‹ Les secrets merveilleux de la magie naturelle du petit AlbertChapitre 42 sur 53 · DE LA NATURE · texte numérisé non relu

DE LA NATURE

Pourquqy pleure-t-on aussi bien pour trop grande joie que pour trop grande douleur?

POURTANT qu’à ceux qui souffrent douleur l’humeur qui est dedans les yeux est epreint et tiré par l’epesseur des meates et pores d’iceux, car douleur adstreint et refroidit. Au contraire à ceux qui sont joyeux l’humeur est distillé des yeux par l’ouverture et lascheté des pores. Toutefois ceux qui hont les pores des yeux serres et restraints, pour joie ou pour douleur ne jettent aucunes larmes.

Pourquojr ceux qui souffrent douleur deviennent pâles es extrémités du corps ?

PouRCE que nature lors avec le sang se retirededehors aux parties intérieures, ainsi que dessus a été dit : car il n’y a que le sang qui puisse réchauffer les extrémités, les lascher et ouvrir.

. Pour quoy est-on incité à baailler, quand Von en voit baailler un autre?

PouRCE qu’il y a un consentement grand et sympathie entre les natures des animans, et principalement des bestes :brutes. Par quoy quand en un troupeau de j, bestes d asnes spécialement, l’une com- .mence à pisser, les autres ayant la vessie [pleine y sont pareillement excitées.

tPourqiioy une pièce de monnoye ou une pomme aujond de Veau se montrentils plus grands qiVils ne sont?

POURTANT que l’eau touchant à la chose submergée reçoit une mesme qualité, etpoLirce elle prentsemblable couleur, ûiontla veue est deceue : comme si le corps ?Dlongéestoit plus grand, quand il est ainsi cînvironné d eau tout à l’entour. Pourceste rmesme raison le soleil, la lune et autres '^lanettes, quand se lèvent ou couchent, ><;emblent havoir un corps beaucoup plus 5;rand : car lors le ciel reçoit incontinent mesme qualité et approche de leur sem- ))lance.

Pourquoy quand quelque bois est frappé loin de nous, voyons plus tost le coup, que oyons le son, combien que tous deux soyent faits en mesme instant?

POURTANT que nostre veue est beaucoup plus ague et subtile que louye. La veue donc entant que plus ague peut anticiper, Fouie ainsi que plus grosse, aussi plus tard oyt le son du coup. A semblable raison le coup de la collision en la nue, que l’on appelle tonnerre , ensemble c’est ardeur, que l’on appelle fouldre, ainsi es instruments à jetter feu, nous ne pouvons percevoir l’un et l’autre en mesme temps : mais premier voyons la fouldre, puis oyons le tonnerre, combien qu’il suive premier le coup et plus presque la fouldre, ou à tout le moins tous deux ensemble.

Doncques en ce la veue plus agile et subtile précédé, louye plus grosse et tardive suit quelque temps après.

Pourquoi aucuns après avoir entré aux beins en sortent hors sans soef aucune, les autres au contraire ?

CEUX qui sont de sec tempérament, humectés par le bein, sont deliurés de leur soef, principalement s’ils ne sont corrompus par siccité. Mais es plus humides et qui ne sont subiets à endurer soef,

l’humidité est consumée dedans le bein par •^sueur, dont provient la soif. Laquelle cous- :tumierement est causée de grande siccité.

.Poiirqiioy’ ceux qui ayans les extrémités refroidies, endurent douleur vehemente quand ils les approchent du feu ?

La cause de ce doit estre référée à la trop soudaine mutation des qualités :

car en cest endroit il se fait mutation «subite de grand froid en grand chaut. Tout .changement grand et soudain avecintempérranceetmauvaise disposition offense nature, jainsi que tout ce qui est modestement mué, [par bonne disposition , soudainement et «selon le naturel, rejouyst beaucoup na- :ture. Certes le corps humain entre tous les aanimaux est le plus tempéré.

Toute mutation soudaine et de contraire een autre est dangereuse, ainsi que monsttre Aristo. au lieu allégué, et Gai. en ivlusieurs lieux dit qu’elle est cause de i^rands maux.

IYPourquoy retenir son halene appaise le sanglot, provenant d’un morceau trop gros avalé?

iw— >. ouRCE que l’estomac situé près l’aspre ^ artereest pressé d’icelle et estreint, en jJL sorte qui puisse repousser hors le pain aivallé ; par ainsi est ostée c’este pesan- Leur qui causait le sanglot.

LES secrp:ts

Pourquoy les pommes et autres semblables peuvent nuyre par leur frigidité et humidité naturelle, et Veau combien qu’elle soit de telle nature^ ne peut toutefois si grandement offenser ?

