‹ Les Seigneurs de MarlyChapitre 3 sur 90 · PRÉFACE. V · texte numérisé non relu

PRÉFACE. V

On ne voit pas qu'il ait eu beaucoup à soufirir des incursions normandes. Les Normands, race batelière, ne s'éloignaient pas volontiers de leur base d'opérations, la rivière. Ils remontaient la Seine sans bruit, ramant toute la nuit ; puis, le jour, s'abritant avec leurs barques sous les grands arbres de la rive. — Nous avons un exemple de cette marche de pirates dans la façon dont ils prirent Bougival au ix® siècle." — Venus clandestinement par le bras de la rivière qui coule entre l'île de la Loge et la rive droite, ils débarquèrent après le coucher du soleil sous l'église actuelle de Groissy, là même où l'on passe maintenant en bateau pour aller à la GrenoiiiUère^ sans que les habitants de Bougival, avertis pourtant de leur présence, les soupçonnassent si près d'eux. Dans la nuit, ces terribles « canotiers » franchirent sans bruit la rivière, surprirent les Bougivalais endormis, les emmenèrent captifs dans l'île avec tout leur butin, et en branchèrent une centaine aux plus grands arbres; puis, au petit jour, toute la flottille aborda la rive gauche et s'en alla livrer bataille à l'armée parisienne, venue en toute hâte et campée sur les hauteurs de la Jonchère et de Buzenval. — Malgré l'avantage de la position, les Parisiens furent si cruellement battus que le lieu du combat en a conservé le triste nom de la Maie-Maison « maison de malheur », comme le point de la rive où les Normands avaient débarqué la veille s'est toujours appelé « Mal- Port. ))

Eloignés de la Seine et protégés par la forêt, la Montjoie, Sainte-Gemme, Raye et Marly n'eurent probablement aucun assaut à subir de la part de ces corsaires, à qui les grands bois inspiraient une sorte de terreur superstitieuse.

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