BOUCHARD II LE BARBU
L'on voit par ce qui précède que Bouchard, humilié devant l'abbé, avait été forcé de lui rendre hommage et de répondre des méfaits de ses vassaux envers Tabbaye de Saint-Denis.
Bouchard fit ensuite reconstruire le château de Montmorenc}^ et prit rang parmi les premiers barons du royaume, car la terre de Montmorency avait titre de baronnie de temps immémorial et ne relevait que du roi de France, sous le relief d'un faucon d'or; et cela, dès rétablissement des fiefs. Elle avait: châtellenie, prévôté, tabellionnage, justice, travers, forages, roages, amendes, et tous autres droits féodaux, plus de six cents fiefs ou arrière-fiefs en relevaient de même aux usages et coutumes du Vexin,
Bouchard suivit, quelque temps après, le roi de France en la guerre qui donna la Bourgogne à la France, par suite de la mort du duc Henri, oncle du roi Robert.
Le duc de Bourgogne ne laissant pas dé postérité, Othon-Guillaume , comte de Bourgogne (Franche- Comté) osa disputer cette province au roi de France. La guerre dura cinq ans, mais Robert, après plusieurs batailles et sièges resta maître de cette contrée.
Le sire de Montmorency se distingua surtout au siège d'Avallon, et souscrivit à une charte en faveur de l'église de Saint-Bénigne de Dijon, le 25 août ioo5. Il était de retour de cette expédition, en l'an ioio,et mourut dix ans. après, suivant Duchesne, qui fixe sa mort à l'an 1020-, celle de la dame de Château-Basset, son épouse, n'est pas connue.
Le seigneur de Montmorency avait eu de son mariage quatre fils.
i" Bouchard m qui suit (i)
2° Eudes, qui fut père de Eudes de Montmorency.
3° Albéric, seigneur de Vilhers en Anjou. Suivant Duchesne vers Tan io3 i, le roi de France, Henri I®*", lui donna la charge de connétable de France, et Albéric signa en cette qualité, la charte de fondation de l'abbaye de Saint-Martin-des-Ghamps, qui fut depuis réduite en prieuré. Cette fondation eut lieu en Tan 1060, ceux qui souscrivirent à cet acte, indépendamment d'Albéric, furent notamment: Baudoin, chancelier de France; Renaud, chambrier ; Guillaume, sénéchal; Hugues, bouteillier ; Robert et Frainery, queux, (ou cuisiniers) ; Thibaud de Montmorency et autres, officiers ou seigneurs de la cour-
Albéric fut père de Henri et d'Arnould de Montmorency.
4° Foucault ou Foulques. — Chevalier et seigneur de Banterlu, d'où était descendu Richard IV, de Montmorency, * seigneur de Banthelu, en i223, qui portait pour armoiries : D'or, à la fasce de gueules, accompagnée de six merlettes de même, trois en chef, deux et une en pointe (2).
I. Suivant quelques historiens qui ont donné à Bouchard le Barbu le titre de premier de ce nom, seigneur de Montmorency, son tils ne serait alors que le deuxième du nom, nous n'avons pas voulu omettre l'aïeul de celui-ci, parce qu'il est désigné très clairement et remonte l'origine de cette maison.
■2. Potiquet, Armoriai de Magny-en' l^exin.
SEIGNEUR DE MONTMORENCY, ECOUEN, MARLY, FEULLARDE ET CHATEAU-BASSET ([O2O-IO42)
Bouchard III de Montmorency, se rendit à Paris, vers l'an 1028. Il fut présent et souscrivit avec les plus grands seigneurs du royaume à la charte de confirma^ tion des biens de l'abbaye de Coulombs, faite par le roi Robert le Pieux ; parmi ces barons on remarquait : Eudes II, comte de Champagne ; Baudoin I"", Bras-de- Fer, comte de Flandre ; Dreux P'', comte du Vexin et d^ Amiens ; Guillaume IV, comte d'Auvergne; Yves, comte de Beaumont-sur-Oise ; Foulques III le Noir, comte d'Anjou ; Manassés, comte de Dammartin, Amaury II, seigneur de Montfort l'Amaury ; et autres : qui tous apposèrent leurs sceaux à cette charte. Les
autres actes de la vie de Bouchard ne sont pas connus, non plus que le nom de sa femme. Il mourut vers Tan 1042, car à cette époque, Hervé, son fils, paraît lui avoir succédé. Indépendamment d'Hervé, le sire de Montmorency laissait après lui deux autres fils et une fille.
1^ Thibaud, seigneur de Montmorency, connétable de France, assista avec le roi de France Henri l" au siège du château de Tillières, en Normandie, en Tan io58.
Le duc Guillaume le Bâtard s'était emparé de cette place, mais elle lui fut reprise, et Guillaume, vaincu, fut obligé de se retirer.
Parmi les seigneurs qui prirent part à cette expédition se distinguait : Simon P'', baron de Montfort TAmaury, d'une famille dont le nom reviendra souvent en cette histoire, tant par Tillustration de sa noblesse, que par l'alliance qu'elle contracta plus tard avec les seigneurs de Marly.
Le roi de France ayant fait expédier de son camp, une charte en faveur de l'abbayé de Saint-Germain-des-Prés, à Paris : la plupart des seigneurs qui s'étaient ralliés au roi et qui étaient présents, y apposèrent leurs sceaux, c'étaient : Thibaud, comte de Chartres; Raoul, comte de Crespy; Rotrou, comte de Mortagne ; Valeran, comte de Meulan ; Thibaud de Montmorency ; Simon P"", baron de Montfort; Huges Bardoul, seigneur de Nogent et Bro^^es; Guillaume deGometz et autres seigneurs puissants de ce temps.