POUR tant que l’eau est plus subtile que la pomme, parquoy elle peut plus tost estre digérée, pource elle ne nuyst tant, attendu mesme qu’elle peut corroborer les parties aucunement.

Pourquoy plusieurs peuvent cuire les i viandes grosses et difficiles , comme \ bœuf, et difficilement ceux qui sont faciles et de bon suc, comme poissons s ax utiles?

Aucuns tiennent que cela provient de la coustume,lesautresd’unedisposiiion naturelle, indicible, etdonton nepeut rendre certaine raison. Les autres tiennent que le ventricule fort chaut cuist trop tost les viandes tant aisées à cuire, en sorte qu’elles sont refroidies et corrompues. Mais ce qui est difficile, et modestement immué, est cuit ainsi qu’il appartient, sans recevoir jamais aucun vice. Ainsi que les pailles reçoivent facilement alteration, aussi par feu grand et véhément sont totalement converties en cendre : ce qui n’advient facilement au bois de chesne.

lOI

't°ourquqy l'eau des puits est chaude en hyper ^ et froide en esté?

POUR ce que tout contraire est coustumier de fuir son contraire. Le froid donc contraire à chaleur et pernicieux j .uyant l’aer très chaut en esté, de nécessité i ee retire au plus profond de la terre : dont I udvient que l’eau est refroidie. Au con- I rraire en hyver pourtant que l’aerdedehors ; >st froid, le chaut fuyant au dedans de la eîrre, illec eschauffe les eaux. Car il n’est cermis que deux contraires demeurent msemble en mesme temps et en mesme Leu.

'ourquoy voyent du feu devant leurs yeux ceux qui sojit frappés à la face P

— ^ OURTANT que l’esprit visuel subtilié par — ^le coup, est sorty à l’aer, appert tel qu’il a esté fait par le coup. Ainsi en îux pierres ou pièces de fer frappées l’une Dntre l’autre, l’aer qui survient et se trouve litre deux, touché et subtilié par le coup est nverti la meilleure partie en feu. Ce que ))ur certain advient pareillement en la ne.

Ainsi en deux pierres, etc.) Par ce dis- ■ urs il appert que le feu que Ion voit )rtir en frappant le caillou contre le 'r, ne procédé ne de Vun ne de Vautre,

mais de l’aer, lequel estant entre ces deux corps {ainsi qu’il est en tous lieux) est fait plus subtil par le coup, et converty en feu. Toutefois Virgile dit que les Troyens serchaient le feu caché es veines de la pierre, et telle est la commune opinion,

Pourquoy est-il plus facile descendre une échelle que monter ?

PouRCE qu’en descendant la pesanteur de nostre corps fait que plus promptement on soit porté en bas; mais quand l’on monte la force soustenant et levant le corps en haut travaille, tout ainsi qu’une pierre plus facilement est portée en bas qu’en haut. Car toute chose pesante est fort apte à descendre et aualler en bas.

Pourquoy Vhuile fait mourir les mouches à miel, autres mouches, formis et autres tels animans?

POURTANT qu’ils hout les conduits de la respiration fort estroits, lesquels l’huile lent et visqueux estouppe, en sorte que toute la voye de l’esprit est close et empeschée : donc ensuit nécessairement la ) mort. Autant en advient aux serpens par ü choses de mauvais odeur, caries suffumiga- J tions grosses et fumées leur estoupent les 1 conduits estroits de respiration. 1

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iPoiirquojy pouvons en soufflant refroidir les choses chaudes, et eschaufer les froides ?

POURTANT que nostre respiration est chaude, et le vent qui sort de nostre bouche estaint la qualité qui luy est icontraire. Nous réfrigérons aussi les choses .chaudes, pour tant que ostons et dissipons ;aussi leur qualité chaude.

Pourqiioy les honteux coiistumierement bessent lesyeux?

POURTANT que nature a fait les yeux comme miroers de l’ame. Car nous cognoissons par les yeux les affections .de l’esprit, sçavoir quand il est molesté et .courroucé, ou quand il est en quelque .crainte. Et quand Ion cesse de regarder -librement quelque honorable personne, ou .de parler asseurément, l’esprit contraint '.par les muscles les paupières de se retirer -.en bas : comme s’il voulait cacher la parîtie, dont la puissance de veoir nous est .donnée.

iPourquoy le siégé de Voiiie peut sans offense souffrir toute humeur, hormis l 'eau ?

POURTANT que l’eau par sa froideur blesse incontinent le nerf auditif. Or toute frigidité est trescontraire aux inerfs et ennemie.

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