I. Guérard. Cartulaire de Notre Dame de Paris, p. clxxii
ments du monastère que les religieuses avaient abandonné. Le prince de Galles avec une partie de son armée prit le château de Saint-Germain en Laye. Pendant cinq jours le roi anglais occupa Tabbaye royale, dissipant, gâtant et dépensant les vins du roi de France et ses autres biens. Pendant ce temps Tarmée française, campée sur la rive opposée, tenait en respect de ce côté Tennemi qui ne pouvait passer à l'autre rive, le pont de Pois^y ayant été coupé par les Français, tandis que des partis anglais ravageaient toute la contré avoisinante et réduisaient en cendres Nantene, Rueil, Neuilly, Boulogne, Saint-Gloud et Bourg-la-Reine. Enfin, par un stratagème assez adroit, le roi d'Angleterre feignit de marcher sur Tours, les Français s'étant mis à sa poursuite, il les laissa prendre le change, revint sur ses pas, rétablit le pont de Poissy, qu'il passa, et gagna la Flandre, laissant derrière lui les villes de Poissy et Saint-Germain en flammes. Vers i35i, les Anglais, vinrent à Marly faire leurs ravages accoutumés, ils détruisirent THôtel-Dieu de ce lieu, dont les biens restèrent en friche plusieurs siècles.
Il est très probable que le château subit le même sort et que sa ruine dut être le fait d'incendiaires anglais. Lorsque Ton songe que cette guerre de succession au trône de France dura cent ans, que la France fut presque constamment occupée par ses ennemis, qui y avaient installé le duc de Bedfort pour régent et des capitaines pour commander dans les villes et les châteaux, l'on ne peut s'étonner que d'une chose, c'est que notre patrie n'ait pas succombé à tant d'anarchie et de misères.
En 1432, le quatorze février, Jean de Hanforde, chevalier anglais, seigneur de Marly-le-Châtel et de Maisons-sur-Seine (pour le To[ d'Angleterre) confirma les
HISTOIRE DK LA VILLE DE MARLY-LE-ROI. i3
dons que les seigneurs de Marly, ses prédécesseurs, avaient faits aux églises, aux abbayes et autres communautés religieuses. A cette charte figure le vidimus de Simon Morbier, seigneur de Villiers, Houdan et autres lieux, prévôt de Paris pour les Anglais.
A la fin de cette guerre, vers 1441, la misère était si effroyable dans nos contrées que le duc d'Yorck et ses nombreuses troupes anglaises ayant parcouru dans tous les sens les campagnes de rile-de-France qui entourent Paris, sans y trouver ni récolte ni habitants, et poursuivi par la famine et la misère, fut forcé en peu de jours de retourner à Rouen sans aucun résultat de sa campagne. La famine avait tellement affaibli les hommes et les chevaux faisant partie de cette expédition qu'il était facile de reconnaître au visage des soldats et à la maigreur des chevaux ceux qui avaient traversé rOise pour secourir Pontoise et que les habitants de la Normandie disaient vulgairement d'eux en les apercevant : Ils ont Tair de revenir de Pontoise*.
La guerre une fois terminée, les terres en friche furent remises en culture par les quelques habitants qu'avaient épargnés la misère, les massacres et l'incendie. Après l'anarchie et avec le rétablissement de l'ancien ordre de choses, que ces calamités avaient comme suspendu, pesaient de nouveau sur les vassaux et les pauvres serfs tous ces droits féodaux ! Par une sage précaution nous avons vu que les religieux qui avaient des biens en don des seigneurs de Marly s'étaient empressés d'en deman • der confirmation à celui qui représentait le roi anglais à Marly. Us étaient nombreux les monastères possédant
I. Octave Noël.— Histoire de la ville de Poissy, pages 57 à 6(),
des terres en cette baronnie de Marly-le Chastel, dont les derniers barons, de la race des sires de Montmorenc}^, s^étiolaient et étaient la proie de la misère du temps pour mourir sans postérité, après avoir vu la ruine du pays qu'ils ne pouvaient sans doute protéger. Outre les abbayes des Vaux-de-Gernay, de Coulombs, de Notre- Dame de la Roche et autres couvents dont nous parlerons en leur temps, Tabbaye de Saint-Denis disputait la dîme de Marly au prieur de ce lieu. Cette dîme avait déjà donné lieu à de grandes contestations et à des procès interminables. Le 14 janvier 1467 une sentence arbitrale fut rendue par Guy Billet et Girard le Coq, avocats au parlement de Paris, entre les religieux, abbé et couvent de Saint-Denis, demandeurs et complaignants en cas de saisine et nouvelleté, d'une part ; et frère Guillaume Rigault, prieur de Marly-le-Chastel, défendeur et opposant, par laquelle sur ce que lesdits demandeurs prétendaient la huitième part, fut ordonné que lesdits demandeurs jouiraient entièrement des dites dîmes, savoir ; définitivement des sept pans comme à eux appartenant et de la huitième part seulement au contentieux et par forme de révérence, durant le procès principal pendant aux requêtes du palais *.
Les guerres de la Ligue et les troubles de la Fronde se firent sentir surtout aux environs de Paris, et lALirly, comme les autres villages voisins, fut ru'*né tour à tour par les ligueurs et les royalistes, qui, entre autres exactions et faits de guerre, ravagèrent la ferme de Galic et les terres et villages aux alentours. Celte ferme appartenait alors aux chanoines de Sainte-Geneviève de Paris
I. Archives de Seine-et-Oise. — Inventaire des chartes de l'abbaye de Saint-Denis, t. iv, p. 4 et 27.