LIVRE II
LITTÉRATURE ET ÉLOQUENCE RELIGIEUSES
Les anciens avaient, sur les nudités, des idées bien différentes des nôtres : le culte du lingam dans l’Inde, du phallus ou priape , en Grèce et en Italie, n’offrait à leurs yeux rien d’obscène, pas plus que la représentation plastique des divinités aux formes provocantes ou athlétiques. Les Indiens n’en observaient pas moins la plus sévère décence extérieure, pendant les rapports sexuels, dont leurs livres sacrés parlent sans circonvolutions ni contrainte.
I. le kama soutra. — 1° Sur la forme des seins. — Le Kama Soufra (1), livre de théologie indoue, contient les règles de l’amour de Vatsgayana; il divise les femmes en quatre classes : le type parfait est la Padmini ou la femme Lofas , qui possède tous les avantages, entre autres :
Les seins amples et fermes ressemblent aux fruits du Vilva; ils se dressent comme deux coupes d’or renversées et surmontées du bouton de la Heur du grenadier... Quand elle danse, ses bras s’arrondissent en courbes gracieuses et semblent vouloir dérober aux regards ses merveilleux appâts, car sa pudeur est extrême.
Parmi les exclamations laudatives des poètes, en l’honneur de ce type de beauté, en voici une qui indique la faveur dont jouissaient, sur les bords du Gange, les mamelles débordantes :
Femme pareille à Rathi (la Volupté), épouse d’Anaya (l’Amour), qui plie sous le poids de ses seins fermes et arrondis!...
Le second type, moins parfait, est la Chitrini ou la femme habile ; a sa gorge est ferme » aussi.
Les seins, encore « fermes et rebondis » du troisième type, la Bas -
(1) Traduit par E. Lamairesse.
fini (nom de la femelle de l’éléphant), ressemblent à « un couple de vases d'or». Enfin, les seins et le ventre du dernier type, la Sankhini (la truie) exhalent « l’odeur de poisson ». C'était le parfum high-life d’alors, l’analogue de l’horrible puanteur dite « peau d’Espagne », fleurant la peau de chien crevé, de nos parisiennes moutonnières et anosmiques.
2° Les baisers. — Au nombre des baisers ardents, le livre de la morale des Brahmanes range la succion du bouton ou du mamelon des seins, qui, dans les chants des bavadères, du sud de l’Inde, est mentionnée comme un des préliminaires naturels de la connexion. Sous toutes les latitudes, les bouts de sein sont donc les boute-entrain des jeux de l’amour ; le docteur Jules Guyot, dans le Bréviaire de V amour expérimental , s’étend longuement sur ce sujet psychophysiologique.
3° Egratignures faites avec les ongles. — Toujours d’après le Kama-Soutra :
... On fait avec les ongles huit marques, par égratignures ou pressions : la sonore, la demi-lune, le cercle, le trait de l’ongle ou la griffe du tigre,la patte du paon, le saut du lièvre, la feuille du lotus bleu.
La sonore se fait en pressant le menton, les seins, la lèvre inférieure ou le- Djadgana, assez doucement pour ne faire aucune marque ou égratignure,. et seulement pour que les poils se hérissent au contact des ongles dont on entend le grattement.
La demi-lune : la courbe d’un seul ongle que l’on imprime sur le cou ou les seins.
La griffe de tigre : ligne courbe tracée sur le sein.
La patte du paon : courbe semblablement tracée sur le sein avec lescinq ongles; celui qui la réussit est considéré comme un artiste.
Le saut du lièvre : la marque des cinq ongles est faite près d’un bouton du sein.
La feuille de lotus bleu : marques faites sur les seins ou les hanches en. forme de feuilles de lotus.
Les marques des ongles même anciennes et presque effacées rappellent à une femme et réveillent son amour qui, sans cela, pourrait se perdre tout à fait.
Une jeune femme, sur les seins de laquelle apparaissent ces empreintesimpressionne même un étranger qui les aperçoit à distance.
Notre proverbe : Jeux de mains , jeux de vilains , n’a donc pas cours chez les peuples de l’Inde. Pourtant les éraflures de ces caresses
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ne sont pas sans inconvénient, car des colonies de microbes élisent domicile sous les ongles : d’où la propriété toxique attribuée à la râpure de ces organes; mais des auteurs crédules vont trop loin en assurant que Thémistocle, exilé, choisit ce genre de suicidé.
- 4° Des morsures. — Diverses sortes de morsures s’appliquent sur les seins : 1° ls point , une très petite portion de peau est saisie par deux dents seulement ; 2° la ligne de joyaux, c’est-à-dire la morsure faite avec toutes les dents, et 3° la morsure du verrat : deux lignes de dents marquées les unes au-dessus des autres, avec un intervalle rouge.
5° Rôle de l’homme dans lunion. — L’époux doit commencer par sucer les mamelons de sa femme pour se mettre, l’un et l’autre, en belle humeur ; ces mamelons sont considérés comme les principaux aiguillons de la chair.
Autre recommandalion inutile :
Si c’est une très jeune fille, il mettra les mains sur seins qu’elle couvrira, sans doute, avec les siennes, sous les aisselles et sur le cou.
6° La lune de miel. — ; Une dernière bizarrerie du livre théologique :
Si la jeune fille est familière avec son mari, elle lui mettra au cou une guirlande de fleurs, suivant le désir qu’il lui en aura exprimé; il profitera de ce moment pour lui toucher les seins et les chatouiller avec les doigts. Si elle l’en empêche, il lui dira : Je ne recommencerai plus, mais à la condition que vous me tiendrez embrassé.
