VIE DE SAINT VIGOR, PATRON DK MARLY-LE-ROI
Saint Vigor était né auprès d'Arras, de parents nobles et d'une grande piété. Sa mère, lorsqu'elle le portait en son sein, vit un jourdans un songe un ange qui lui dit que cet enfant serait un jour favorisé des grâces du Seigneur et recommandable par la sainteté de ses œuvres.
Elle le conduisit tout enfant dans le monastère de SaintAVaast, pour y recevoir une éducation chrétienne, et il se fit aimer de tous les religieux par sa grande obéissance et son humilité. Il distribua, étant encore fort jeune, tous ses biens aux pauvres? et, averti par un ange, il quitta son pays, abandonnant ses parents, il partit avec un jeune homme nommé Théodemir et arriva auprès de Bayeux, dans un village que l'on appelle Reviers, dont les habitants adoraient les idoles. Il leur prêcha Jésus-Christ, et ayant fait élever un petit oratoire, il y passait les jours et les nuits à prier le Seigneur qu'il lui pliât éclairer de son esprit le cœur de ces païens. Vigor les convertit presque tous à Jésus-Christ par ses paroles et ses exemples, et l'on assure même qu'il ressuscita par ses prières et ses larmes le fils d'un néophyte qui était très chéri de son père. Le bruit de ce miracle
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s'ctant répandu aussitôt de tous côtés, l'on vit venir il lui les aveugles, les boiteux, et tous ceux qui étaient affligés de diverses maladies : il les Ljuéiit tous par ses prières.
Dans le même temps, Vigor ayant passé trois jours et trois nuits dans le jeûne et l'oraison, chassa un serpent, d'une effroyable grandeur, des terres d'un nommé Volusicn, qui, en reconnaissance de ce bienfait, donna au saint le lieu même que Ton appelle Cerisy, sur lequel Vigor tît bâtir un monastère et une église qui porte encore aujourd'hui son nom.
Vers ce môme temps, saint Contest, évêque de Bayeux, étant mort, les évcques, le clergé et le peuple choisirent Vigor, qui fut consacré évêque de Bayeux vers l'an 514. Vigor soutint l'éclat de sa nouvelle dignité par ses hautes vertus; il redoubla ses veilles, ses jeûnes et ses prières, et ne s'appliqua plus qu'à méditer et annoncer la parole de Dieu. Il ne restait plus, dans tout le diocèse de Bayeux, que les seuls habitants du mont Phaunus qui adoraient les idoles et fermaient les yeux à la vive lumière que Dieu répandait par le ministère de Vigor. Voyant donc que ni ses prières ni ses paroles ne pouvaient les toucher, il implora le secours de Childebert, roi de France; ce prince seconda ses pieux desseins, et le rendit maître de toute la montagne et de ceux qui l'habitaient; il renversa alors, leur idole et fit élever une église sous le nom des apôtres saint Pierre et saint Paul, pour être un monument de la destruction de l'erreur. Vigor fit bâtir auprès de cette église un oratoire dédié à saint Jean pour servir de baptistère, dans lequel, depuis ce jour, les évêques de Bayeux, accompagnés de leur clergé et portant des reliques, allaient, aux fêtes de Pâques et de la Pentecôte, donner le baptême solennel. Le mont Phaunus fut aussi appelé depuis le- mont Chrismal. Vigor mourut, chargé d'années et de mérites, le i^r novembre 538, laissant plusieurs disciples remplis d'une vive foi et d'une ardente charité; il fut enterré sur le mont Chrismal, en l'église qu'il avait fait édifier. Dieu rendit par la suite son tombeau célèbre par un grand nombre de guérisons miraculeuses qui y attirèrent le concours des peuples; l'église changea de nom et prit celui de Saint-Vigor. Les évêques de Bayeux voulurent que leurs cendres fussent unies à celles du saint, et ce lieu a été longtemps leur sépulture.
L'on voit, par les actes de l'église de Bayeux, qu'en l'an 901 elle gardait encore le corps du saint en son trésor; ensuite* il a été partagé entre diverses églises, entre autres le monastère de Saint-Riquier, dans le Ponthicu, en possédait une partie consi-
dcrable, apportée à l'abbé Ingclram et mise ensuite dans une chasse ornée d'or et d'argent; vers le milieu du onzième siècle par l'abbé Gervin 1. L'église de iMarly possédait aussi une partie des reliques de saint Vigor, et ces précieux ossements avaient été mis dans une nouvelle châsse le 2 5 mai lyoS ; mais la Révolution de 1793 a dispersé' ces restes sacrés, et il ne reste à Téglise de Marly qu'une confrérie en l'honneur du saint, et le souvenir d'un pèlerinage oili l'on venait souvent de fort loin l'invoquer pour la guérison des enfants malades.
La sainteté du bienheureux Vigor fut reconnue si éclatante que plus de trente églises, tant en Angleterre et en Normandie qu'en d'autres lieux, lui furent dédiées, entre autres celle de Marly.
Le roi Louis VI avait contribué à cet édifice, et on lui attribue même la fondation de la belle église de. Saint-Vigor du haut Marly. Cette église fut consacrée de nouveau le i" avril 1689, et le roi de France donna à cette occasion les ornements pour célébrer les saints mystères.