‹ Les Seigneurs de MarlyChapitre 44 sur 90 · BOUCHARD K DE MARLY · texte numérisé non relu

BOUCHARD K DE MARLY

chasse et dans les tournois, où il remportait souvient le prix. Lie d'amitié avec les plus grands seigneurs de son temps, et pouvant aspirer a de grandes dignités, mais voyant partout dans le monde les mœurs corrompues, l'orgueil et le mensonge, il résolut de se retirer dans quelque solitude où il pût loin des agitations terrestres s'occuper du soin de son salut.

Dans le cours de cette histoire. Ton a pu juger de la religion et de la piété natives pour ainsi dire dans la maison de Montmorency par les nombreuses donations et fondations pieuses dont nous avons fait mention.

Il était dit que la maison de Marly donnerait un saint à TEglise, et que celui-ci, par un grand exemple, oubliant son droit d'aînesse qui lui donnait presque entièrement le patrimoine de ses pères et renonçant à tous les biens, les honneurs, les grandeurs de la terre qui devaient le combler, méprisant les vanités terrestres, ferait retentir le monde catholique c'u bruit dç ses actions saintes et pénitentes.

Il y avait alors dans les environs de Paris, non loin de Chevreuse, une thébaïde, un monastère renommé par la rigidité de sa règle et son observance pure des vœux religieux. Nous voulons parler de l'abbaye des Vaux-de-Cernay ou de Notre-Dame du Val de Cernay.

Thibaud de Marly, pénétré d'une dévotion singulière pour la vierge Marie, passait souvent les nuits en prières, conjurant Dieu et sa sainte mère de conserver la grâce divine intacte en son cœur. Un jour de vendredi saint, étant en oraison, il fut si touché des mauvaises mœurs du siècle qu'il résolut enfin de renoncer au monde et de se faire religieux en l'abbaye des Vaux-de*Cernay où l'on observait une très grande austérité.

i5o LKS SEIGNEURS DE MARLY.

Ayant donc fait son testament en Tannée 1226, il fit don au prieuré de Notre-Dame de Marly de cinquante sols, et à l'église de Saint- Vigor de Marly de vingt sols parisis de rentes.

Ayant fait profession la même année, il se montra le plus humble des religieux des Vaux-de-Gernay. Il était le serviteur de tous, les fonctions les plus viles, les plus rebutant&s, les plus accablantes, rien ne détruisait en lui une sérénité et une bonté parfaite.

Le plus mal vêtu des frçres, il nettoyait leurs souliers et leurs habits, et se montrait le plus humble et le plus obligeant de toute la communauté.

D'abord infirmier, il soignait les malades avec douceur et leur rendait les services les plus dégoûtants. Les religieux du monastère, édifiés de sa piété, le choisirent pour leur prieur en Tannée i23o, et quatre ou cinq ans après (1234 ou i235), on le contraignit, malgré qu'il eût longtemps résisté, d'accepter la charge d'abbé des Vaux-de-Gernay. Malgré cette dignité, il fut toujours d'une si grande humilité que les abbés de Giteaux, assemblés en chapitre général, l'avertirent qu'il s'abaissait trop.

Pendant le temps de son abbatiat, il gouverna son monastère plutôt par son exemple que par sa parole et son autorité. Il fit reconstruire le bâtiment du dortoir des religieux, portant lui-même le mortier et les pierres pour sa construction, dont il reste encore aujourd'hui des ruines considérables *.

I. Ayant succédé à l'abbc Richard, il tut chargé par la suite de suryeiller les travaux d'achèvement des bâtiments claustraux et de l'église abbatiale de Notre-Dame de la Roche. Il fut le neuvième et le plus illustre des abbés des Vaux de Cernay. Nous devons au Cartuaire de cette abbaye de précieux documents, des chartes, la deserip-

nOUCHARI) I--- DE MARLY. 15i

En Tannce 12*37, ^^^ fondée Tabbaye de Notre-Dame du Trésor de Vernon, dont la paternité fut dév^olue à Tabbaye des Vaux-dç-Ccrnay , de plus Thibaud de Marly eut la surveillance de l'abbaye- du Brcuil-Benoit dont était dépendant le célèbre monastère de la Trappe. Pendant douze ans, il fut supérieur de Tabbaye de Port-Royal où il fit sa résidence pendant quelque temps dans le logement affecté aux confesseurs des religieuses.

