Elles sont parfumées des onguents les plus suaves
10. Que tes seins sont beaux, ô ma sœur, mon épouse ! Ils sont plus beaux que le vin, et ton parfum surpasse tous les aromates.
11. Tes lèvres sont des rayons de miel; ta langue distille le lait et le miel; tes vête ments exhalent l’odeur de l’encens.
(3) Chap. VII. — 7. Pour le port et l’élégance delà taille tu es un palmier; tes appas sont deux grappes.
8. J'ai dit : Je monterai sur le palmier et je cueillerai ses fruits. Tes seins seront pour moi les grappes de la vigne et l’odeur de ta bouche le parfum des oranges.
Est pareille en douceur aux petits fans gémeaux Que le mère nourrist entre les fleurons beaux Des roses et des lis, tant est lisse et douillette La molette rondeur de sa peau tendrelette.
Suit l’interprétation abstruse et prolixe du « Tourangeau » :
Et nous veut faire entendre par là deux conditions en sa créature rai-' sonnable la spirituelle et la mortelle, lesquelles comme deux gemelles sont de mesme âge et de mesme temps, car l’âme n’est point devant le corps, ny le corps devant l’âme. C’est ce sujet composé de l’homme extérieur et intérieur, comme nous l’aprenons de celuv qui a esté auditeur des secrets de Paradis, lequel doit estre nourri parmy les lis, c’est-à-dire en toute pureté et sainteté. Le lis c’est le cœur et le corps et l’âme qui se paissent en celuy, et y cueillent les fleurs des saintes pensées, s’engraissent et s’embellissent en peu de temps. Le lis a deux belles propriétez, il donne soueve odeur : et récrée la veuë par la beauté de ses feuilles. Et l’esprit et le corps doivent choisir et élire pour nourriture la pureté et le parfum doux fleurant des saintes.
Par la seconde louange des mamelles de sa bien-avmée, il les préfère au vin, et dit (Ch. 4) : « Combien sont belles tes mamelles , ma sœur , mon Épouse y Tes mamelles sont plus belles que le vin... » Son instruction tend à ce but que lorsque vous venez, ô Dames, pour écouter sa parole vous vous dépouillez du tout du manteau de la sagesse mondaine.
Les tétins sont comme deux pommes et les pommes sont le symbole d’amour, aussi mesme que dit l’Épouse : Appuyez-moy de fleurs , environnezmoy de pommes, car je languis d’amour. Cet amour est divin et spirituel, mais ombragé en celuy du monde qui tend à la vertu. Et en somme elles sont rondes, pour ce qu’elles sont le Paradis d’amour, et tout ce qui est le plus délicat et mignard en l’amour tire sur la forme ronde.
L’Époux dit de celles de son Épouse (Cant. 7) qu’elles sont odoriférantes, plus que les bons unguens, et compare l’odeur de sa bouche, à l’odeur des pommes, pour montrer que l’amour spirituel doit estre acompagné de bonnes senteurs et parfums plus délectables de toutes les vertus.
Nous avons encore : La Pastorale saincte ou Paraphrase du Cantique des Cantiques , de Charles Hersent, prêtre de l'Oratoire, chanoine de Metz (Paris, 1635). Ce sont des louanges dithyrambiques et liturgiques aux cuisses, au nombril, aux tétons, au ventre de la Bien-aimée ; le tout dédié au cardinal de Richelieu !
Mazeau, docteur en théologie, prieur de Ceignac, dans sa Paraphrase sur les Cantiques de Salomon, appliqués à l'âme, parfaite épouse de J.-C. (1675), livre presque inconnu, explique, en style mystique, les gaillardises de Salomon sur les seins et le nombril de sa maîtresse.
LITTÉRATURE ET ÉLOQUENCE RELIGIEUSES
III. théologie musulmane. — 1° Coran. — Tandis que la Bible juive est dogmatique, la Bible de l’Islam, le Coran , est anecdotique; nous y relevons quelques historiettes relatives à notre sujet et traduites par E. Lamairesse. D’abord le sauvetage de Moïse ou la voix du sang décelée par la voie lactée.
Quand Moïse fut trouvé sur le Nil, Pharaum en fit présent à sa sœur de lait. Asia désigna une nourrice pour l’allaiter, mais il ne voulut pas prendre le sein; on en amena d'autres qu’il repoussa également jusqu’à ce que sa mère se présentât et fut acceptée pour nourrice, après avoir été séparée. de son fils un jour et une nuit. (Ch. XXVIII, 8.)
Nous avons ensuite une version de Y Annonciation, le triomphe du principe : Lncina sine concubitu , où le Saint-Esprit est remplacé par un souffle tout puissant :
Un jour que Marian avait tendu un rideau pour faire derrière sa purification menstruelle, Jebraïl (l’ange Gabriel) lui apparut sous l’apparence d’un homme parfait; il s’approcha et souffla dans son ventre. A ce moment l’arbre des espérances de Marian porta ses fruits de prospérité et neuf mois après, Isa (Jésus) vint au monde.
Le livre inspiré ne dit pas par quel orifice le souffle prolifique fut inspiré.
2° Le Rauzat-us-Safat. — • Le Jardin de 'pureté assure que les rivières du Paradis sont du lait, du vin et du miel.
Sans respect pour la chronologie, il attribue à un roi fabuleux de la Ghaldée le Massacre des innocents, commandé par Hérode, roi de Judée; le fait en lui-même ne nous intéresse guère, seuls les détails sont curieux :
Nemrod ordonne de mettre à mort tous les enfants qui naîtraient dans l’année; la mère d’Abraham cacha son enfant dans une grotte. Quand elle ne pouvait venir l’allaiter, il suçait du miel d’un de ses doigts et du lait d’un autre. 11 ne fut sevré qu’à l’âge de dix ans, époque où il sortit de la grotte.
Le cas de Joseph Prude-homme donne lieu à une comparaison symbolique d’émaciation à couleur orientale ; Zuleika, la femme d’A’ziz (Putiphar) se dessèche d’amour pour Yusuf (Joseph), au point que « sa pleine lune devint un croissant et sa taille, semblable à un cyprès uni et luisant, devint un cure-dent. »
IV. Pères et Docteurs de l’Église. — Saint Pierre, le premier des apôtres et des papes, — qui renia trois fois le Christ, ce qui n’implique pas une forte croyance en sa divinité, — expose, dans sa Première Epître , « le Désir du lait spirituel » :
1. Vous étant donc dépouillés de toute sorte de malice, de tromperie, de dissimulation, d’envie et de médisances,
2. Comme des enfants nouvellement nés, désirez ardemment le lait spirituel et tout pur, afin qu’il vous fasse croître pour le salut,
3. Si toutefois vous avez goûté combien le Seigneur est doux.
— L’un des quatre Évangélistes, saint Luc, le patron des médecins et des apothicaires, à cause de l’anagramme de son nom, parle ainsi des organes de la Vierge :
XL 27. — Beatus ventur qui te portavit et ebera quæ suxisti.
— Saint Clément d’Alexandrie, docteur de l’Église, au me siècle, s’élève contre les peintures licencieuses :
Ils parent leurs appartements de ces sortes de tableaux ; ils y arrêtent leur vue et leur imagination et se font une religion de leur impudicité. Etant couchés sur des lits, ils envisagent une Vénus toute nue et ils prennent plaisir à regarder un aigle qui vient trouver Léda, comme si cet oiseau était amoureux des femmes...
<< Aigle » au lieu de cygne, pour bien montrer qu’il prêche d’exemple et qu’il n’a fait qu’entrevoir ces images lascives sans plus les considérer. Ne pourrait-on pas, en outre, lui objecter que le pigeon, un « oiseau » aussi, s’éprit de Marie ?
— Le violent apologiste saint Jérôme (331-420), à l’exemple du Christ qui renia sa mère aux noces de Cana : « Femme, qu’y a-til de commun entre vous et moi? » et ne la revit jamais, donne aussi le conseil de sacrifier la Famille à la Religion, vœu absolu des congréganistes : ni parents, ni enfants :
Quand même votre mère vous présenterait votre jeune enfant qu’elle tiendrait dans ses bras; quand même, les cheveux épars et les vêtements déchirés, elle vous montrerait le sein qui vous a nourri; quand même votre père serait étendu sur le seuil du temple, passez sur le corps de votre père, et sans répandre une larme, volez vers l’étendard de la Croix. Le seul genre de pitié qui soit recommandable est celui qui rend cruel dans ces circonstances b
(1) Epist. 6, ad lleliodor, t. 4, part. 2. p. 7.
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— « Si Ton ouvrait un concours d’obscénité, écrit E. Rhoïdis, ni le marquis de Sade, ni Meursius, ni l’Arétin, ni même, à mon avis, les moines occidentaux du moyen âge n’oseraient se mesurer avec saint Jean le Jeûneur », dont les Canons furent introduits chez les Occidentaux, en l’année 650, par le moine grec Théodore de Tarse.
— L’une des grandes figures de l’Eglise militante, saint Bernard (1091-1153), qui reçut sur les lèvres, à trois reprises différentes, un jet de lait de la Vierge, lui consacra une Hymne , un chant liturgique :
Tu portasti Et lactasti, Benedicta Domina, Quem adorat Et honorât
Mundi trina machina.
Vous avez porté,
Vous avez allaité,
O reine bénie,
Celui qu’adore Et honore
La triple machine du monde.
Adorabas Et lactabas
Deum factum hominem Qui nos lavit Et salvavit
Suum ponens sanguinem.
Vous adoriez,
En l'allaitant,
Ce Dieu fait homme,
Qui nous a purifiés Et nous a sauvés En répandant son sang.
Vagientem Et lactentem Confovebas gremio.
Servi ille,
Tu, ancillæ Functa es officio.
Quand il pleurait Pour être allaité,
Vous le pressiez contre votre sein.
11 remplissait les devoirs Du serviteur
Et vous, ceux de la servante.
— Sainte Thérèse, une « Chimènc chrétienne » pour les uns, une « ardente hystérique » pour les autres, née en 1515, à Avila, revêtit l’habit des Carmélites, en 1534, après une jeunesse orageuse, comme La Vallière. Elle décrit la félicité qu’elle éprouve dans une de ses extases, où elle reçoit les faveurs de Jésus :
...Et tout cela se fait de même qu’un enfant ne sait comment il croît, ni comment il tette, et que sa nourrice lui met souvent le tétin dans la bouche, sans qu’il ait besoin de le chercher.
