‹ Les Seigneurs de MarlyChapitre 4 sur 90 · VI PRÉFACE · texte numérisé non relu

VI PRÉFACE

Mais aux Normands succédèrent les anglais, ennemis bien autrement redoutables.

Grâce à sa position avancée sur la route de Poissy, de Mantes, de Meulan, le plateau de Marly couvrait Paris par une ligne de défense qui, mise habilement à profit, pouvait opposer aux envahisseurs un sérieux obstacle. Au Nord, le château de Raye commandait l'entrée du vallon très étroit qui borde la forêt de ce côté, se reliait à Montaigu et couvrait la Montjoie, que Philippe de Valois avait réparée en i345, et qu'il avait flanquée de petites tours, placées à mi-côte, et dont deux ou trois subsistent encore.

Au Sud-Ouest, Sainte- Gemme, dans une position admirable, gardait à la fois la vieille voie romaine de la forêt et la route de Poissy, comme plus loin Saint-Nom la Bretèche couvrait celle de Maulle ; et enfin, au Sud, les châteaux de Noisy et du Haut-Bailly, au Nord-Est et au Nord, ceux de Marly et de Fourqueux complétaient la ligne de défense.

C'était comme une sorte de vaste camp retranché, où toute une armée pouvait attendre Tennemi, à couvert, dans une position très favorable à cette guerre de surprise et d'embuscade qui était à peu près toute la stratégie du temps. Les travaux entrepris par Philippe laissent supposer qu'il avait en vue quelque opération de ce genre ou tout au moins une solide protection du plateau.

Malheureusement, quand un détachement de l'armée d'Edouard se présenta à l'entrée du vallon, en 1346, Philippe manœuvrait sur la rive droite, entre Poissy et Paris, séparé de l'ennemi par la rivière. — Et tandis que les Anglais dévastaient impunément tout le pays chartrain, le prince de Galles put prendre, piller et in-

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ccndicr Saint-Germain , la Montjoie, Sainte-Gemme, Raye, Croissy et toute la contrée jusqu'à Saint-GIoud.

Le donjon de la Montjoie subsista pourtant ; car on voit, en 1362, Gharles V y installer un certain Etienne Rat, comme gardien de sa tour: « Custos turr'is montis gaiidii. »

En 1431, nouvelle incursion des Anglais. Et cette fois la destruction du plateau fui si complète qu'on semble l'avoir à jamais abandonné. — Tout ce qui avait résisté à la première dévastation fut incendié ; Montjoie, Sainte-Gemme et Raye anéantis, Joyenval saccagé, ses chanoines expulsés et réduits à la mendicité. Pourtant, réédifié, puis pillé de nouveau dans la guerre du Bien public, il releva une troisième fois ses ruines et retrouva quelque apparence de son antique splendeur. — Les abbayes ont la vie plus dure que les châteaux.

Je ne crois pas qu'il soit, aux environs de Paris, un pays plus ruiné que ne le fut alors cette malheureuse forêt de Marly. De ce passé florissant, rien n'a survécu, à peine le souvenir. — Le temps a complété l'œuvre des Anglais.

Des tours de la Montjoie et de Raye, qui existaient encore en partie au xvii« siècle, pas une pierre n'est debout. Et le curieux qui cherche leur emplacement n'y réussit pas sans peine.

S'il entre en forêt par la porte Dauphine, qui fait face à Montaigu, il trouve sur sa droite une petite étoile dite « de la Montjoie », qui, par une allée assez étroite, le mène à l'emplacement marqué « château », sur la carte des chasses. Un fossé envahi par les broussailles, quelques pans de murs écroulés, et des arbres fruitiers depuis longtemps retournés à l'état sauvage*, c'est là tout

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ce qui reste de la résidence royale. Des ruines de Joyen val, dont Israël Sylvestre a pu nous laisser encore une petite vue fort intéressante, rien n'est plus apparent que quelques bases de colonnes noyées dans Peau d'une source. G^est l'abside de la chapelle, érigée sur les débris de celle que Ton attribuait à sainte Glotilde. De belles pierres tombales, sciées pour en faire des bancs de jardin, ont été transportées à saint Germain. — A Raye, même néant qu'à Montjoie. Un large fossé, très reconnaissable sur l'avenue Hardouin, là où la même carte des chasses porte cette mention : Château de Ret^ ruiné^ mais rien de plus ! — Le bel étang où se mirait le château féodal, séparé de la forêt par le mur de clôture de Louis XIV, est enclavé dans la propriété du Désert, où s'est donné licence au dernier siècle la fantaisie ridicule de ce fou de de Monville, avec son pavillon chinois et sa maison en forme de tour tronquée, cannelée, que toute la cour de Louis XVI alla visiter comme une curiosité de haut goût.

Nulle part la forêt de Marly n'a un aspect plus mélancolique et plus silencieux que dans ce canton de Retz, qui justifie bien son nom de « Désert. » A Sainte- Gemme, on ne voit même plus la trace des fossés; à la Bretèche, plus de bretèche. Sur le Haut-B.iilly, plus de Haut Bailly. Et à Noisy enfin, plus rien du château primitif. Dès i58o, après avoir appartenu à la duchesse d'Étampes et à Diane de Poitiers, il avait été remplacé par les constructions nouvelles d'Albert de Gondi, comte de Retz, qui elles-mêmes ont disparu.

Ge château neuf méritait pourtant d'être conservé. — Et c'est une faute de Louis XV que sa destruction brutale, justifiée par la seule nécessité d'y faire quelques ré-

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parations. — C'était une construction très pittoresque, en pierres et briques, admirablement placée à mi-cote, et assez semblable, dans son ensemble et ses détails, au joli château de Ponts. Son avant-cour, entourée de terrasses sur arcades, sa loggia d'entrée, ses portiques, sa très belle grotte à Titalienne, ses statues, ses rocailles, etc., tout enfin était charmant. Les Gondi, gens influents, très intrigants et très riches, possédaient alors tout le plateau, Noisy, Bailly, Marly-le-Ghastel, Raye, dont la déformation en Retz peut leur être attribuée, et de plus tout le val de Galie, y compris Villepreux et Versailles. — La forêt de Marly était à eux, et ils en tiraient habilement parti.

La porte haute du thâteau s'ouvrait directement sur un carrefour de la forêt, encore reconnaissable sous le talus du fort actuel. Par les allées désertes, on pouvait venir à couvert sans éveiller aucun soupçon. Aussi , pendant tous les troubles de la Ligue, ce château de Noisy est-il comme un nid d'intrigues, de complots, de conciliabules et de coups de main. Les partis de cavaliers., embusqués sous bois, à mi-côle, surveillaient la vieille route de Bretagne et fondaient, dans le val de Galie, sur les convois de passage ou les petites troupes sans défiance. Lamotte-Messemé, dansse s mémoires rimes, « Les honnestes loisirs », si curieux, si peu connus et qui méritent tant de Têtre, nous a laissé le récit d'une escarmouche de ce genre près de Rocquencourt. C'est dans le mystère de ce château de Noisy que se tinrent les conférences qui entraînèrent la reddition de Paris au Béarnais et l'abjuration du roi. — Louis XIII, enfant, y séjourna pendant une épidémie qui désolait Saint-Germain. — M"^® de Maintenon y installa ses filles nobles,

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