Quand elle sera dans cette position, il lui passera la main à plusieurs reprises sur le cou et tout autour. De temps à autre, il la placera sur ses genoux, la pressera sur son sein, et s’efforcera d’obtenir son consentement à l’union. Si elle ne veut pas céder, il la menacera de faire sur elle et sur lui-même des marques aux bras et aux seins avec les ongles et les dents, et de dire ensuite que c’est elle qui les lui a faites.
II. le cantique des cantiques (1). Ce livre « saintement graveleux», comme l’appelle l’abbé Bernier, dans sa Théologie portative
(1) Anec. hist. et rel. sur les seins, p. 126.
(1776), vise Salomon (1) et resplendit de toutes les magnificences de la poésie symbolique et licencieuse de l’Orient. Longtemps on y a vu une allégorie perpétuelle du mariage de Dieu — et non de Jésus, observe Voltaire — avec son Eglise. « Il faut avouer que l’allégorie est un peu forte, ajoute notre grand sceptique, et qu’on ne voit guère ce que l’Église pourrait entendre, quand l’auteur dit : Que ferons-nous à notre sœur , elle est petite et na pas encore de tétons. » Tout s’explique, si l’on y voit un poème érotique (2) ou une délicieuse pastorale dramatique, avec l’abbé Gotin (3), Bossuet, Ménétrier, Renan et surtout Jean de Bonnefon, qui l’a remise à la scène, le 22 mai 1905, et reprise en juin 1906.
Nous tirerons de l’adaptation (4) de cet auteur tous les passages qui font allusion aux mamelles :
Un frère de la Sulamite, qui vient de livrer sa sœur au sérail du « sage » Salomon — la traite des blanches ne date pas d’hier : autrefois, elle se passait en famille — dit à un autre frère, en quittant le palais du roi des Israélites :
... Nous avons une autre petite sœur qui ira pas encore de seins. Que ferons-nous de notre sœur quand elle sera en âge de plaire ?
Le frère entremetteur répond :
Si c’est un mur, nous lui ferons des créneaux d’argent, si c’est une porte nous lui ferons des battants en bois de cèdre.
La Sulamite, en a parte, d’une voix profondément triste et du vague à l’âme :
(1) Ce sage des sages, qui se contentait de sept cent femmes, a émis quelques Proverbes qui, s’ils manquent de sagesse, ne sont pas dépourvus de piquant :
Ch. IV, v. 18. Réjouis-toi de la femme de la jeunesse. — v. 19. Comme d’une biche aimable et d’une chèvre agréable; que ses mamelles le rassasient en tout temps et sois continuellement épris de son amour. — v. 20. Et pourquoi, mon fils, t’égarerais-tu après l'étrangère et embrasserais-tu le sein de celle qui est d’un autre pays.
Ch. XXX. v. 15. U y a trois choses lesquelles ne se soûlent point, meme il y en quatre qui ne disent point : c'est assez. — v. 10. Le sépulcre, la vulve stérile (os vulvæ ), la terre qui n’est point rassasiée d’eau et le feu. — v. 18. Il y a trois choses qui sont trop merveilleuses pour moi, même quatre, lesquelles je ne connais point. — v. 19. La trace de l'aigle dans l'air, la trace du serpent sur un rocher, le chemin d’un navire au milieu de la mer, la trace de l'homme dans la vierge. — v. 20. Telle est la conduite de la femme adultère : elle mange , et s'essuie la bouche ; puis elle dit : Je n ai point commis de mal.
Quoi de plus édifiant que ce langage à la fois cru et imagé ? Aussi les mères protestantes et juives en permettent-elles la lecture à leurs filles.
(2) Cantique de l’épouse et de l’époux, avec refrains. V. L’Église et V Amour, par le Dr P. de Régla.
(3) La Pastorale sacrée ou paraphrase du Cantique des Cantiques, en 5 actes; d’abord en prose, puis en vers (1660),
(4) Le Cantique des Cantiques qui est sur Salomon.
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J’ai été un mur; mes seins ont été des tours de défense. Voilà comment j’ai obtenu d’être jusqu’ici laissée en paix.
Tandis que Salomon lui adresse des paroles brûlantes de passion, la Sulamite, absorbée dans son rêve, songe à « son bien-aimé », un berger de Sulem, et murmure :
... Ma gerbe de myrrhe, c’est mon bien-aimé; toujours entre mes seins, il aura son asile.
Salomon, stimulé par l'indifférence de la Sulamite, devient de plus en plus lyrique dans la description de ses charmes :
...Tes deux seins sont comme deux petits chevreuils jumeaux (1) qui paissent parmi les lilium... Comme ils sont beaux tes seins, sœur, fiancée. Ils sont plus beaux que le vin n’est bon, tes seins, et l’odeur de ton parfum est meilleure que celle de tous les aromates (2).
La Sulamite poursuit son rêve et Salomon ne cesse d’être tendre et pressant, mais en vain :
... Tes deux seins sont comme des chevreaux jumeaux. . . Tes seins seront mes raisins et l’odeur de ta bouche sera celle de la fleur du pommier (3).
Peu de livres ont été plus commentés que le savoureux Cantique des Cantiques, surtout au xvne siècle. En 1605, A. Duchesne ouvre la lice avec ses Figures mystiques du riche et précieux cabinet des dames :
Le mistic époux de nos âmes loue la beauté des tétins de son Epouse par, deux belles similitudes et comparaisons: par la première, il les parangonne aux bichelots gémeaux de la biche, lequels pasturent entre les iis. Il parle en cette sorte :
De ton sein relève l’enflure aboutissante D’une framboise tendre à demy rougissante
(1) Chap. VII. — 2. Ton nombril est comme une coupe ciselée toujours pleine; ton ventre comme un tas de froment entouré de lys.