Loin de nous la pensée de ternir la mémoire des deux belles « désespérées », comme diraient les Anglais dans leur langage gourmé, dont nous venons d’évoquer le souvenir; mais nous ne voyons aucune
irrévérence à rappeler, à propos de ces repenties, le Sonnet adressé à une belle personne, à laquelle les seins étaient venus depuis son noviciat et qui n’a pu être composé à leur intention, car il y avait beau temps que leurs seins avaient « reçu la vie », quand elles les « mirent au tombeau » de leur cellule :
Ci-gisent les tétons de la jeune Sylvie,
Pitoïable passant, admire et plains leur sort :
Ils n’avaient pas du Ciel encore reçu la vie,
Qu’on les avait déjà destinez à la mort.
On ne consulta point leur naturelle envie,
Leur courroux fait bien voir qu’on leur a fait grand tort, Puisqu’on les voit s’enfler contre la tyrannie Qui les mit au tombeau par un barbare effort.
Mais ce qui te fera plaindre leur aventure,
C’est qu’on les tient vivants dans cette sépulture Comme étant convaincus d’un horrible forfait.
Tout leur crime pourtant n’est que d’avoir su plaire ;
Pour moi ne voyant pas quel mal ils avaient fait,
Je crois qu’on les punit de ceux qu’ils pouvaient faire.
— Saint Antonin, théologien scolastique, propose, entre autres questions oiseuses et saugrenues :
Si Marie, étant enceinte et assise, Jésus était assis comme elle ?
S’il était couché, lorsqu’elle-mème était couchée ?
Il fallait vraiment que ces contemplatifs subtils et indécents, qui désiraient savoir : Utrum semen Christi potuerit generare, aient du temps à perdre, pour s’occuper de pareilles billevesées; telle encore la casuistique indiscrète du R. P. Sanchez, Jésuite, dont nous avons donné un spécimen topique, p. 16.
— Les disciples d’Ignace de Loyola, considérant Marie comme la fondatrice honoraire de leur ordre, ont poussé son culte jusqu’à la licence. Le Père Jacques Pontanus, dans les Cantiques , dédiés à la Vierge, « ne connaît rien de plus séduisant que les seins de Marie, rien de plus doux que son lait, rien de plus excellent que son basventre (1) ». Kotzebue raconte que, dans un livre publié à Naples, Tesoro celeste, il a recueilli cette prière, adressée à la Madone, sorte de déclaration mystique et de même inspiration jésuitique : « Bénies
(1) Cf. Ephém. cléric.
LITTÉRATURE ET ELOQUENCE RELIGIEUSES
soient les mamelles toutes saintes, plus douces que toutes les fontaines de l’eau la plus douce. Béni soit ton ventre sacré plus productif que les champs les plus fertiles ». Voilà où conduit la marieolâtrie ou le marianisme.
Le père Oliva prêchait dans les églises que c’était pour le bonheur des fidèles qu’Alexandre VII et ses cardinaux se résignaient à être riches et pour obéir à ces paroles du Cantique des Cantiques : « Que tes mamelles sont belles, ma sœur, mon épouse ! »
L’astucieux disciple d’Ignace de Loyola, dit Lachâtre, ajoutait que Dieu ne voulait pas que son Eglise eût un sein flétri comme les amazones, mais que sa poitrine fut ornée de deux mamelles rebondies, pour que les princes et les évêques pussent téter et se nourrir d’un lait abondant.
Nous avons déjà relevé les impudiques flagorneries adressées par le Père Valladier, dans sa préface de la Sainte philosophie de l’âme , aux beautés du corps, d’une autre Marie, l’épouse florentine de Henri IV, laquelle n’avait rien de virginal (1); l’indiscret religieux n’a pas oublié les « agréables atours dç la nature corporelle », que Rubens nous a si souvent et si copieusement représentés ; il les déclare :
D’une perfection presque miraculeuse, représentant en la propagation un rayon de l’immortalité et qui sont autant esmerveillables que belles, décentes et proportionnées en leur situation.
Il ne dit pas s’il a jugé sur l’apparence ou la réalité, si c’est une vue de l’esprit, une image, un mirage ou une impression visuelle.
— En 1508, Gonrard Reitter, prieur à Nordlingen, commence son Mortilogus par une invocation à Marie, pour être préservé a morbo gallico , autrement dit de la vérole !
— Jean Benedicti, cordelier de Bretagne (1574), est l’auteur d’un livre de casuistique, cité avec éloge par Brantôme, où « il est descendu, écrit Didron, dans la sentine de nos impuretés » ; il a dédié « cet amas de saletés » à la sainte Vierge.
— Huet, le savant évêque d’Avranches, bien que s’en rapportant aux apparences, est bien plus explicite dans le portrait à la plume qu’il fit de l’abbesse de Caen, la célèbre Marie-Eléonore de Rohan ; c’est une réponse à son propre portrait que la spirituelle abbesse avait tracé, selon la mode du temps.
(1) Anecd. hist. p. 130.
Il dit, au milieu de toutes sortes de choses galantes qu’il lui adresse* cette phrase qui semblerait bien étrange aujourd’hui :
« N’ayant jamais vu votre gorge, je n’en puis parler ; mais, si votre sévérité et votre modestie me voulaient permettre de dire le jugement que j’en fais sur les apparences, je jurerais qu’il n’y a rien de plus accompli. » Cette honnête et pieuse abbesse, à laquelle ce jeune homme parlait en ces termes, était jeune et seulement d’un an plus âgée que lui (1) .
— Un des docteurs de l’Église, Jean d’Hauteville, écrivait de visu, en parlant du sein de l’une de ses belles et jeunes serves :
Tel qu’une graine vermeille de raisin, un petit tétin, frais et poli, s’élève • mollement sur un sein arrondi, et la couleur de rose contraste avec cette touffe de lys. Ces deux globes charmants sont grossis par l’effet de leur jeunesse et non par le lait qui ne les a pas encore remplis. Un léger nœud de ruban les serre sans en comprimer la fermeté. Elevés au milieu d’une surface plane, ces monticules font voir au milieu d eux comme un vallon.
Ne dirait-on pas un faible pastiche du voluptueux Cantique des Cantiques?
— Saint Liguori, lecasuiste le plus accrédité des temps modernes, fondateur de l’ordre du Saint-Rédempteur, ratiocine sur les béatitudes célestes; mais il ne nous dit pas de qui il tient ses révélations, ses « tuyaux »,
Savez-vous comment les choses se passent dans le ciel ? La sainte Vierge se place devant son divin Fils et lui montre son sein, où il resta enfermé pendant neuf mois, et ses mamelles sacrées, auxquelles tant de fois elle l’allaita. Le Fils se place devant son Père et lui montre son côté ouvert.
A la vue des doux gages de l’amour de son Fils, Dieu ne peut lui refuser et nous obtenons tout (2).
— Le Jésuite Henriquez, renseigné de même par « un fil spécial», comme le Matin, nous révèle dans son Occupation des saints dans le ciel , entre autres félicités des bienheureux élus :
Qu’on se baignera à la vue les uns des autres dans des bains très agréables, où l’on nagera comme des poissons ; que les saints chanteront comme des rossignols ; qu’il y aura des festins, des ballets, des mascarades; que les gens mariés jouiront, comme en cette vie, des voluptés de la couche ; et mille autres gentillesses de ce genre (3).
Un avant-goût du Paradis de Mahomet.
(1) Sainte-Beuve, Causeries du Lundi.
(2) Edition des Bénédictins de Solesmes, 1834. Tome I, p. 495.
(3) Cf. Œuvres, d’Aug. Roussel.
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— Grâce à leur fameuse « restriction mentale », les disciples d’Ignace passent pour avoir des préceptes théologiques des plus élastiques. La Théologie morale du P. Gury renferme, en effet, sur l'appréciation des péchés, des distinguo dont P extrême indulgence n’est pas faite pour modifier cette opinion :
413. — Les baisers et les attouchements sur les parties honnêtes ou peu honnêtes constituent des péchés mortels, si on y cherche le plaisir charnel; véniels, s’il n’y a que de la légèreté, de la plaisanterie, de la curiosité, etc.
Ils ne sont pas coupables, si c’est la coutume ou si l’on agit par politesse ou par bienveillance.
415. n° 4. — Mais doivent être considérés comme péchés mortels les baisers et attouchements sur les autres parties du corps que la décence et la pudeur prescrivent de voiler ; tels, par exemple, que les baisers sur les seins, surtout entre personnes de sexes différents et aussi les baisers prolongés sur la bouche, notamment si on y introduit la langue.
Y. Les livres secrets des confesseurs. — 1° Mœchialogie. — La Mœchialogie ou Cours de luxure , du R. P. Debrey ne, un confrère qui se fit trappiste et « étudia surtout, dit le Dp Reims, la vie génitale dans ses rapports avec le dogme catholique ». Nous nous garderons bien de faire perdre leur saveur à ces consultations d’un docteur de l’Eglise et de la Faculté par des commentaires intempestifs.
Art. 2, § 1. Des attouchements :
L’attouchement du sein des femmes, surtout plus grandes et pubères, doit être considéré comme péché mortel, s’il a lieu directement et avec délectation morose ; le péché n’est que véniel si l’on a chatouillé le sein d’une femme légèrement et par simple plaisanterie, sans projet libidineux (page 164).
D’après Billuart, une femme qui. même sans passion libidineuse, se laisse toucher dans les parties honteuses ou voisines, pèche mortellement, même si elle se laisse chatouiller les seins en y prenant un simple plaisir; perce que non seulement toucher ainsi, mais être touché, influe beaucoup sur le sens vénérien. Si une femme est touchée dans les parties déshonnêtes, elle doit par tous les moyens moralement possibles, repousser, détourner, même violemment, la main qui la touche (page 165).
| 2. Des baisers et des embrassements :
C’est aussi Lavis de saint Liguori. De même, si les baisers sont faits à des parties insolites, comme la poitrine, etc., on doit les regarder comme libidineux, ou au moins comme entraînant un grand danger de libertinage, et, par conséquent, comme péchés mortels (page 171).
Art. 4. De l’ajustement et des parures des femmes :
Les femmes qui découvrent immodestement leur poitrine de manière à montrer le milieu de leurs seins nu, ne peuvent être excusées en aucune façon, dit Billuart, parce qu’une pareille nudité n’est pas peu provocatrice, et tient plus à la luxure qu’à la beauté. Il faut dire à peu près la même chose, ajoute le même auteur, de celles qui recouvrent leurs seins d’un tissu transparent qui permet de les voir à travers (page 183).
