CHAPITRE VII
Du Menton.
Les Philosophes sont d’accord, quant au Menton : Car tout ainsi que le nez recourbé, |ou moussé, ou aigu, signifie tousiours courroux, audace, et tyrannie, aussi faitlementon aigu. le nemepeuxtenir de dire à tous, que Ton doit se donner de garde de fréquenter ceux qui sont mutilez et imparfaits en quelques membres. le dis de ceux qui sont privez d’aucuns membres, non par art, ou par maléfice, mais par nature. Et combien que cela soit veu par auenturetrop curieux, ou superstitieux, toutesfoison a trouué, et ont noté les Sages, desquels nous auons recueilly ces choses, c’est à sçauoir Galien, Hyppocrates^ et les autres aussi, ausquels fortune a esté grandement contraire et mal propice. Exemple de mon dire; ceux qui ont les yeux mutilez ou imparfaits, le nez, la bouche, les pieds, les mains, et clochent ou boitent de l’vn des pieds, ou lesquels nous connoissons estre Saturniens. Chose superstitieuse, dis-je, sera veüe ce que ie dis, mais ie dis la vérité; et la dis hardiment et audacieusement. Les Saturniens et louiaux ne s’accordent point, ny les Martialistes aussi avec les autres. Considéré ce que ie dis aux assemblées et monopoles des hommes : le ne sçay quelle
chose là se trouue entreuenir : combien qu’ainsi soit, que ce n’est autre chose que la répugnance des Planettes, et infortune des aspects. Saturne est froid, etsec. Jupiter chaud et humide. Mais toutesfois peut-on maintenant faire que le froid et le chaud ne se discordent? Derechef Saturne rend les hommes paresseux, chiches, lourdauts, solitaires, mauuais, et indomptables : lupiter les rend humains, faciles à tourner,
dociles et bénins. Cela doncques qui est ez qualitez des Planettes, influe et est donné aux choses et entendement, selon la qualité d’icelles Planettes. Qui donc est celuy qui accordera leurs volontez? ou qui se pourra de cecy desempetrer? Mais celuy qui a déjà appris cela par Astrologie, connoist bien ce que c’est qu’on doit attribuer à vn chacun, et comme il doit estre conduit, et pourra bien remettre et rejetter quelque
chose de ses cfï’ects. Comme Venus qui par sa nature ne s’accorde point avec Mars, neantmoins par sa douceur, elle appaise la cruauté d’autruy. Quant à ceux qui sont signez ou marquez naturellement, ce prouerbe commun est par tout célébré, lequel on attribüe à Aristote, disant: Il se faut bien garder de ceux que nature a signez. Touchant les Saturniens, le très élégant et tres-docte Marsilius Ficinus en a parlé en son troisième liure, où il dit le moyen d’adquerir la vie des cieuxetces Planettes : Et sont telles ses paroles. Les Saturniens sont ords et sales, ignorans, enuieux, tristes, et abandonnez aux ords et sales esprits, desquels fuis la compagnie de bien loin.
Car le poison de Saturne se cache ailleurs endormy, comme le souphre estant loin de flamme, mais és corps vitaux souvent brûle, et comme ce souphre allumé ne brûle pas seulement, mais aussi de sa nuisante vapeur remplit toutes choses autour de luy, et infecte tous ceux qui en approchent; ainsi les louiaux sont mal-heureux, s’ils sont prés de quel qu’vn qui soit en telle sorte noté de nature. lusques icy sont les paroles de Marsilius. Le bruit commun est, qu’Appollonius Thianeus trouua en Ephese un vieillard Saturnien, qui par sa seule presence auoit infecté de peste toute la ville. Veu donc que ces choses sont déclarées assez amplement par cet homme tres-sage, nous laissons les autres au dili-
gent et soigneux lecteur, et nous contentons seulement d’auoir nommé l’Autheur.