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ment de Metz qui les autorisa à saisir quelques dimes qui appartepaient aux jésuites dans la principauté de Carignan. Ceux-ci ayant formé opposition au pareatis, le parlement, par arrêt du 5 septembre 1737, débouta les jésuites de leur opposition et fit défense aux habitants de Muno de reconnaitre la juridiction de Luxembourg et d’obtempérer à ses arrêts. Le jugement fut suivi de l'enlèvement des commis établis à Muno pour la perception des droits. Ces pauvres diables qui n’en pouvaient mais, furent conduits dans les prisons de Metz.
Fort de l'appui de la France, le gouvernement de Bouillon somma le recteur de Liége de rendre hommage au due, et, sur son refus, saisit féodalement la terre de Muno, le 20 décembre 1757.
Les jésuites, alors, ayant en vain sollicité l'intervention de la cour de Bruxelles, prirent la résolution de se mettre sous la protection de la France. C'était créer un nouveau compétiteur à cette souveraineté de Muno déjà si contestée. Sans compter l’abbaye de Saint-Vannes qui réclamait toujours, non la souveraineté mais le domaine même du prieuré, ces compétiteurs étaient alors au nombre de cinq. Le due de Bouillon de la Tour d'Auvergne ; l’évèque de Liége, due prétendant de Bouillon; les jésuites; l’empereur, due de Luxembourg, et enfin le roi de France. Il est à remarquer toutefois que ce dernier ne parait pas avoir pris fort au sérieux le cadeau que lui faisaient les RR. PP.; car la possession de facto de la souveraineté de Muno semble, à partir de cette époque, être restée au gouvernement de Luxembourg.
En 1741, le 23 septembre, le due adressait, de Paris, une missive à ces officiers à Bouillon, dans laquelle il leur rappelait « qu'il avoit « donné des ordres, en l’année 1738, de surceoir les poursüites contre « les jésüites de Muneau, parce que, dans ce temps-là, la cour, de con- « cert avec les ministres du feu Empereur, avoit donné des ordres « pour régler les limites des lieux limitrophes du duché de Luxem- « bourg : les jésüites ayant fait entendre que l'Empereur prétendoit «avoir la souveraineté sur Muneau et regardoit ce territoire comme «une dépendance du duché de Luxembourg, quoyque celte préten- «tion n’ait aucun fondement, je ne crûs pas convenable, disait-il, de « faire continüer, dans le temps des conférences, les poursüites com- « mencées et dont la continuation pouvoit apporter quelque trouble
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«au réglement des limites; mais, comme il n'en est plus question, « depüis longtemps, et que lé motif qui a fait surceoir sur les pour- « süites commencées, n’a plus lieu, vous pouvez, M., permettre et « autoriser les poursüites. que les veuves Signorel et les officiers de « justice de Muneau ont commencées ou feront contre les Jésüites en « la cour souveraine de Boüillon, en exécution de l’arrest qu’elle a « rendû, en l’année 1734, contre les jésüites et officiers de justice de « Muneau.
« Vous devez aussy reprendre les poursuites commencées contre les « jésüites pour leur faire rendre hommage de la seigneurie de Muneau, cet pour rétablir mon autorité dans cette dépendance du duché de « Bouillon.
« Vous aurez attention sur ce qui se passera à S'-Hubert au sujet « du chemin-neuf. Si les moines de S'-Hubert faisoient apposer leurs « armes, avec l'épée en sautoir, ou autres marques d'indépendance, « sur les pôteaux qui y seront placés pour l'indication du chemin-neuf, « vous aurez soin'de m'en instruire, et vous me donnerez votre avis « sur ce qu'il convient de faire, pour ne pas souffrir cette entreprise, «ou pour empêcher qu’elle ne puisse (sic) m'estre opposée par la « suite, etc. »
Le 9 mai 1749, le duc fit une nouvelle tentative de restauration à Muno, au moyen d’une déclaration ou d’un décret qu'il rendit à ce sujet et qu’il fit publier par la cour souveraine le 3 juillet suivant. Ce décret est fort eurieux, en ce qu'il rappelle et énumère toutes les usurpations des jésuites à Muno et les changements qu'ils avaient introduits dans la législation du pays. Parmi les méfaits que leur reproche le due, en notre qualité de numismate, nous avons remarqué : le cours forcé d’une monnaie étrangère (la monnaie de Luxembourg ?); cours qui avait pour but d'augmenter encore les droits considérables qu'ils levaient sur les habitants. On y voit aussi que le taux des rentes, réduit à Bouillon, en 1722, avait été maintenu à Muno ; que les jésuites avaient préféré conserver tous les anciens abus de la procédure et de l'administration de la justice que de se conformer à là réforme décrétée par le père du duc, au mois de mai 1725, etc., ete.