Que faut-il penser des femmes qui usent de quelque moyen artificiel ou corset, pour accentuer davantage les protubérances de leur corps, les augmenter ou les simuler de quelque façon ? Quelques confesseurs exigent que de tels corsages soient recouverts d’un mouchoir de cou, fichu, ou châle. Ce remède nous semble plutôt favoriser le mal que le détruire. Et, en outre, de cette façon, les femmes n’atteignent nullement leur but. Il semble préférable de faire usage de ces châles et fichus, en rejetant tous les intermédiaires artificiels, mais ne convenant en aucune façon à des femmes chrétiennes. De cette façon, ce qui fait défaut ne serait pas remarqué, la chasteté ne sera pas blessée, et le salut des âmes ne courra aucun danger (page 183).
2° Diaconales. — Les Diaconales , de Mgr J. -B. Bouvier, évêque du Mans, dont les coupures sont non moins délectables, à la condition d’en respecter le texte intégral.
Art. 2. | 1. Des baisers :
4° Les baisers mêmes honnêtes, motivés par la passion, donnés ou reçus, entre personnes du même sexe ou de sexe différent, sont des péchés mortels. Mais les baisers sur les parties inusitées du corps, par exemple sur la poitrine, sur les seins, ou à la mode des colombes, en introduisant la langue dans la bouche d'une autre personne, sont présumés avoir la passion pour mobile, ou du moins mettent dans un grave danger d’y succomber et pour cette raison ne peuvent être excusés de péché mortel.
§2. Des attouchements impudiques :
4° Une femme pêcherait mortellement si, même sans être dominée par la passion, elle permettait des attouchements sur ses parties pudiques ou sur celles qui les avoisinent, sur les cuisses ou bien sur les seins ; car alors elle s’exposerait évidemment au danger vénérien et participerait, enplus, à la passion d’autrui ; elle devrait repousser aussitôt l’agresseur, le réprimander, le frapper, repousser violemment la main, le fuir ou crier, si elle pouvait compter sur du secours (1).
| 3. Des regards impudiques :
C’est un péché mortel de regarder complaisamment — morose — les
(1) Billuart, 1. 13. p. 473.
LITTÉRATURE ET ÉLOQUENCE RELIGIEUSES
seins nus d’une belle femme, à cause du danger inséparable de ces regards...
C’est un péché mortel, pour une femme, de se découvrir les seins ou de les laisser voir sous une étoffe trop transparente, car c’estlà une grave provocation à la lubricité, dit Sylvius, t. 3, p. 872. Par contre, ce n’est pas un péché mortel de découvrir un peu la gorge en se conformant à la mode, lorsque c’est sans mauvaises intentions et qu’il n’en résulte aucun danger; c’est la décision de saint Antoine, de Sylvius, de saint Liguori, 1. 2, n° 55, etc...
VI. Livres d’heures. — Les miniatures des manuscrits étaient, en général, exécutées par des moines, qui exprimaient crûment, sale pimenta , des scènes, non moins crues, de l’histoire sainte. Ces enlumineurs et ymaigiers monastiques, imbus de l’esprit rabelaisien, donnaient libre carrière à la fougue de leur fantaisie créatrice et désordonnée. Ainsi, le couvent de la Cava possède une Bible en parchemin du vme siècle, in-4°, écrite en encres de diverses couleurs et enrichie de plusieurs figures dont quelques-unes étonnent par leur naturalisme aigu.
Hâtons-nous de mentionner une miniature bizarre, d’un Evangéliaire de 909, reproduite par le Portefeuille archéologique de la Champagne (1) : il s’agit d’un Christ en croix, dont les seins sont retournés; la courbe de leur contour est supérieure aux mamelons ! Joignons-y une des Illustrations des livres allemands de la Renaissance, par R. Muther (2), la planche 12 d’une Bible, montre Eve : offrant, d’une main, la pomme à Adam et cachant Los vulvæ, de l’autre, mais mal, puisque l’organe, en réalité « le fruit défendu », est entièrement visible.
Une miniature d’une Bible moralisée (n° 166, Bibl. nat.) est un tableau de genre — de mauvais genre — détaillant une scène « d’intérieur», prise sur le vif (fig. 72) : un Cordelier, qui a trouvé bon dîner, bon gîte et le reste prétend, comme Tartufe, conduire au chemin du ciel — du septième — sa docile convertie.
A. Hurel, chapelain de Sainte-Geneviève, dans une étude sur la Vierge et les palinods du moyen âge , publiée par les Annales archéologiques, donne le fac-similé d’une singulière miniature symbolique, tirée d’un manuscrit et relative à « l’Immaculation originelle de la Mère de Dieu » (fig. 73). Sur le bord inférieur d’un lit à
(1) Par Gaussin : A. 674. Bibl. des Beaux-Arts.
(2) P. 1173. Beaux-Arts.
LES SEINS A i/ ÉGLISE
baldaquin, une grosse femme difforme, vêtue seulement de ses cheveux, qui ne couvrent que les épaules, est assise les jambes écartées. La Vierge Marie s’appuie sur son giron.
C’est l’instant de sa conception maternelle historique. Dans le sein de
Fig. 73.
cette Nature grossière, il germe un fruit béni, une créature pudique, immaculée. Le poème est explicite dans ce sens :
Or est-il vray que humaine infection Du père au fils descend par voye infecte Et nous croyons d’ardente affection Femme parfaite en nature imparfaite.
Les illustrations scandaleuses décoraient surtout les Antiphonaives , les Heures , les Missels , livres de messe ou de prières contenant, en dehors de l’office liturgique, l’Almanach et le Calendrier; les Evangiles et la Passion; les Heures de Marie, de la Croix, du Saint- Esprit; les sept Psaumes de la pénitence; les Vigiles des morts et les prières diverses. Le texte était égayé par les épisodes bibliques, encadrés de bordures remplies d’allégories, de chimères et de grotesques d’une piquante originalité. Les scènes les plus fréquentes sont la Naissance et la chute d'Eve , Bethsabée au bain , Suzanne et les
LITTÉRATURE ET ÉLOQUENCE RELIGIEUSES
deux vieillards , la Parabole de F Enfant prodigue, Samson et Dalila , Judith et Holopherne , Joseph et. Madame Pu tiphar (fîg. 74), le Massacre des Innocents , Hérodiade , etc.
Les Psaumes sont toujours illustrés de D avid contemplant Bethsa bée au bain , que la future mère de Salomon prend, sans voile, sous les fenêtres du palais : le premier épisode, a l’entrée en matière » de
leur galante et sanglante aventure. Souvent aussi l'ancêtre du Christ — jolies références, nos compliments ! — remet au jobard Urie un message, à l'adresse de Joab, commandant de l’armée qui assiège Rabba, et qui l’invite à placer à la tête de ses troupes le mari gêneur. Ces images immorales sont ordinairement accompagnées de quatrains explicatifs non moins légers ; en voici un échantillon :
Gomment David fut adulteyre,
Ung jour vit Betsabee au bain,
Qui manda quérir pour luy complaire Et en feist son plaisir mondain.
C’est surtout la Renaissance qui introduisit dans les Heures les sujets mythiques et profanes.
Feuilletons un certain nombre d ’ Heures, dont le texte canonique et les illustrations badines forment une étrange disparate. Frère Olivier Maillard ne nous apprend-t-il pas, par exemple, que les femmes portaient dans leurs livres d ’ Heures les noms de leurs amoureux, « écrits à la suite de quelque qualification galante comme vostre
mignon Rostre très tout ». Ecoutons Henry Estienne, à propos de la Madone de Tours :
Ceci, puis-je assurer, que j’ai des livres en parchemin, contenant : matines, vespres, complies et les autres pièces de tel service, esqueîs, en certains endroits, sont peintes de jeunes dames qui ont un maintien fort lascif.
D’après Grosley, un Missel de Londres, exécuté pour la chapelle de Henri Y, contient, parmi les grotesques de ses marges, humani corporis posteriora ; ce postérieur est em- Fig. 75. manché dans une tête et deux
jambes, que nous retrouverons sur certains chapiteaux de nos églises. « Cette bizarre composition est placée au bas de la première page du canon sur laquelle s’ouvroit le Missel, lorsqu’on le portoit à baiser, suivant la liturgie romane. » Sur une curieuse miniature du xve siècle (1), tirée d’un manuscrit ayant appartenu à Philippe de Commines, la Cité de Dieu , nous trouvons une scène d’accouchement (fig. 75), qui semble extraite d'un traité d’obstétrique. La parturiente est délivrée debout; elle s’accroche à un soutien fixé à une colonne; la sage-femme, placée derrière, reçoit le nouveau-né. Allez dire ensuite aux enfants de chœur ou de Marie qu’ils sont nés sous les choux ou que les enfants se font par l’oreille î Le livre d 'Heures du duc de Berry, dont le duc d’Aumale a enrichi
(1) Communiquée à la Chron. méd., par M. P. de Lisle du Dreneve, conservateur du Musée de Nantes.
LITTÉRATURE ET ÉLOQUENCE RELIGIEUSES
le Musée de Chantilly, comprend, dans ses trois volumes, nombre de miniatures intéressantes, telles le Paradis terrestre , Y Enfer, où le nu déborde.
Un Missel manuscrit du xve siècle, légué à Anne de France par Louis de Laval, seigneur de Châtillon, et devenu, depuis, le livre d’offices de Henri IV (1), entre autres enluminures profanes, contient une miniature (fig. 76), qui n’était pas déplacée entre les mains du Vert- Galant, mais devait faire loucher la pudique fille de Louis XI ; elle donne la mesure de la pudeur de nos aïeux et nous apprend comment les dames de la bonne société se chauffaient, au mois de février et au besoin « allumaient » leur voisin, légitime ou non. C’est ce qu’elles appelaient « faire chapelle.»
Le mari enveloppé dans sa robe fourrée, ne présente rien d’extraordinaire dans la manière dont il se chauffe, mais la dame s’abandonne à la liberté du tête à tête conjugal avec si peu de gêne, en recherchant ellemême la bénigne influence du foyer, que la position inverse et singulière de ses vêtements est loin d’inspirer des idées édifiantes ou, du moins, analogues à la destination d’un livre de prières (2).
Le Régent qui, surtout en galanterie, avait plus d’un point de ressemblance avec l’ami des « poules au pot» et des volages «Poupoules», eût pu prendre l’un de ces joyeux livres d 'Heures, au lieu du Rabelais qu’il emportait « afin de ne pas s’ennuyer», quand il lui arrivait d’aller à la messe, la nuit de Noël, par exemple.
