de langueur. Le remords du crime dont il était innocent l'écrasait et le conduisit au tombeau. Par une fantaisie singulière, il voulut avoir dans sa chambre, près de son lit, le portrait de la comtesse Olamïmde. On envoya chercher en Danemark ce tableau magnifique que vous avez admiré. Quelques jours avaot sa mort, le jeune margrave affirma avoir vu la comtesse. Ses parents en larmes voulurent lui persuader que c'était une hallucination de la fièvre, mais il persista, et dit à son vieux père qui cherchait à le rassurer :
— Vous la verrez, vous aussi, mon pôrel En elTet, quand le vieux duc mourut, quelques années après son fils, il affirma également avoir rencontré dans le château le fantôme de la comtesse Olamiinde. Depuis, c'est une tradition de la maison de Baden que quand un prince de la famille va mourir, la Dame blanche lui apparaît; et vous ne douterez plus désormais de la réalité de nos pressentiments, ajouta la douairière, quand vous saurez que la comtesse Olamiinde a été aperçue trois fpis depuis la maladie de son altesse Léopold...
En achevant son récit, la baronne de B... déroula son tricot, remit les aiguilles en mouvement, et attendit les impressions du jeune Français. Gomme celui-ci ne
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disait rien, la douairière lui demanda à quoi il pensait.
— Je cherche la moralité de ce conte, répondit-il.
— Voyez-vous le sceptique ! dit-elle en riant, il prend notre histoire nationale pour une imitation de la Barbe- Dleue.
— Non pas, madame ; je sais que tous les châteaux royaux ont de ces hiboux dans leurs corniches, et que par certaines nuits ces oiseaux lugubres agitent leurs ailes dans les grandes salles. En France, c'est le petit homme rouge des Tuileries; en Prusse, c'est la balayeuse ; en Norwége...
— Assez ! assez I dit la douairière, dont le patriotisme était choqué, et qui tenait trop à l'originalité des légendes badoises pour consentir à les voir confondues avec toutes les superstitions du même genre.
Le jeune Français se tut, et après quelques remercîments, parla d'autre chose. Cependant, au moment de prendre congé de la baronne, il s'approcha d'elle et lui dit en lui baisant la main :
— J'ai trouvé la moralité de votre légende. La douairière de B... haussa les épaules.
— Voyons la découverte !
— Votre récit démontre clairement que les jci jcs gens s'exposent aux plus grands dangers quand ils veulent épouser des veuves qui ont des enfants.
La baronne lui tourna le dos, et lui garda rancune pendant trois jours. Au bout de ce temps, elle consentit à lui pardonner, sur son attestation solennelle qu'il tToyait fermement à l'apparition de la comtesse Ola-
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miinde. Cette réponse n'était qu'une politesse faite à l'hospitalilô, et nous devons déclarer que le Français revint en France aussi peu superstitieux qu'au départ.
Quant au grand duc Léopùld, il était trop parfait Allemand pour donner tort à la légende nationale ; aussi mourut-il ponctuellement à la fin d'avril 185^, en dépit de l'assurance des médecins, et pour la plus grande gloire de la Dame blanche.
FRAxNGOIS GIMUDON
L'histoire deshommes qui se sont illustrés dans lesarts devrr.it toujours renfermer ces deux conditions d'intérêt : utilité spéciale pour plusieurs, utilité morale pour tous. Aux efforts opiniâtres pour atteindre à l'idéal des formes qui tourmente leur pensée, les maîtres devraient joindre toujours des aspirations sublimes vers l'idéal spirituel qui est la source des grandes vertus. Leur historien devrait toujours constater en eux, comme nous pourrons le faire dans la vie de Girardon, cette généreuse fermentation du cœur qui fait accomplir le bien, tout en rêvant le beau.
François Girardon naquit à Troyes le jeudi 16 mars 1628 (d'autres disent 1627 et 1630), de Nicolas Girardon et d'Anne Saingevin. A peine fut-il dans l'âge de comprendre et de raisonner, que des voix intérieures commencèrent à murmurer dans son âme. Il restait des
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heures entières en contemplation devant la nature; puis, une fièvre, qui devait être plus tard du génie, lui faisait cherclier, dans d'innocentes parodies à la plume oii au crayon, cette interprétation du monde extérieur qui le tourmentait. L'instinct de l'idéal rendait ce jeune front pensif. Le souffle de Dieu, qui féconde l'inspiration humaine, agitait déjà celte jeune poitrine. Sa vocation d'artiste était décidée; le petit Girardon n'avait plus qu'à grandir.
Ici se place l'histoire de cet inévitable martyre que la famille a toujours fait souffrir au génie précoce.
Nicolas Girardon, honnête fondeur de métaux, avait amassé quelque argent dans le but de donner à son fils de l'éducation, et de lui assurer, par suite, dans le monde, une position supérieure à la sienne. Ce qui revient à dire qu'il lui avait fait apprendre à écrire, et qu'il ne rêvait rien moins, pour notre héros, qu'une place de procureur. En conséquence, il le prit un beau jour par la main, et après une revue des témoignages calligraphiques qui attestaient ses excellentes études, il le conduisit et l'installa, plein de confiance, dans l'étude de Pierre Geoffroy, procureur à Troyes, dont la femme avait bien voulu être sa marraine.
D'abord, tout alla bien. L'obéissance comprima quelque temps la vocation ; Girardon faisait sa besogne, maître Geoffroy était content, et le fondeur n'osait regarder l'avenir, tant il le trouvait éblouissant I Cependant, peu à peu, le jeune clerc laissa échapper des signes non équivoques de distraction, d'indifférence, peut-être d'anti-
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pathie. Il fut surpris faisant des copies sur des papiers surchargés d'ornements qui ne pouvaient guère remplacer le timbre royal. On n'eut aucun scrupule de porter une main sacrilège sur les innocents barbouillages dont il commençait à remplir l'étude de maître Geoffroy; son père fut mandé, le procureur se plaignit vivement, et le coupable vint, la tête baissée, entendre les touchantes récriminations du fondeur, qui sentait chanceler son ferme espoir dans la destinée de son fils.
Comme Girardon, pendant le cours des doléances paternelles, n'avait cessé, avec un soin extrême, de tenir ses deux mains sur ses deux poches, maître Pierre Geoffroy, très-expert en fait d'instruction criminelle, soupçonna quelque chose: il fouilla lui-même le jeune prévenu, et trouva dans les susdites poches une énorme quantité de morceaux de craie auxquels le jeune artiste essayait, à l'aide de son couteau, de donner une forme quasi humaine. Le délit de sculpture était flagrant. Maître Geoffroy hocha la tête, remit gravement les pièces de conviction dans les mains dangereuses du fondeur, et dit qu'il voyait bien que cet enfant était incorrigible; qu'il fallait renoncer à en faire un procureur; il était trop frivole; il n'avait pas cette âpreté nécessaire à la profession qu'on lui destinait. Le procureur présentait que l'antre obscur de la chicane ne devait pas convenir à celui qui rêvait déjà peut-être le grand soleil et les grandes avenues pour ses œuvres. Le fondeur s'en revint donc chez lui, bien désolé, avec son fils qui souriait. Il y eut une grande scène de reproches et de menaces dans laquelle le bon