La malheureuse affaire des Seignorel fut, enfin, terminée le 18 oetobre 1741, au moyen d'une transaction faite entre le R. P. François de Beeckman, alors recteur à Liége, et les héritiers des deux victimes,
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11 leur fut payé, pour toutes prétentions, la somme de 2,750 livres. La transaction porte que le recteur « a bien voulu compter cette somme pour rétablir l'union et la paix dans la seigneurie de Muno, sans aucune obligation de sa part, et sans qu'il reconnaisse la juridietion de la cour de Bouillon (*). »
Le 9 décembre 1751, Pierre d'Ursen, qui était alors recteur des jésuites de Liége, essaya, une dernière fois, de reconquérir sa souverainelé.
Il écrivit à Son Excellence le ministre plénipotentiaire, à Bruxelles, pour l’informer « que le duc de Bouillon semblait, de nouveau, vou loir faire valoir ses prétentions sur la terre de Muno, qui est, disait-il, une terre neutre, payant seulement une redevance pour protection à Sa Majesté Impériale, à la France et au due de Bouillon. Le ministre lui répondit, le 15, en lui demandant de préciser en quoi consistaient les entreprises du duc. Il lui faisait surtout remarquer que les prétentions des jésuites à la souveraineté et à la neutralité avaient été formellement abandonnées par eux, en 1735, dans un acte signé par le recteur et le père provincial.
Le recteur d'Ursen lui écrivit, le 18, qu’il ignorait l'existence de l'acte de 1735. Qu'au surplus il sait qu'un acte du même genre a été donné au cabinet de Versailles. Il ajoutait qu'il ne pourrait se dispenser d’en donner de semblables à toutes les puissances qui lui en
(1) Une note de l'huissier Plantier, et signée de lui, donne le détail des sommes qu'il remit à Antoine Seignorel, en 1734 et 4725, à l'acquit d'Olivier Hubert, de Hubert Renaud et d'Antoine Broximar, ainsi que des deniers provenant de la vente faite, ‘par suite de saisies sur le père Recteur, à la requête des veuves Seignorel. Le total de ces sommes monte à 4,692 livres, 8 sols. Le 30 novembre 4737, le duc autorisa le procureur général Thibault à faire délivrer aux veuves Seignorel les deniers prove nant de la vente qu'elles avaient fait faire des effets appartenant aux jésuites de Muno et des sommes saisies sur eux, en vertu de l'arrêt de la cour du 6 septembre 4734. Nous ignorons le montant de ces sommes.
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feraient la demande, jusqu’à ce qu'un arrangement entre la France-et les Pays-Bas eùt décidé la question.
Reconnaitre la souveraineté de tout le monde, c'était, en effet, ne se soumettre à celle de personne. Mais le gouvernement autrichien, d'alors, n’était plus disposé à se laisser prendre dans un pareil piége. La correspondance du père recteur demeura sans résultat.
Les jésuites avaient été forcés d’abdiquer leurs prétentions souveraines ; bientôt après, leur prieuré de Muno leur fut même contesté, L'abbaye de Saint-Vannes avait fait faire, à Rome, des recherches pour découvrir cette bulle de Grégoire XII, sur laquelle les jésuites de Liége fondaient leurs droits, mais qu'ils n'avaient jamais produite. Le résultat de ces recherches fut une attestation du chancelier garde registres des Lettres Apostoliques, en date du 5 octobre 1768, par laquelle il déclare qu'après avoir compulsé, recherché et examiné avec tout le soin et la diligence possible, les livres du registre des bulles expédiées sous le pontificat de Grégoire XII, à commencer au 13 mai 1572, jour de son élection, jusqu’au 10 avril 1582, qui est celui de sa mort, à l'effet de trouver la bulle d’union du prieuré de Muno au collége de Liége, elle ne s'y trouve aucunement enregistrée (*).