(1) Cf. Ghampfleury, la Caricature au moyen âge ; J. Grand Carteret, loc. cit.
(2) E. H. Langlois, Essai sur la calligraphie des manuscrits du moyen âge, 1841.
Fig. 76.
Une miniature du Breviario, qui a appartenu au cardinal Dominique Grimani, décoré par Hans Memling et autres artistes de l’école flamande, illustre le mois de février du Calendrier (fig. 77) : un petit garçon urine dans la rue, par la porte à coulisse d’une maison, couverte de neige, où se chauffent ses parents autour de brindilles allumées sur le sol. « Elle est reproduite, mais expurgée, ditM. G. Tinel dans les Evangiles de Curmer ; on a abaissé un peu la robe de l’en-
Fig. 77. Fig. 78.
fant, pour ramener à des termes décents son action trop familière. » Une autre enluminure du même volume, conservé à la bibliothèque du palais ducal de Venise, reproduite par Lacroix, dans la Vie religieuse an moyen âge (page 366), montre des anges qui élèvent au céleste séjour les âmes des nouveaux élus, de l’un et l’autre sexe, bien que, pour l’art chrétien, l’âme soit asexuelle.
Les Missels vénitiens sont particulièrement curieux par la naïveté de certaines de leurs images; ainsi le Miss. ord. Cisterciensis. fol. 16 oct. 1503, de L.-A. Guinta, nous traduit au trait net l’épisode de la légende de saint Bernard, où l’abbé de Clairvaux raconte l’apparition de la Vierge et le jet de lait parti de son sein sur les lèvres de l’halluciné, « dont la parole eut, depuis ce miracle, une douceur exquise » (fig. 79).
LITTÉRATURE ET ELOQUENCE RELIGIEUSES
Dans un autre Missel [Rom. 80. 20 nov. 1501), du même éditeur (flg. 78), nous voyons Bethsabée au bain, de face, tandis que le roi David se rince les yeux de ses charmes du côté pile. Cette scène est des plus banales; mais un détail la distingue de ses similaires : un filet d’eau, fourni par un enfant, portant une urne sur sa tête inclinée et dans l’attitude du Manneken-Piss Bruxellois (1) , tombe dans le vasque circulaire où se baigne l’épouse d’Urie. Rappelons que les fontaines de cette sorte étaient alors nombreuses ; qu’il nous suffise de citer
celle du musée de Cluny (école flamande), le Cupidon de Florence (fig. 137 bis) et le petit Bacchus de Jean de Bologne (Douai).
Continuons notre fructueux inventaire, sous la conduite du bibliographe Jacques Brunet.
Heures , de Simon Vostre : Bethsabée, dévêtue, est plongée à micorps dans une fontaine: c’est un thème commun, quoique libertin; aux bordures, profusion de motifs mythologiques, amours, chimères, nymphes qui se jouent au milieu de rinceaux fleuris? Enfin les douze Sibylles, prophétesses païennes qui passent pour avoir prédit la Conception, la Nativité, l’Allaitement du Christ; cette dernière, la cinquième, la Cimmérienne , tient un biberon en forme de corne.
(1) Musée de Cluny, vitrail n° 1988; même détail avec Suzanne au bain.
LES SEINS A i/ ÉGLISE
Dans un des livres liturgiques du diocèse de Troyes, imprimés aux xve et xvie siècles, par A. Socard, on retrouve la figuration de la même Sibylle, dont parle Pison :
Sibylle Cyemeria
Aagée de xxvm ans, a dit
Que la Vierge allaictera
Son Enfant sans nul contredit.
Je voy la face
D'une fillette,
Belle et doucette,
Pleine de grâce.
Son filz embrasse
La pucelette,
Et sans espace Elle l’allaicte.
La mammelette,
En sa bouchette, Tient l’Enfant qui est Dieu et homme, Aucune gens Jésus Le nomme.
Les Humains
Dictes vous qu’elle donnera Qui en ce monde descendra
De son laict à son fils très cher Pour de péché nous despecher.
Heures de Simon Yostre (1508). Dans cette édition, nous voyons, non plus Bethsabée au naturel, mais la conséquence de son entrevue balnéaire ; David remet un message à Prie , ou comment un amant sans scrupule a l’impertinence d’envoyer en front de bataille un mari importun : exemple singulièrement édifiant à rappeler dans un recueil de prières.
Dans les bordures se déroule Fhistoire plus morale de Suzanne , en douze tableaux : *
Susanne par ces damoiselles Se fait despouiller toute nue.
Viennent ensuite quatre épisodes de la Parabole de l'Enfant prodigue, avec texte versifié explicatif :
Folles femmes le despouillèrent; Quand il eut despendu le sien, Tout desconforté le lessèrent, Puis le gabèrentet moquèrent :
De puterie onc ne vint bien.
C’est encore dans des Heures de Simon Yostre (1518), que nous trouverons une vignette singulière de X Immaculée conception : le ventre volumineux d’Anne porte la Vierge, qui tient Jésus sur ses genoux (fig. 80).
La vignette du frontispice des Heures de Gillet et Germain Har-
Quant il eut à son manyement Or et argent à toutes mains,
Il vesquit prodigalement,
Le sien despendit follement Avec ribaudes et putains.
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douyn (1500-1520), reproduit Déjanire enlevée par le centaure Nessns (fig. 83). Une telle scène des temps fabuleux, exposée dans un livre de piété, autorise toutes les autres fantaisies; aussi, à côté de l’inévitable complice de David, y rencontre-t-on Cupidon (fig. 84), décochant une flèche sur une jeune beauté, qui n’a pour tout vêtement qu'une étroiteceinture et ce n’est même pas une « ceinture de chasteté ».
Un motif analogue figure, en bordure, au-dessous du Couronnement de la Vierge , dans les Heures de Jehan de Brie (1521) ; la femme nue porte seulement des ailes au dos et aux talons.
Les Heures de Thieiman Kerver (1525), offrent aussi des compositions assez scabreuses. Un vigoureux satyre enlève une jeune beauté, qui lutte en vain pour résister à son étreinte; près d’elle une compagne, impuissante à venir au secours de son amie, s’y résigne facilement et continue à cueillir des pommes dans le verger voisin.
Fig. 81.
La Jeunesse et la Vieillesse figurent au milieu des arabesques sous les traits de deux femmes vêtues de leur chevelure; « l’inexpressible » “seul est voilé d’une légère draperie. La Vieillesse s’ap-
puie, de la main droite, sur un bâton et soutient, de la gauche, ses charmes défaillants.
Job , nu, sur son fumier, est à côté d’un démon, qui porte sur le ventre un masque humain, dont la barbe pointue joue le rôle de feuille de vigne, bien que le nez accentué prête à une équivoque grossière. Le même motif est reproduit sur une jouée de stalle (xvie siècle), au Musée de Cluny. Dans une autre 'gravure, dont la légende est ce
verset de Job (ch. X. v, 18) : Quare de vuloa eduxisti me? ce résigné biblique demande, comme beaucoup d’autres, pourquoi l’Eternel Ta tiré du néant. Le saint homme, dès sa naissance, se voit aux prises avec ses trois ennemis intimes : le Monde , le Démon et la Chair ; celle-ci est personnifiée par une femme aux puissants appas, tenant une fleur à la main.
Langlois, dans son Essai sur la calligraphie des manuscrits au moyen âge , décrit les licences iconographiques d’une Bible de la Bibliothèque Nationale, dont les enluminures furent longtemps attribuées à Jean de Bruges. A côté de « la circonstance la 'plus licen-
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cieuse de la vie du patriarche Loth », ce volume renferme, parmi beaucoup d’autres miniatures de la même force, « un sujet représentant les odieux écarts qui firent pleuvoir les feux du ciel sur les abominables habitants de la Pentapole. «
La coupable liberté de ces deux tableaux, dont aucun voile ne déguise le cynisme effronté, justifie peu, sans doute, les éloges si souvent rebattus que les prôneurs du bon vieux temps s’obstinent toujours à faire, aux dépens delà génération suivante, de la simplesse et de l’innocente naïveté de nos ancêtres.
Fig. 84.
Le même auteur cite également une peinture animant un des encadrements de l’office de la Purification de la Vierge : « deux amants échangent un tendre baiser, tandis que la main du berger s’égare sur le sein de l’énamourée, »
Pour mémoire, rappelons la pudicité de Louis IX, qui déchire de son psautier les figures d’Adam-Androgvne et d’Eve-Pandore. C’est le même sanctifié qui, au dire de Joinville, inflige à « un chevalier ayant été trouvé au bordeau » cette peine du talion, digne de Tibère :
La ribaude avec laquelle il avait été trouvé, le mèneroit parmi l’armée, en chemise, ayant une corde liée à ses génitoires, laquelle la ribaude tiendroit d’un bout; ou, s’il ne vouloit souffrir telle chose, qu’il perdroit son cheval et son harnois et qu’il seroit chassé et fort banni du service du roi.
A cette flétrissure, essentiellement pénale , le chevalier préféra quitter l’armée.
Les Couvertures en ivoire des livres de prières sont souvent histo-
les seins a l’église
riées de sujets qui n’ont rien de commun avec la piété. A Sens, d’après Didron, sur la couverture de Y « Office de l’âne » ou mieux de la Circoncision, on voit la Lune, personnifiée par une jeune femme, Diane sans doute, sur un char antique, traîné par des bœufs, et le Soleil, en Apollon, sur un autre char, tiré par un centaure et une centauresse mammée.
L 'Art en tableaux , édité par E. Seemann, donne le dessin de deux motifs allégoriques (fig. 81, 82), des garnitures de Missels , de 1550, reliés par Hans Kellner (de Nuremberg) et qui sont suffisamment décolletés.
