PREFACE. III
des étangs, le double voisinage de la Seine à Poissy et au Pecq, enfin des hauteurs faciles à défendre, c'étaient là trop d'avantages pour ne pas séduire nos ancêtres, qui ne vivaient que de chasse et de pêche, et préféraient à tout autre séjour celui des bois. La découverte, en 1842, d'une allée couverte et d'un cimetière celtique à Marly : celle plus récente du dolmen de l'Étang ; l'abondance de silex, de haches, flèches, etc., trouvés dans les vignes qui dominent l'Etang vers la Maison-Rouge^ et enfin l'importance du monument celtique que Ton voit figurer encore sur les cartes de Louis XIV, au lieu dit de la Haute Pierre, et dont il n'existe plus trace malheureusement, mais qu'il est facile de reconnaître sur ces plans, oij il est figuré en relief et de couleur rougeâtre, pour un menhir de grande dimension et d'un grès semblable à celui des carrières abandonnées du Troud' Enfer', — tout, en un mot, constate bien l'importance de ces établissements primitifs.
Après la conquête, cette importance ne fit que s'accroître. Une voie romaine relia Lutèce à Poissy et à Meulan par les bois de Rouvray (le bois de Boulogne), de Saint-Cloud, de Vaucresson et la forêt de Marly, qu'elle traversait dans toute sa longueur, de l'Est à l'Ouest. Cette voie suivait probablement le tracé actuel de Montretout à Rocquencourt, puis celui de la route de Louis XIV, au-dessus de Noisy, jusqu'aux abords de celle de Fourqueux, et enfin Tavenue Hardouin, Tune des plus belles de la forêt et la moins fréquentée, malgré sa beauté sauvage. — Là, le promeneur peut se dire qu'il foule le vieux sentier de chasse de nos pères, la voie gallo-romaine, enfin la route royale du moyen âge. — Je dis royale, et pour cause.
IV PRÉFAGli.
On voit, en effet, que cette route est toujours en plein bois : de leurs palais de la Cité, nos rois de la première race pouvaient, toujours chassant, pousser jusqu'à Poissy, chose inappréciable pour des amateurs de chasse tels qu'ils Tétaient. — On conçoit donc que, sur une éminence où le culte païen avait remplacé celui des druides, et qui de Mous Jovis était devenu Mont/oie, ils aient bâti un château qui, simple rendez-vous de chasse au début, fut par la suite une véritable maison de plaisance. — Sans que Ton soit autorisé à en attribuer la fondation à Glovis, comme le veut la tradition, il est certain que ce fut une sorte de Compiègne mérovingien.
Cette faveur royale devait naturellement provoquer, dans le voisinage, d'autres établissements de même sorte ; aussi voit-on bientôt s'élever à ses côtés le château de Sainte-Gemme, improprement appelé aujourd'hui Sainte-James-, celui de Roj^e, ou plutôt, pour écrire comme on prononçait, de Raye, mal à propos désigné sous le nom de Ret{; puis c'est Fourqueux, Noisy, Bailly, Saint-Nom, Marly. — Les châteaux entraînent la fondation d'établissements religieux. Sous les murs de la Montjoie... « à la place même où sainte Clotilde avait « planté des lys en souvenir de Tolbiac et consacré une « chapelle à saint Denis, — d'où le cri de guerre : « Montjoie-Saint-Denis !... dit la légende... » vers 1200, l'abbaye de Joyenval était fondée et s'enrichissait des libéralités de Philippe-Auguste, de saint Louis, de Philippe de Valois. — Puis ce fut le prieuré d'Hennemont, Mareil, etc. — Bref, au milieu du xiv® siècle, le plateau de Marly était en ,pleine prospérité. Cette richesse même devait entraîner sa ruine. — La proie était trop belle.