Doué d'une grande éloquence, méditant nuit et jour la parole divine, priant continuellement et veillant sans cesse aux besoins spirituels et temporels de ses religieux, il était regardé comme le modèle de Tordre de Giteaux.

Une si grande vertu eut un retentissement tel que l'évêque de Paris, Guillaume, si fameux par ses écrits, honora Thibaud d'une amitié des plus grandes, et le roi saint Louis, alors à Paris, et regardant déjà sans doute Thibaud comme un saint, le fit venir en son palais afin que par ses prières la reine Marguerite, sa femme, demeurée stérile, reçut du ci?l la faveur de la fécondité. L'espérance des époux ne fut pas vainc, et le saint abbé obtint de Dieu la grâce qu'ils désiraient. La reine Marguerite eut par la suite cinq fils et quatre filles, et conserva jusqu'à sa mort, arrivée en 1296, une grande vénération pour Thibaud de Marly.

Enfin épuisé par les macérations de la pénitence, les jeûnes et les veilles continuelles, après avoir donné au monde l'exemple d'une vie irréprochable et sainte, Thibaud de Marly mourut le 7 ou 8 décembre 1247. Il fut

tion et les dessins des sceaux de plusieurs seigneurs de Marly, le dessin de la tombe de saint Thibaud et de précieux détails sur sa vie. Voyez Gartulaire des Vaux de Cernay, t. I"". p. 141, 188 et suivantes Gallia Christiana, colonne 88q.

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d'abord enterré dans la salle du chapitre de Tabbaye des Vaux-de-Gernay et ensuite dans l'infirmerie *.

Les nombreux miracles qui se firent à son tombeau attirèrent les peuples fidèles des provinces les plus éloignées du royaume, ce qui fit que Philippe, abbé de Clairvaux, leva ce corps saint pour la troisième fois et le fit inhumer avec solennité dans l'église de l'abbaye, en présence d'un grand nombre d'abbés et de moines, vers le 9 juillet 1260 ou 1261 ^.

Nous avons trouvé la description du monument élevé à saint Thibaud de Marly, et nous sommes heureux d'en faire part à nos lecteurs.

Placée dans la nef de l'église et supportée par quatre colonnes, îa tombe qui recouvrait les reliques de saint Thibaud a un mètre vingt-sept centimètres de longueur sur quarante-six centimètres de largeur, mais elle a été tronquée à sa partie inférieure. Au milieu est gravée une crosse d'une grande simplicité, accompagnée de cette inscription, commençant à la partie supérieure et continuant sur le côté droit, sans être encadrée pourtant, suivant l'usage de ce temps, entre deux filets :

)J( Hic \ Jacet \ Theobaldus \ Abbas \

La crosse et l'inscription, encore très apparentes, n'of-

I.' L'auteur du Gallia Christiana a écrit que Thibaud de Marly fut d'abord enterré à Port-Royal dans la salle du Chapitre; cela doit être une erreur, d'autant plus que le nécrologe de Port-Royal ne fait pas mention de cette sépulture, ce à quoi le rédacteur n'eût pas manqué si ce fait était exact. Nous croyons plutôt que les religieux des Vaux de Gernay, ne voulant pas se séparer de leur père en Dieu, le firent enterrer dans la salle de leur chapitre pour qu'il fut, même après sa mort, présent en leurs conseils et délibérations. 2. Vie de saint Thibaud dans l'office de Tcglise royale de Saint-Vi- # gor de Marly-le-Roi. Paris, J.-B. -Christophe Ballard, 1746.

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