Dans une Imitation de Jésus-Christ , mise en vers par Pierre Corneille et éditée, à Paris, en 1673, chez Guillaume de Luynes, avec approbation des docteurs et privilège du roy, Alfred Le Petit a relevé le dessin de saint Jacques, ermite « qui passe sa vie en pénitence auprès d’une fille qu’il a violée et tuée. » Il ne possédait pas les vertus chrétiennes de saint Adhelme ni du bienheureux Robert Arbrissel (Ille-et-Vilaine), qui, eux, couchaient à côté des plus jolies filles de leur temps, par esprit de mortification, pour exciter l’aiguillon de la chair et avoir le mérite d’en triompher. « Chaque nuit, raconte Marbode, évêque de Rennes, le bienheureux Robert couchait avec quatre religieuses et triomphait chaque fois de la tentation de la chair. »
VIL Libres prêcheurs. — Les sermons des prédicateurs du moyen âge et du xvie siècle, étaient prononcés en français pour les laïques, et en latin pour les clercs; il s’y glissait des familiarités triviales et parfois cyniques, des crudités de langage qui rappellent les joyeuses satires des trouvères, des Rutebœuf, des Adam de la Halle et de l’ancien élève des Bénédiclins de l’abbaye de Seuilly, Rabelais. L’élément graveleux des sculpteurs des cathédrales se reflétait dans les thèmes élucubrés par des sermonnaires burlesques, débordant de franchise licencieuse ; tels les Jean Raulin, Jean Cleru, Robert Messier, Michel Barletta (1), Gravieli, Fradin, G. Pépin, Valadier, Jacques de Vitry, Gui d’Etampes, Corenus, Elinan, Geyler, etc., et à leur tête les hardis coryphées Michel Menot et Olivier Maillard (2). Ces
(1) Nescit prædicare quinescil barletisare, disait-on au xvc siècle, en Ilalie. Dans un de ses sermons, Barletta se demande comment la Samaritaine reconnut que Jésus était juif : «Je réponds, dit-il, quelle a pu le reconnaître de trois manières, à son habit, à son langage nazaréen et à sa circoncision. »
(2) V. Henri Estienne, Apologie pour Hérodote, ch. xv, xxix et xxxi; P. Grandeau. Les prêcheurs burlesques en Espagne , au XVIIIe siècle, élude sur le Père Isla.
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orateurs de la chaire, « pas bégueules, forts en gueule », comme l’était Madame Angot, lançaient des bouffonneries et des gaudrioles de carrefour, en langage approprié à l’ignorance et au dévergondage de la société des siècles de foi, qu’on nous a dépeints sous des couleurs angéliques, alors qu’au pied des autels, durant toute la semaine pascale, les fidèles se donnaient « le baiser de paix et de charité » et que les églises servaient de lieux de rendez-vous et de marchés d’affaires et de chair féminine : matres quoque filias et paellas , lanquam meretriculas , coram ocalis provocatorum offerunt.
C’est sans doute sur une ronde de l’époque, que le Frère Franciscain Olivier Maillard, prédicateur de Louis XI, entonnait devant ses ouailles les Dix commandements de la loy, dont voici deux couplets :
Ce moine piailleur et paillard, à l'occasion, ne reculait pas, à l’exemple du Sauveur, devant le calembour; dans un sermon prêché à Tours, il en risque un d’un goût douteux :
Je vous dirai, Mesdames, que dans ce temps de Carême, où nous voilons les Saints — abscondimus sanctos — je m’étonne que vous ne cachiez pas aussi les vôtres, — vestros sinus.
La cohabitation conjugale était du reste interdite durant le carême et les jours de jeûne.
Une autre fois, sous forme de parabole, il raconte l’anecdote suivante: une coquette, se voyant suivie d’un horrible démon, s’aspergea d’eau bénite; le suppôt de Belzebuth, s’éloigne un instant, mais revient à la charge. Elle rencontre un ermite et le prie de la débarrasser de ce satanique importun : « S’il vous suit encore, répond le tonsusé, criez-lui ; « Prends en moi ce qui est à toi et laisse-moi tranquille ! » La dame ayant ainsi parlé au diable cornu, celui-ci la dépouilla incontinent de sa chevelure, de la peau du visage et de toutes ses parures, puis le malicieux Franciscain ajoute :
En vérité, si les femmes de notre temps voyoient derrière elles un tel suivant, je crois qu’elles auroient grand peur. Mais elles n’oseroient pas lui dire ce que dit cette dame : elles craindroient d’y perdre autre chose que leur peau et leur robe.
Le Siziesme.
Le Neufuiesme.
Garde toi de faire luxure En quelque guise que ce soit, Car qui fait l’euvre de nature Hors mariage, se déçoit.
Garde toy bien de désirer La femme d’autruy ne sa fille ; Beaulté de corps considérer Fait souvent l’âme orde et ville.
Un dernier propos, encore plus grivois, du même prédicateur, donne la mesure du dévergondage des épiscopes du xve siècle :
0 madame ! vous qui faites le plaisir de monsieur l’évêque ! si vous demandez comment cet enfant de dix ans a eu un bénéfice, on vous répondra que madame sa mère avoit des charmes très appréciés de monsieur l’évêque.
Le népotisme, comme la simonie, était un vice répandu dans l’épiscopat et servait de point de mire aux critiques des prédicateurs. Jacques de Vitry s’élève avec véhémence contre ceux qui abandonnent le soin des âmes à « des enfants » :
J‘en connois, dit-il, un de ces jeunes intrus, que son oncle avoit installé au chœur dans la stalle de J’archidiacre, et qui la souilloit encore, comme naguère le giron de sa nourrice.
Dans un grossier sermon sur Madeleine, que le Père Pierre de Saint- Louis a paraphrasé en vers burlesques, le Cordelier Michel Menot raconte que la pécheresse se présente nue et échevelée chez Simon, le pharisien ; « Ilia quasi nuda , non habens non son corset et sa cotte galli » ; il lui fait répondre, dans un sanglot, aux douces exhortations du Christ : « O nunquam ero paillarde, jamays je n'y retourneré ».
Le folichon Cordelier,
Passant du sage au doux, du plaisant au sévère,
traite de « bragard » l’Enfant prodigue, dépouillé par des enjôleuses entôleuses :
... De monsieur le bragard chascun emportoit sa pièce ; ita quod in brevi tempore mon gallant fut mis en cuilleur de pommes, habillé comme ung brulleur de maisons, nud comme ung vers...
Enfin, il compare la gourgandine décolletée, au colimaçon qui met à nu la partie antérieure de son corps, pour atteindre sa proie (1).
Nos courtisanes et gaudisseresses, apertas usque ad zonam, ressemblent au colimaçon qui sort de sa coquille pour grimper à la vigne : il montre son corps jusqu’au milieu, et sic illæ sont démembrées usque ad zonam , jusqu’à la ceinture. Que leur reste-t-il à montrer? Le limas, il se descouvre
(1) Cf. Au temps des libres-précheurs, Antony Meray ; la Chaire française au moyen âge, A. Lecoy de la Marche.
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ad ostendendum son collet... Ecce nihil tegitur in multis nisi immunditia; ecce tu lâches l’arbalestre et le trait vient frapper un passant.
Rappelons quelques-unes des boutades les plus topiques que lançaient du haut de la chaire, surtout dans leurs sermons ad status , les libres-prêcheurs, quun pieux auteur appelle « les rossignols de Dieu » et qui se trail aient eux-mêmes d’ « aboyeurs ». Jusqu’à François de Malherbe, le principal réformateur de notre langue, leur éloquence sacrée n’était trop souvent qu’une sacrée éloquence.
L’un d’eux au xme siècle, consacrant son prône aux fraudes des commerçants, s’adresse aux laitières :
Toi, marchande de lait, maudite vieille, tu frelates tes marchandises : si tu veux vendre ta vache, tu cesses de la traire plusieurs jours d’avance.
Au xve siècle, Vincent Ferrier, dans un de ses sermons que nous qualifierons aujourd’hui de fin de siècle, raconte, avec quel luxe de détails réalistes, la conception de Marie, non sous la Porte dorée , mais au domicile de ses parents ; il en tire des enseignements matrimoniaux inattendus sur le devoir pour les épouses d’accomplir, sans rechigner, l’œuvre de chair, d’éprouver « la tribulation de la chair», disait saint Paul.
Zacharie, revenant de la prière, entra dans sa maison, sans pouvoir parler à sa femme ni lui demander verbalement le devoir du mariage, ce qu’il ne put faire que par signe; de quoi Elisabeth, fort étonnée, dit : « Hé mon Dieu ! qu’avez-vous donc ? Que vous est-il arrivé ? » Son mari la prit dans ses bras* Jugez de l’étonnement de la vieille Elisabeth. Finalement, voyant que c’était tout de bon, elle en passa par là.
Remarquez, mes frères, que, dès que mari et femme sont conjoints en mariage, l’un ne doit pas refuser ce que l’autre demande, quelque vieux qu’on puisse être, ou sous prétexte de dévotion, qui ne serviroit qu’à sa damnation. C’est pour cela que l’Apôtre dit : Que l'homme rende le devoir à sa femme et la femme à son mari. Il y a pourtant des femmes qui cherchent toute sorte d’excuses quand il s’agit de rendre le devoir, et c’est toujours sous le prétexte de la dévotion. Si c’est un dimanche : « Sainte mère de Dieu ! s’écrient-elles, vous voudriez faire cela un jour que Jésus-Christ est ressuscité? » Si c’est un lundi : Ho! disent-elles, il faut aujourd’hui prier pour les morts ! » Le mardi, c’est la fête des Saints-Anges; le mercredi, notre Seigneur a été vendu; le jeudi, il est monté au ciel; le vendredi, il a souffert pour nous; le samedi, c’est l’office de la Vierge. Or, quand un mari voit cela, il appelle la servante, à qui il dit : « Ce soir vous viendrez coucher avec moi ». A quoi la fille répond : « Monsieur, volontiers ». Quand la femme voit cela, elle veut elle-même se mettre au lit, mais le mari répond : « Priez pour nous, pauvres pécheurs». Et après cela il prend un
tel dégoût pour sa femme, qu’il ne veut plus caresser que sa servante. Il pèche mortellement, il est vrai, et il se damne, mais par la faute de qui ? De son épouse. C’est donc pour cela que sainte Elisabeth, quoique dévote, quoique vieille, obéit à son mari et conçut de lui. Au bout de trois mois, elle vit avec étonnement que son ventre enfloit. a Eh ! mon Dieu ! malheureuse que je suis ! s’écria-t-elle, est-ce que je serois devenue hydropique ! » Finalement elle s’aperçut qu’elle était grosse. Elle en fut toute honteuse, si bien qu’au rapport de saint Luc, elle se cacha pendant cinq mois. Je pense bien qu’elle aura fait élargir ses jupons et ses casaquins, pour cacher sa grossesse, de peur que les voisins ne vinssent à dire : « Voyez donc cette dévote-là ! elle ne laisse pos que de s’amuser tout aussi bien qu’une autre ».
