‹ Les Seigneurs de MarlyChapitre 7 sur 90 · XIV PRÉFACE · texte numérisé non relu

XIV PRÉFACE

— Alors, descendez, Maquet, et allons à la bibliothèque.

Et maintenant qu'il est descendu de son échelle, permettez-moi, lecteur, de vous présenter Adrien Maquet, mon serrurier, savant homme, auteur du présent livre...

On a vu des ouvriers poètes, des menuisiers, des tonneliers rimeurs, chanteurs, etc.; mais l'ouvrier érudit, le cas est rare et cela s'explique.

Tout homme doué de verve poétique peut bien, en rabotant ses planches, raboter ses vers, et comme Jasmin, friser à la fois ses clients et sa muse! — La nature de son travail ne contrarie pas le vol de son imagination. Mais l'érudition !... c'est l'étude appliquée, c'est la lecture, c'est la recherche, le déchiffrement des parchemins et des chartes, c'est la course au document, c'est le contrôle et la comparaison des vieux textes, c'est la fouille des dossiers, des greniers, des casiers, etc.

Et tout cela ne se fait pas en graissant des serrures et en faisant marcher des sonnettes.

Enfin, le poète peut rimer partout, comme l'oiseau chante; mais déchiffrez donc un texte du xii^ siècle en soufflant la forge !

Et combien cette difficulté s'accroît-elle quand le fureteur du passé n'est, comme dans le cas présent, qu'un simple ouvrier !

Patron, il pourrait ordonner l'ouvrage, le surveiller, se créer quelques loisirs. Mais, ouvrier, il dépend de tout et de tous; ses heures sont comptées, le temps qu'il dérobe à son dur travail, c'est son estomac qui le paye.

PRÉFACi:. XV

— Il a, de plus, femme et enfant, il faut faire vivre tout cela. — Comment tout concilier?

C'est la question que je me suis posée bien des fois en voyant Maquet à Tœuvre. — Et je ne Tai jamais résolue !

Voilà, en effet, un homme qui du matin au soir est à l'atelier. Le peu de temps qu'il pourra consacrer à rétude, force lui est de le prendre sur son sommeil et son repos.

Or, le repos, c'est le dimanche ; et le dimanche les bibliothèques sont fermées; et, sans bibliothèques, pas d'études 1

Et le sommeil?... Quand on a battu le fer tout le jour, comme on a bien le cœur à ouvrir Félibien ou l'abbé Lebeuf pour y chercher des renseignements sur « Thibaud File-Etoupe » ou « Barthélemy-le-Poilu. »

Comment donc Maquet a-t-il pu faire ? — Je n'en sais rien.

Voyez sa vie. Il est né à Montfort-TAmaury en 1834. Ses parents étaient domestiques . Montfort-l'Amaury est riche en souvenirs historiques. Maquet subit l'influence de ce milieu. Tout enfant, il va partout, dessinant déjà ces vestiges du passé. A l'école, il a toujours le premier prix d'histoire. La vocation y est bien, mais terriblement contrariée par la dure nécessité de vivre. — En i852, établi à Marly, il passe tous ses dimanches à Versailles, où il se prend de belle passion pour la salle des Croisades, dont il s'applique à lire les blasons. — Frappé de la ressemblance des armes de Marly avec celles de Montmorency, il veut en connaître la cause. — Il la trouve dans André Duchesne. — Une fois pris dans l'engrenage, il devait y passer tout entier. Quand un homme

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