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exemplaires, de donner suite à leurs démarches. Cette défense n'ayant pas produit son effet, les jésuites recoururent à la cour de Bouillon elle-même, ce qui amena, en 1611, une transaction momentanée entre les bourgeois de Muno et leur seigneur, le recteur du collége de Liége.
À peine ces contestations avec leurs sujets étaient-elles terminées ou assoupies, que les jésuites eurent à soutenir un nouvel assaut. Le comte de Lœwenstein-Rochefort, leur voisin, prétendait avoir la haute justice de Muno, du chef de la seigneurie de Herbemont(") qu'il tenait en fief du duché de Luxembourg.
Les jésuites, qui lui déniaient ce droit et qui voulaient l'exercer eux-mêmes, empêchèrent plusieurs fois, par la force, les officiers du comte de poursuivre des crimes commis sur leur terre. Ces contestations donnèrent lieu à une longue correspondance entre le comte de Rochefort et les RR. PP., qui dura de 1619 à 1651, et qui forme un volume in-folio appartenant aujourd’hui aux archives de l'État, à Bruxelles.
C'était de tous côtés un perpétuel conflit. Chaque fois que la jusuice de Bouillon voulait agir à Muno, les jésuites invoquaient l'appui du conseil de Luxembourg. En 1634, ils imaginèrent d'élever un gibet, comme signe et emblème de leurs droits souverains. Le baron de Fanffre (2), gouverneur de Bouillon, le fit abattre. Ils s’adressèrent alors, et comme toujours, à Luxembourg. Mais le conseil de Luxembourg, convaincu de la faiblesse de ses prétentions (disent les défenseurs des droits du duché de Bouillon), préféra les abandonner, en déclarant par des lettres de sauve-garde, délivrées en 1658, que Muno était une terre neutre. Cette sauve-garde fut renouvelée en 1647 et en 1658.
Cependant, l’abbaye de Saint-Vannes commençait à réclamer contre la cession forcée qu’on lui avait arrachée. Dès 1626, le prieur, dom
(*} Aujourd’hui Herbeumont, village voisin de Muno. I y avait, à Herbeumont, un château féodal considérable dont on voit encore les ruines. Ge château fut détruit par les Français, au xvire siècle.
(2) Ce mot est ainsi écrit; mais ne serait-ce pas Fenffe, nom d'une localité du Luxembourg ? ;
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Jacques Pinchart, avait signifié ‘au résident des jésuites, à Muno, la révocation des prétendus consentements de ses prédécesseurs. En 1651, son successeur, dom Mathias Potier, refusait d'accepter la prestation annuelle d'un franc barrois de reconnaissance sur le prieuré que le père Godard lui présentait au nom du collége de Liége, et qui n'avait été reçue, pour les années précédentes, que sous réserve de tous droits. Ces protestations sans résultat n'empêchaient pas les RR. PP. de poursuivre leur entreprise. Chaque fois que la justice de Bouillon fes serrait de trop près, ils avaient recours au duc, évèque de Liége, dont ils obtenaient des sursis.
La conquête du duché par Louis XIV, et Ia cession qu'il en fit, en 1678, au prince de la Tour d'Auvergne, son grand chambellan, vint encore faciliter l'exécution de leurs projets.
La terre de Muno, que réclama le nouveau duc, n'avait pas été comprise, bien explicitement, dans la cession territoriale. Le prince de Liége, qui conserva le titre de duc de Bouillon, pouvait, de son: côté, faire valoir des droits à la souveraineté de Muno. Ces prétentions, de plus en plus divisées, fortifiaient évidemment celles des jésuites.
La paix était à peine signée, que Louis XIV, dans son insatiable ambition, imagina un nouveau moyen de faire des conquêtes. Il établit à Besançon, à Brisach et à Metz des espèces de conseils, dits chambres de réunion, chargés d'examiner quels étaient les droits ou les prétentions que le roi pouvait éventuellement faire valoir sur des territoires étrangers. Alors, sous les moindres prétextes (et les prétextes ne manquent jamais aux gens de loi), on déclarait l'annexion de droit. L'armée était chargée d'exécuter ces singuliers jugements. Ce procédé, on le sait, a été depuis, avantageusement remplacé par celui du suffrage universel combiné avec la non-intervention..... des opposant(s; mais, pour son époque, il était assez ingénieux.
La faiblesse de nos gouverneurs généraux et le dénüment dans Icquel ils avaient laissé l’armée et le pays, rendirent d'abord ces conquêtes faciles (16853). Muno, avec le comté de Chiny et le duché de Luxembourg, furent déclarés de bonne prise. Saint-Hubert, Bertrix, Mirwart et Muno furent soumis à la juridiction de Metz, malgré les sollicitations du nouveau duc de Bouillon, dont Louis XIV ne voulait pas étendre le territoire. Cet état dura, pour Muno, jusqu'à la paix de Ryswyk, en 1697,
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Pendant cette occupation étrangère, les jésuites, tout-puissants à la cour du grand roi, trouvèrent que le moment était favorable pour se rapprocher, de plus en plus, du but qu’ils cherchaient à atteindre. — Se rendre tout à fait indépendants.
Déterminés, pour cette fois, à faire un acte solennel de souveraineté, ils mirent au jour, sous le titre de : Coutumes locales de la Terre et Ban de Muneau, un nouveau code copié, en grande partie, sur les coutumes de Bouillon. Ces coutumes, décrétées par le recteur de Liége, avaient été rédigées en 1686 (*). Elles portent la date du 5 avril 1698 (?), mais elles ne furent publiées et connues que plusieurs années après.
L'art. 1% du chap. XXII ne laisse plus de doute sur les prétentions autocratiques du recteur de Liége. Il porte, en effet, que « la Terre et Seigneurie de Muneau est indépendante de tout Royaume, Province, Terre ou Seigneurie, et neutre de tout temps; et que le Père Recteur du collége de Liége en est Seigneur légitime et absolu. »
D'après l’art. 25, chap. I, au titre de la Justice, les appels des sentences rendues à Muno, devaient se porter par devant des réviseurs que le recteur désignait. Cette manière de procéder fut maintenue, tant que dura l’occupation française; mais après la paix de Ryswyk, loin de continuer à se soumettre, sans opposition, à leurs nouveaux maitres, les habitants de Muno, condamnés en première instance par la justice seigneuriale, portèrent souvent leurs appels à la cour de Bouillon. En 1719, un nommé Grand Jean y obtint un relief d'appel contre les jésuites. Ceux-ci, plutôt que de comparoir et de reconnaitre ainsi une juridiction supérieure à la leur, excitèrent contre l'appelant les conseils de Luxembourg et de Liége et le mirent dans l'impossibilité d'obtenir justice.
Cette affaire réveilla les prétentions du conseil de Luxembourg sur Muno. Les habitants de cette terre, depuis la paix de Rastadt, avaient été contraints de continuer à payer les contributions exigées pendant la guerre. En 1726, les officiers de Luxembourg avaient même voulu
(1) Mémoire pour Poncelte Alexandre, veuve Philippe Signorel, p. 9. () Mémoire el inventaire de pièces pour justifier les droits du duc de Bouillon, p.15. La coutume de Bouillon fut réformée en 1688.