On ne devait pas « s’embêter » à ces facétieux et sacrés monologues : ils étaient certes aussi relevés que les profanes dialogues scéniques modernes, pour lesquels la sainte phalange de nos austères critiques dramatiques réclament, à tort et à cris, le rétablissement de la censure.
La reine de Navarre rapporte les grossiers propos d’un Gordelier de Tours, prêchant les Avents et le Carême, au xvT siècle :
« Je suis en admiration, messieurs et mesdames de Saint-Martin, que vous vous scandalisez pour une chose qui est moins que rien, et que vous fassiez des contes de moi, disant : « Qui eut cuidé que le père eut engroissé la fille de son hôtesse? H y a vraiment bien de quoi s’étonner. LTn moine a engroissé une fille ? Belle merveille! Mais vous, ça, belles dames, n’auriez-vous pas lieu d’être autrement stupéfaites, si la fille avait engroissé le moine? »
Gilles de Liège explique, sans ambages, que le diable, dans ses tentations, procède graduellement, par mouvement tournant, selon la tactique allemande, et ne dit pas ex abrupto à l’homme qu’il vise : Vade ad bordellum !
Le luxe, la toilette, la malice des « folles femmes » était un thème favori et inépuisable des « bateleurs de la chaire Pierre de Limoges reproche aux femmes de se servir du fascia pectoralis , pour dissimuler leur grossesse. Gilles d’Orléans trace le portrait d’une des femmes « parées » de la seconde moitié du xme siècle, qui sont « l’instrument du diable » :
Regardez sa taille; elle serre ses entrailles avec une ceinture de soie, d’or et d’argent, telle que Jésus-Christ ni sa bienheureuse mère, qui étoient pourtant de sang royal, n’en ont jamais porté.
« C’est à Paris, ajoute le même prédicateur, qu’on voit des femmes
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courir par la ville, toutes décolletées, foutes espoitrinées ; quelle guerre celles-là font à Dieu ! » A son tour, Guillaume de Montreuil, s’écrie : « Jadis, l’épouse était fidèle à son époux et paisible auprès de lui, comme une brebis; aujourd’hui, ce sont des lionnes; volunt port are brachas ! » Elles veulent porter la culotte ! Nil nom sub sole , disait déjà Salomon, mille ans avant Jésus-Christ.
A propos de l’Annonciation, d’après Lecoy de la Marche, le frère Daniel insinue sur les jeunes Parisiennes de son temps :
Nos vierges d’aujourd’hui n’éprouvent pas un si grand trouble quand un jeune garçon leur insinue dans l’oreille tout autre chose qu’un Ave Maria.
Nos jeunes gens insinuent bien autre chose aux jeunes oiselles, à en juger par le nombre toujours croissant de mères éplorées qui nous consultent pour un embonpoint global et progressif de leur fille mal gardée. Mais nous n’en avons pas fini avec les critiques de la coquetterie féminine. Un Cordelier prêche contre la Vertugale et dit que si les dames ont quitté la vertu, elles ont gardée la gale. Le Père Lejeune tourne en ridicule le nœud de ruban, appelé Y assassin, qui se portait sur le sein.
Pas plus que le petit Père André, sous la Régence, le P. Maimbourg, au siècle précédent ne se gênait pour émailler ses sermons de gaillardises. « Est-il étonnant, répliquait Molière à un critique, que je mette des sermons [Tartufe) sur le théâtre, puisque le P. Maimbourg fait des comédies dans la chaire? »
Le décolletage était souvent incriminé en chaire, même par des orateurs de valeur. Ainsi le P. Claude de Lingendes, « le précurseur de Bourdaloue », interpelle, avec quelle vivacité et quelle verve, les femmes qui assistent aux offices en robes décolletées :
Pourquoi viennent-elles dans ce saint lieu parées et ajustées de manière à tourner sur elles tous les regards; sein dévoilé, épaules nues, bras découverts, tout l’équipage de la luxure, le visage coloré de fard, les cheveux frisés et poudrés ? De tous côtés les regards se portent sur elles ; quoi d’étonnant, si partout où elles se présentent, elles blessent, elles lancent des traits qui pénètrent?... Ici même, par sa divine chair, le grand Sauveur nourrit les âmes pour l’immortalité, inspire l’amour de la chasteté, éteint les ardeurs de la concupiscence; et vous, le dirai-je ? avec la vôtre, vous fascinez les yeux, vous troublez les âmes, vous excitez les sens, vous attisez l’ardeur des passions. Quelle est, grand Dieu, cette impiété? Osez-vous bien opposer votre corps au corps de Jésus-Christ, votre chair à la sienne, votre amour impudique à sa charité, vos leux aux siens, et, tandis qu’il
travaille à sauver les âmes, prendre à tâche de les faire périr... ! Ici même en face de cette chaire, vous dressez une école de libertinage, et vous faites plus de mal par votre présence que l’Apôtre ne fait de bien par ses leçons.
Et Massillon, lui-même, qui traite les sermonnaires médiévaux «de bouffons de théâtre, mêlant à la parole sainte des plaisanteries qu’on n’aurait pas dû entendre », est-il bien sûr de ne rien leur emprunter dans cette invective :
Pécheurs mondains, êtes-vous dans l’état où vous voudriez mourir? Vous, femmes, qui étalez vos belles poitrines, votre col et votre gorge, voudriez-vous mourir dans l’état où vous êtes?
D’après Sablier (1), le Père Ghatenier, Dominicain, prêchant, à Paris, au début duxvin6 siècle, rappelait le mauvais ton et les parades des jocrisses de la chaire des siècles précédents. Dans ses sermons sur les funestes suites de la paresse il raconte, en style dépourvu d’artifices, l’intrigue malpropre de David et de Bethsabée :
David étoit un paresseux qui ne se levoit qu’à midi. Dieu le punit ; il alla sur la terrasse à peine éveillé ; de là, il vit une grosse vilaine qui n’étoit point couverte; c’étoit Bethsabée qui se baignoit. Il alla à elle et fit le péché...
Mgr Cammus, évêque de Belley, émettait aussi, dans ses sermons, des idées singulières; à la Charité, il risque cette vérité de M. de La Palisse :
Un seul homme peut faire plusieurs péchés : blasphémer, mentir, porter faux témoignage contre son prochain, dérober, assassiner, etc., mais le péché de la chair est si grand qu’il faut être deux pour le commettre !
En 1867, à Notre-Dame, le Père Félix, exposant ses idées sur le nu, admettait :
La nudité chaste, la nudité pudique, où le rayonnement de l’esprit fait oublier la chair, et non la nudité libertine, honteuse, provocante, audacieuse des scènes de volupté, des débauches de sensualité.
Mais sait-on où finit la nudité pudique et où commence la nudité libertine ? Limite bien difficile à déterminer et qui varie avec les époques, les latitudes et chez le même peuple.
L’Amérique, le pays des excentricités, a, encore de nos jours, des
(1) Variétés sér. et amus.
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libres prêcheurs. H. Rochefort, revenant de Nouméa en Europe, passa à Salt-Lake-City, où il entendit dans un prêche une sortie violente de Brigham Young, le Moïse des Mormons, le fondateur de la nouvelle religion phalanstérienne, contre les tournures , diminutifs des vertugadins honnis jadis par l’Eglise; les femmes s’étaient cru permis de s’annexer ces postérieurs postiches, à l’exemple de nos parisiennes, pour ajouter un peu de « ballon » à leurs grâces physiques.
Depuis quelque temps, s’était-il écrié en plein tabernacle, je remarque -en bas de vos tailles des grosseurs insolites. Que signifient ces modes ridicules? Sortez toutes et revenez ici quand vous aurez déposé chez vous cet attirail mondain. Ce n’est pas sur les reins, entendez-vous, c’est sur le ventre que vous devez avoir des bosses.
VIII. Ecrits contre le décolletage. — De tout temps, des voix autorisées du clergé ont lancé l’anathème et crié le Delenda est contre le décolletage (1), mais vainement; à ces pieuses et inutiles objurgations ajoutons d’autres cris d’alarme, qui sont restés et resterontsans écho : la logique et la décence devant toujours capituler devant la mode et la coquetterie, in secula seculorum .
Le Discours sur la nudité des mamelles des femmes , par un « Révérend Père Capucin », déjà cité (1), rappelle que Jérémie, dans le quatrième chapitre de ses Lamentations , nous donne à entendre que la nudité des mamelles n’appartient qu’aux furies infernales, aux sorcières, aux bêtes brutes. D’après le même opuscule, Ezéchiel, dans son chapitre xvie, rapporte le commandement que Dieu lui fit, de remontrer à Jérusalem ses abominations ; à savoir : « qu’étant déjà grandelette, en puberté, avec les seins enflés, elle était néanmoins découverte, ornée et pleine de confusion, cause pour laquelle il aurait étendu son manteau, pour en couvrir sa confusion et son ignominie ». Le même prophète compare le sein découvert d’une femme, à un lit, « où l’impureté repose et devient féconde, en corrompant celle qui le découvre et celui qui le regarde ». Nous retrouvons, sous forme d’aphorisme, cette comparaison hébraïque, dans la Rôtisserie de la Reine Pédauque, de notre fin ironiste Anatole France : « Une femme sans poitrine, c’est un lit sans oreillers » ; les oreillers du démon, clame le pudique Révérend Père, dans le Discours ci-dessus.
Saint Jérome conseille à la femme qui marche en public, de ne
(1) Aneccl. hist. p. 140.
découvrir ni son col ni son sein et de se voiler la face ; à peine doitelle risquer un œil pour lui servir de guide. Saint Lin aussi, qui passe pour le deuxième pape, interdisait aux femmes de se trouver aux assemblées sans un voile — de lin — sans doute. De même le Koran (xxiv -31) commande aux croyantes de couvrir leurs seins d’un voile; mais en Orient, elles cachent avec plus de soin leur visage que leurs seins, surtout celles qui allaitent.
Au début du ve siècle, saint Paulin de Noie anathémise les femmes qui portent des mamilla ou bandes mammaires, les corsets primitifs, et prédit que Dieu, pour punir les provocations de la coquetterie, changera ces bandes compressives en haires et cilices.
Le Père Louisde Bouvignes, Capucin prédicateur, dansson Miroir delà vanité des femmes mondaines (xNamur, 1675, in-12), s’élève aussi contre les soins et artifices de la toilette féminine :
Voici donc une jeune enjouée, toute farcie de vanité, qui emploie régulièrement deux ou trois heures d’horloge, chaque jour, pour affiler les traits de sa beauté... pour se faire grosse d’un côté et même de l’autre et pour paraître d’un beau corsage.