() De ce que la bulle de Grégoire XIII ne se trouve pas mentionnée dans les registres de la chancellerie, on aurait tort de conclure qu’elle n'a pas existé. Il est possible que des actes de cette nature, qui n'avaient qu'un intérêt particulier, s’expédiaient en brevet aux personnes qu'ils concernaient. C’est ainsi que de nos jours, encore, certains arrêtés royaux ne sont pas insérés au Moniteur; la collation de titres de noblesse, par exemple. On sait que la supposition ou la falsification d'une bulle est une chose qui a pu arriver, parfois. Mais cette supercherie littéraire est, en réalité, un fait assez grave pour qu'il ne soit pas permis d'en accuser quelqu'un sans preuve. Il est beaucoup plus rationnel de croire que si les jésuites n’ont pas exhibé leur bulle, c'est qu’elle contenait des conditions qu'ils n'avaient pas remplies et auxquelles ils voulaient se soustraire. Dans un registre qui fait partie de notre bibliothèque et qui concerne les contestations entre lés habitants de Muno et le recteur de Liége, se trouve une pièce en latin intitulée : Pro resolutione quæstionis
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Dom Jean Francois (‘), bénédictin de la congrégation de Saint- Vannes, fut alors pourvu du prieuré de Muno, par une bulle du souverain pontife, fulminée par l'official de Trèves. II fit en van des démarches auprès du gouvernement de Bruxelles, pour être envoyé en possession. Dans le mémoire imprimé qu'il publia à cette fin, il faisait valoir, entre autres choses, les dévastations et les dégradations que les jésuites avaient commises dans la propriété. « Il est de notoriété « publique, disait-il, et d’ailleurs connu par pièces authentiques, qu'ils « ont supprimé le titre (de l’église) qui est de Saint Barthélemy, et « qu’à la place et dans les murs mêmes de la belle et ancienne église « sous l’invocation de ce saint, ils ont construit salle, cuisine et autres : appartements et se sont contentés de destiner une chambre à servir « de chapelle, où se voit gravé, sur le tableau de saint Ignace, le « fameux emblème de la société : A. M. D. G. »
Le fait que dom François reproche ici aux jésuites n’était, en définitive, qu’une chose fort naturelle. Il est évident que l'évèque de Liége, duc de Bouillon, en les mettant en possession du prieuré, avec ou sans bulle de Grégoire XIE, en avait changé la destination. L'établissement religieux devenait un établissement productif, une exploitation rurale, dont les revenus devaient servir à alimenter le collége de Liége. On avait done approprié les bâtiments à leur nouvel usage et rien de pius.
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jurisdictionis prioratus de Muno. Il résulte de cette pièce, que Grégoire XIIT a donné deux bulles relatives à l'union de Muno au collége de Liége, l'une de 1574, et l’autre de 4578. Ces bulles étaient restées entre les mains du conseiller de Fumay (apud quemdam de Fumaco consiliarium latuerant) ; à sa mort, elles furent déposées aux archives du conseil, avec d’autres documents concernant Muno. Le chapitre de Liége prétendait qu'il résultait de ces bulles que l'union du prieuré au collége des jésuites n'avait été que partielle; que les bois avaient été affectés par le pape à la mense épiscopale ; et que, par conséquent, Gérard de Groisbeck n'avait pas pu aliéner ni donner des propriétés dont il n’était qu'usufruitier, etc.
(:) Né à Acremont (aujourd'hui hameau de la commune de Jéhonville, canton de Paliseul), dans le duché de Bouillon, le 26 janvier 4726, mort le 22 avril 1791. Il est l'auteur du Dictionnaire roman, wallon, celtique et tudesque. Bouillon, 1777, in-ke; de la Bibliothèque générale des écrivains de l'ordre de Saint-Benoit, 4 vol. in-4°; et, avec dom Tabouillot, d'une Histoire de Metz en 4 vol. in-40; enfin du Vocabulaire austrasien. Melz, 1773,in-8e.