Quelque temps après, le roi étant à Dreux, un seigneur nommé Albert, seigneur de Ghàteauneuf, de Bressolles, et de Fontaine le Riboust, vint le trouver, le priant de trouver bon qu'il donna aux moines de l'abbaye de Saint-Père -de-Chartres, l'église de Bressolles
BOUCHARD in. 43
que son père Riboust avait fait bâtir en l'honneur de Saint-Germain-rAuxerrois. Le roi après en avoir conféré avec Agobert évêque de Chartres, de qui dépendait cette église, et avec les princes et seigneurs de sa cour, accorda à Albert sa demande et lui permit de donner cette église à Tabbaye de Saint-Père, en l'exemptant de tous droits ainsi qu'il en avait joui, et de laisser à cette abbaye tout le bien qu'il voudrait, afin dit le roi, que les moines qui y demeureront puissent mener une vie tranquille et exempte de tous les soins du siècle, et prier Dieu jour et nuit en sûreté ( 1 ) .
Albert vint ensuite à Chartres, et fît cette donation, en ces termes : Moi., Albert., fils du très noble Riboust, désirant acquérir le ciel^ du consentement de ma femme Adéloïse^ et pour le salut de nos âmes et de nos parents., je donne au couvent de Saint-Père de Chartres., en bonne foi et en toute franchise., V église de Bressol^ les que mon père a fait bâtir en V honneur de saint Germain., évêque.^ avec la place qui est devant et le cimetière., ainsi que la dîme de ladite église., le tout à moi appartena^ît, etc. etc. Signé Radulphe., comte ; et Vautier^ son fils., comte ; Hugues^ comte., Albert., (le donataire) ; et Tendes et Garin.,ses frères; Frédéric Beaudoin., Simon., Agobert., évêque., Hugues., doyen.
Outre cette donation faite à seule fin d'avoir auprès de lui des moines, pour vivre des fruits de leurs saints exemples, de leur vie retirée et séparée du siècle, Albert donna de plus à ces mêmes moines, le droit de cens sur tout le bourg, et le dixième denier des- marchandises qu'il avait droit d'y prendre, sans payer le droit sur les
(i) Voyez V Histoire de Chartres, par M. Doyen, t. 2. p. 225 et suivantes.
fruits et légumes qui se vendaient, et qu^il avait le droit de prendre à sa convenance, avec une poignée de sel de chaque saunière, les deux tiers du four banal ; et une terre du nom de Hugues Mansel, avec les prés, les terres et le bois appelés Gauthier Goste. Et après .sa mort la terre qu'il faisait valoir avec le bois, et un arpent au bois de Saint- Remy, avec le pâturage des porcs des moines. Il donna aussi Texemption de payer aucun tribut pour le poisson, les cuirs et autres choses leur appartenant, en passant sur ses terres, et permit à ses vassaux de donner de leurs biens pour augmenter ces donations ([).
Le roi Henri P^ était mort en 1060, et Thibaud qui avait assisté à tous les actes de Tautorité royale se trouvait à Dreux, en 1062^ lorsque; ce même Albert de BressoUes, vint de nouveau trouver le roi Philippe, et la reine Anne, sa mère, en leur château, et les pria de confirmer les donations qu'il avait faites au couvent de Saint-Père, et celles que ses vassaux y avaient ajoutées à sa sollicitation. Ge qu'il obtint du roi, qui mit au bas de cet acte le signe de la croix, Baudoin, comte de Flandre ; Raoul, comte de Valois ; Thibaud de Montmorenc}^, connétable ; Simon 1®% baron deMontfort ; Simon, fils du comte Radulphe ; Ingerram, précepteur du roi ; Hugues, Dublellus ; Robert le Roux et Guadon y apposèrent leurs sceaux. En 1067, Thibaud de Montmorency assista à la rédaction de la charte de confirmation des biens du monastère de Saint-Martin des Ghamps. Parmi les sci-
(i) Nous nous sommes étendus à dessein sur cette donation parce que elle donne une idée des formalités, de la teneur de es donations si nombreuses à ces époques de crimes et d'oppression; elle prouve aussi que même les arricres-tiefs ou les petits liefs portaient le nom de leurs tenanciers. Entin Thibaud de Montmorency y prend part.
Tncurs présents se trouvèrent : Hugues, comte de Meuan, Gu}^ de Montlhéry, Simon de Montfort, Amaury de [Lhatcaufort, Raoul de Beauvais et autres seigneurs ; les :omtes et officiers de la couronne -, les archevêques, évcqucs et chapelains (i).
Le Féron dit : que ce seigneur Thibaud duc et connétable de France souscrivit à une charte au sujet d'un Dctroi fait par le roi Philippe P"", à Géraud P% abbé de [jrandselve en io83, et à deux autres titres des années io85 et io8ô. Thibaud suivit constamment le roi, soit à [a cour, soit à la guerre, car après le roi, le connétable de France avait le commandement général sur toutes les troupes et sur toute Tarmée. Ce seigneur de Montmorency mourut en 1090, ne laissant pas de postérité (2).
2^ Hervé, seigneur de Marly, qui suit.
3° Geoffroy, surnommé le Riche^ seigneur de Gisors et souche des seigneurs châtelains de ce nom (éteints depuis Tan 1244).
I 4° N de Montmorency, damed'Aysenville*, terre
qu^elle donna au monastère de Saint-Paul en Beauvaisis, où elle se fit religiei^se. Son nom est demeuré inconnu.
(i) Dom Vç\\h\tx\, Histoire de Paris, p. i3i.
{2) Voyez la note n^ô. Donations diverses de Thibaud de Montmorency.