Enfin, Richard Baxter, un ministre protestant, fit la préface d’un livre, A just and seasonable reprehension of naked breast and shoulders , qui est un violent réquisitoire contre les poitrines nues.
IX. Poésies libertines d'ecclésiastiques. — Il suffit de rappeler les mœurs légères des abbés commendataires (1). Abbés de ruelle, de salon, de cour, petits maîtres, pour la plupart tonsurés laïques, qui n’avaient de grave que le pas — le pas d'abbé — et vivaient plutôt dans le désordre que dans les ordres, pour comprendre les écarts littéraires que plusieurs d’entre eux ont commis, souvent avec licence, toujours avec récidive êt parfois non sans succès, comme l’abbé de Voisenon, le type du genre, l’amant en titre de Mme Favart, le « cher ami Greluchon » de Voltaire, l'un des esprits les plus brillants du xvnie siècle. L’Académie lui ouvrit ses portes malgré ses Contes , « où l’ordure est mise en calembours », selon l’expression sévère du délicat Laharpe.
(1) Galants « alcovistes », qui
Arrondissent leur sainteté Au fond d’un riche bénéfice,
Et, sans entendre leur office,
Gagnent gaîment l’éternité.
LITTÉRATURE ET É L 0 Q Ü E N C E RELIGIEUSES
L’ancien vicaire général était le « poète des grâces » ; pourtant, lorsqu’à l’occasion du mariage du Dauphin, la ville donna sept bals gratis, il les décrivit dans un style digne des halles, en constatant que si Vadé « n’a pas eu l’honneur d’inventer le genre, il l’a enterré avec lui». Pour la circonstance, ce langage a été exhumé par le galant auteur du Discours sur la nécessité d'aimer , qu’il adresse à la sage Daphné :
Je suis heureux, j’aime et n’aime que toi...
Il est aussi l’auteur du madrigal, en l’honneur de Mlle Elie, « qui le voulait faire son chapelain » :
C’est dans tes yeux qu’on lira son Rosaire... etc.
Il imagine une aventure à chaque Bal de bois ; la première arrive à la porte Saint-Antoine. Quelques extraits nous donneront la note ultra- égrillarde des autres récits. Les principaux personnages sont les époux L’Engelé :
« Notre ami Guillaume L’Engelé qui, comme on sait, a une renommée et qui pete plus haut que le c..., rapport qu’il rote souvent... ». Mme L’Engelé, qui eut beaucoup d’enfants « par le canal de ses amis », fait, en dansant, une chute sur le ventre, et «sauf votre respect,, écrit le frivole académicien, ses cotillons se levèrent de façon qu’on vit son derrière, sur lequel elle avait oublié de mettre un masque ». Zola n’a rien inventé.
L’abbé Amfrye de Chaulieu, prieur de Saint-Georges, poète épicurien « de la bonne compagnie » (i), surnommé « l’Anacréon du Temple », dont le grand prieur, le duc de Vendôme, était le Mécène, n’eut pas l’honneur de faire partie des Quarante: Louis XIV, qui n’aimait pas les abbés libertins — à quatre-vingts ans, le pieux Céladon eut une passion, qu’il satisfit, paraît-il, pour M1Ie de Launay — lui ferma les portes de l’Académie. Sainte-Beuve signale dans ses vers des « énormités ». Au même cercle catholique et vicieux, brillait Laurent Bordelon, docteur en théologie, qui appelait ses œuvres ses péchés mortels.
J’ai vu toutes mes foiblesses El connu qu’entre les bras Des plus fidèles maîtresses Je ne les possédois pas,
(1) Ecoutez cet aveu :
Trop longue serait la liste des abbés qui ont associé ou sacrifié leur caractère sacré aux muses du Parnasse ou aux propos grivois, et ont alimenté la chronique scandaleuse de l’époque (1), en partant du bon curé de Meudon, pour passer par le peu scrupuleux abbé de Brantôme et aboutir à la cohue des auteurs dramatiques, en rabat, du siècle de la galanterie. Nous nous contenterons d’éplucher les vers... libres, le dévergondage poétique de deux d’entre eux — a duobns disce omnes — « l’affreux » abbé Gotin, abbé de Monlfroncel, aumônier du roi, chanoine de Baveux, membre de l’Académie, etc., et François Maucroix, chanoine de Reims (1618-1708) (2), qui, bien que dans les ordres, se conduisaient en abbés au petitcollet.
Charles Cotin, plat poète et plat prédicateur, aussi mauvais prêtre que mauvais rimailleur, fut livré à la risée publique dans les Femmes savantes , sous le personnage de Trisotin — trois fois sot — que Molière avait d’abord appelé Tricotin; c’est aussi le grotesque Beaugénie du Mercure galant , de Boursault. On se souvient qu’à la fin de la pièce, l’auteur fait improviser in petto une énigme sur le Pet, à celui qui s’était décerné le litre de « Père de l’énigme française » :
Je suis un invisible corps,
Qui de bas lieu tire mon être, Et je n’ose faire connoître Ni qui je suis, ni d’où je sors.
Quand on m’ôte la liberté,
Pour m’échapper j’use d’adresse Et deviens femelle traîtresse,
De mâle que j’aurois été.
En réalité, Boursault a condensé, en deux quatrains, une pièce qui, primitivement, en comportait huit (Enigme XVI) ; par la suite, plusieurs variantes portèrent le nombre de l’une à sept (En. L1X), de l’autre à quatre (En. LXXXI1), toutes de style lourd et émaillé de fautes de français.
(1) Par exemple l'abbé-papillon et épicurien Jacques Testut, membre de l'Académie, à qui Mme de Coulanges écrivait : « J’ai trouvé votre femelle » ; c’était Müe de Creman, fille d’honneur de la reine. Un autre abbé libertin, victime d’un violent coup de pied de Vénus, recueillit cette épitaphe anticipée :
Ici gît l’abbé Duportail
Qui mourut d'un coup d’éventail.
(2) L’ami de La Fontaine fut le digne successeur du satirique Guillaume Coquillart. chanoine de la même localité, qui eut à médire et se gaussa des champenoises du temps de Louis XI :
Mesdames sans aucun vacarme Vont en voyage bien malin,
En la chambre de quelque carme,
Pour apprendre à parler latin.
LITTERATURE ET ELOQUENCE RELIGIEUSES
Le barde des W.-C., dont la vanité n’avait d’égal que l’absence de sens moral, dédia ses Œuvres mêlées — oh combien ! — à son altesse royale Mademoiselle, bien qu’il s’y trouve des pièces de ce goût : le Jeu de trou-madame , le Sein d'une dame , le Pucelage , etc., toutes œuvres suffisamment scandaleuses pour un abbé qui prêcha, durant seize ans, devant la cour et la ville.
Oyez quelques-uns de ses bouquets à Iris — - c’est-à-dire Mademoiselle — ■ dont « la pensée l’empêche de dormir », et qu’il appelle des Épigrammes ; nous ne tirons du recueil que les passages relatifs aux seins :
Cruauté
Vous me défendez d’approcher De votre bouche sans pareille ;
Votre gorge est une merveille Qu’on ne peut ni voir ni toucher...
Ce désir l’obsède ; il y revient dans une autre Épigramme :
Je promets tous les jours de ne jamais toucher # Les neiges du beau sein dont l’ardeur me consume,
Mais je ne saurois m’empêcher De suivre une si douce et si belle coutume...
A nouveau, le récidiviste insiste, il veut voir et toucher ce qu’Iris cache avec tant de soin, des seins moins plats, certes, que ses vers antithétiques :
Vous cachez vostre sein, mais vous monstrez vos yeux,
Que de tout vaincre ont le beau privilège,
N’est-ce pas me sauver du milieu de la neige,
Pour m’exposer au feu des cieux.
Autre Epigramme , à intention grivoise, mais même platitude :
Le Sein d’Jsabeau Baisant mon sein, dit Isabeau,
Tu fais qu’il en paroist moins beau :
Il rougit sitost qu’on le touche.
Ce n’est pas comme il faut agir,
Colin, baise plustost ma bouche Car elle ne peut trop rougir.
Il se répète dans cette Historiette sous le titre :
Reproche galand
Comme Alcidon baisoit la gorge de Philis,
Ah, dit-elle, pourquoy changer ainsi les choses ?
Ma gorge fut toujours de la couleur des lys Mais elle est maintenant de la couleur des roses.
Ah, quittez ce fâcheux dessein,
Et si vostre amour est fidelle
Faites rougir ma bouche à la place du sein
Elle n’en sera que plus belle.
Passons aux Enigmes , sa spécialité favorite. « Sonnet, c’est un sonnet » :
Le Sein d’une dame
Quelques traits dont se vante un visage charmant,
Sans moy l’on trouve à dire aux beautés d’une dame,
Quand je me monstre un peu, je consume un amant,
Et si je parois trop Eauthorité me blasme.
Lorsqu’un doigt amoureux me presse doucement,
Je sens un prompt désir qui se glisse en mon âme,
Et nouveau Montgibel j’exalle en un moment A travers de la neige un esprit tout de flame.
Il me faut quelquefois pour éviter du mal,
Pans un petit palais, entouré de corail,
Exprimer mon fardeau par un bouton de rose.
Au moindre coup je souffre une extrême douleur,
Et je suis bien souvent trop remply d’une chose De qui je ne voudrois porter que la couleur.
Nous avons donné Y Énigme I, des Tétons (1):
Tandis que deux voisins sans se joindre vesquirent...
nous n’y reviendrons pas. Finissons-en avec cette vermine de vers plats, peu propres à chanter des rotondités charnelles aussi savoureuses : le Lacet , du corset, a le mérite d’être court :
Ainsi qu’un long serpent, je traîne Mon corps à replis tortueux Et suis si peu respectueux Que j'enlacerois une reyne.
Le jour, je me tiens dans mes trous Et la nuit je les quitte tous.
Avec le corset contemporain, le lacet ne quitte plus ses trous ni le jour ni la nuit.
(1) Curiosités litt. sur les seins, p. 191, 338, 340.
LITTÉRATURE ET ÉLOQUENCE RELIGIEUSES
Telles sont quelques-unes des incongruités d’un célèbre prédicateur du xviT siècle, remplacé avantageusement, pour la morale chrétienne, par les Bossuet et les Bourdaloue ; mais tout de même on ne devait pas s’ennuyer à ses prônes.
Le badinage du chanoine François Maucroix est plus vif d’allure et d’un épicurisme plus pimenté. Dans une Épitre à Rosaliane , il s’adresse à Mme des Réaux, qui, quoique grosse, « sautoit etdansoit toujours » :
On m’écrit que dans quelques jours Vous devez mettre en évidence Un nouvel habitant de France,
Et que cet enfant fortuné Danse même avant qu’il soit né,
Et fait gambades à douzaines ;
Marques, sans doute, très certaines Qu’il sera danseur fort dispos,
Et fera la nique aux Chabots :
Tout cela, supposé qu’il vive,
Et qu’à bon port sa nef arrive :
Ce qu’on croit difficilement,
Car vous le bercez diablement,
Et jamais, dit-on, femme pleine Ne fit tant que vous de fredaine.
Après la couche, la « fausse couche»: le chanoine termine le récit d’un songe lubrique, à son Iris, par un détail intime qui plaide en faveur de sa continence, sinon de sa concupiscence :
...En proie à mes plaisirs Et ma bouche et mes mains vont avec insolence Partout où veulent mes désirs...
J’ai pâmé sur ton sein de lis,
Pour qui l’amour même soupire ;
Divine Iris, j’ai bien fait pis,
Mais je n’oserois te le dire.
Après cet aveu physiologique et pornographique, ce madrigal, à la comtesse de Beaujeu, déguisée en égyptienne, paraîtra bien fade :
Ta gorge fait honte à la neige,
Les lys auprès de toi perdent leur privilège,
Et ton teint efface le leur ;
Belle Beaujeu, quelle erreur est la tienne,
De croire avec tant de blancheur Passer pour une Egyptienne ?
les seins a l’église
Cette épigramme sur un mari corniculé a plus de sel, moins attique que gaulois :
Ta femme en tient pour ses neuf mois ; '
Tu n’as pas raison toutefois De te faire honneur de sa bosse :
Car chacun sait bien, dieu merci,
Lorsque ta femme devint grosse.
Que Licidas étoit ici.
Le madrigal à Papette se permet toutes les licences, même contre Forthographe :
Jeune beauté toute parfaite,
Chacun dit, voiant vos appas :
Bien heureux, charmante Papette,
Celui que vous ferez papas.
A ces vers mi-sel, mi-sots, nous préférons cette fine épigramme, si souvent reproduite dans les anthologies satiriques :
La belle qui cause nos pleurs Est morte des pales couleurs,
Au plus bel âge de sa vie.
Pauvre fille ! que je te plains De mourir d’une maladie Dont il est tant de médecins !
Dans une Elégie , Pour Diane , il exprime à Philis sa jalousie à Fégard de son fiancé :
Donc un heureux époux vous tiendra dans sa couche.
Sans cesse, il pâmera sur cette belle bouche,
Et sa main téméraire et son indigne main,
Osera profaner les lys de votre sein.
Les « fureurs » de cet homme d’église ne sont qu’un écho affaibli de celles d’Oreste. Il avait pour confident et peut-être pour compagnon de « bombe » le chanoine Favart, qui recueillit ses productions anacréontiques et folâtres. Il nous semble que ces bons chanoines devaient avoir bien des distractions en lisant leur bréviaire, et nous ne serions pas autrement surpris que les Litanies des catholiques du xviii® siècle , où nous trouvons la chanson suivante, fussent d’un ecclésiastique séculier ou régulier, en rupture de banc d’œuvre :
LITTÉRATURE ET ÉLOQUENCE RELIGIEUSES
La Sainte Croix Air : Que ne suis-je la fougère.
Présumant trop de ma lyre J’avais promis à Lison,
Dans un accès de délire.
Sur la croix une chanson.
Parmi les vers de commande, Si Lison veut m’en passer Quelques-uns de contrebande, Je suis prêt à commencer.
Ce que le monde révère Comme signe du chrétien,
Sur le sein de ma bergère De moi n’a fait qu’un païen.
Se peut-il donc que je chante, Sans offenser l’Eternel,
Une croix qui ne m’enchante Qu’à cause de son autel?
Sur une gorge d’albâtre J’aime à contempler la croix ; Et si je suis idolâtre Des deux fripons que je vois, Lison, ma faute est l’ouvrage De ce couple séducteur,
Fier sans doute de l’hommage Qu’il dérobe au Rédempteur.
Ainsi, loin que je profite De ce signe de salut,
Le mouvement qui m’agite Me dépêche à Belzébuth.
Mais, hélas ! quoique coupable, Je ne crains que tes rigueurs,
Et j’irais cent fois au diable Pour une de tes faveurs.
Voici donc en conscience,
Sans aucun déguisement,
Lison, quelle est ma croyance Sur un dogme aussi charmant.
Cette croix est triomphante Dans l’état où je la vois,
Sur une gorge naissante Et sous un joli minois.
Si quelqu’un sur ma doctrine Cherchait à me chicaner,
Que lui-même s’examine Avant de me condamner.
Faut-il outrer la censure Contre un faible et tendre cœur, Trop plein de la créature Pour songer au Créateur?
Ajoutons à ces pièces profanes, émanant d'ecclésiastiques en goguette, un spécimen d’une grotesque parodie sacrée, — conçue dans l’esprit jovial et trivial des joyeux sermons de Saint-Oignon , de Saint-Hareng, etc., — que l’on débitait extra et ïntra cathedra , le dimanche gras, à Rouen, en l’année 1580, à la fête de Y Abbé des Conards. Ce personnage était accompagné d’un cortège de chariots, symboliques, occupés par des hermites , « accoutrez de différentes sortes » et portant, chacun, sur le dos un écriteau en parchemin, avec « deux lignes en rithmes », dont nous extrayons la fleur :
— Hermite suis de grand renom Faisant bordeau de ma maison.
— Hermite de rouge broudier
Qui rebrasse à maints le fessier.
— Hermite nouveau refondu En vérole tout confondu.
— Hermite suis frère frappart,
Qui maint connin broche sans lard.
La cérémonie finissait, comme tout en France, par des chansons, des « letanies », dont voici la moins retroussée des strophes :
L abbé commande à ses nonnains
A descouvert monstrer leurs sains.
Et chevaucher à c.,. desclos.
Refrain : Beuvez d’autant, vuidez les pots !
X. Anecdotes, mots réflexions. — Avertissement du ciel. — Après la bataille de Pavie, perdue par François Ier, le 24 février 1525, contre les troupes de l’Empereur Charles V, commandées par le connétable de Bourbon, le roi de France fut conduit au monastère des Chartreux. Il était encore matin, car les religieux chantaient tierce et en étaient à ce verset du psaume 118 : Coagulatum est sicut lac cor meum , ego vero legem tiiam meditatus sam. (Mon cœur s’est resserré comme le lait qui se coagule et j’ai médité ta loi). Le Roi, qui sentait sa triste situation et qui la regardait plutôt comme une punition par laquelle Dieu le rappelait à lui, que comme un des jeux ordinaires de la fortune, s’unit avec les religieux pour chanter le verset suivant : Bonum mihi quia humiliasti me ut dis cam j asti ficatiofies tuas. (C’est un bien pour moi que d’avoir été humilié, puisque je reconnais tes jugements).
Offrande singulière. — Sachet, curé de Saint-Gervais, exhortant madame de Coulanges, qui venait de faire une chute, à offrir en sacrifice à Dieu tous ses maux, dit entre autres choses : « Offrez lui ce petit c.. escorché ».
Cette historiette, pendant de l’histoire excrémentielle de sainte Philomène, est tirée des Mémoires du cynique Tallemant des Réaux, qui passe pour « le miroir le plus fidèle de la société polie de son époque »; quelle était la posture de l’autre, grands dieux !
Dame camuse devant Le Camus. — Ayant un jour prêché contre les dames qui découvraient leur gorge, le cardinal Le Camus trouva, à son retour chez lui, une dame assez âgée qui avait assisté à son sermon, et comme elle était de celles qui montraient le plus leur
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gorge, quoiqu'elle l’eût fort laide : « Au moins, Madame, sourit-il, ce n'est pas contre celle-là que je viens de prêcher ».
Potins de cour. — A la cour de Louis XV, chacun disait son mot sur la maladie de langueur dont mourut le petit duc de Bourgogne ; on allait jusqu’à accuser la nourrice, qui était établie à Versailles, de lui avoir communiqué « un vilain mal ».
Un sot évêque, raconte Madame du Hausset, femme de chambre de Madame dePompadour, s’avisa de dire qu’elle avait été fort libertine dans sa jeunesse : la pauvre nourrice en fut instruite, et demanda qu’on le fit expliquer. L’évêque répondit qu’elle avait été plusieurs fois au bal dans sa ville, et qu’elle avait la gorge découverte. Le roi, qui à l’adultère avait joint « le ragoût de l’inceste », ne put s’empêcher de dire : Quelle bétel
Comparaison. — M. le cardinal de Luynes se trouvant chez Mme l’a duchesse de*Chevreuse, M. de Conflans demanda à son Eminence, la différence qui existait entre elle et la duchesse. Gomme la réponse" se faisait attendre, l'interlocuteur risqua cette explication : « Un prélat n'a qu’une éminence, une duchessse en a deux ».
Sur Léon XIII — Anecdotier Hugues Le Roux : Quand ce pape n’était que le cardinal Pecci, on le pria à déjeuner dans une des grandes maisons de Rome. Le comte X était au nombre des invités.
Soudain il tira de sa poche une tabatière qu’il montra, avec quelque affectation, à ses belles voisines. Ces dames se récrièrent sur la beauté et la licence de la peinture. Aussitôt, tout le monde demanda à voir le bibelot qui commença à courir de main en main. C’était, dans le goût du dix-huitième siècle, une voluptueuse nudité féminine, que des Amours conduisaient, par des voies très caressantes, à des péchés décidément mortels. La tabatière arriva aux mains du cardinal, le comte voulut la reprendre.
— Ce n’est pas là un sujet pour son Eminence...
— Et pourquoi donc? demanda le cardinal, qui considéra la peinture avec l’approbation et le sourire d’un connaisseur. Puis quand il l’eut bien examinée, il rendit au comte X..., le précieux objet en disant, sans indication d’une nuance quelconque d’ironie ou de malice :
— Charmant... charmant... Le portrait de la comtesse, sans doute ?
Evêque tolérant. — Un des échos du Cri de Paris : Quand Mgr Bonnefoy arriva à la Rochelle, il accepta l’invitation de la Préfecture pour le dîner de gala du mois de janvier : tous ses prédécesseurs depuis l’Empire l’avaient refusé.
Grand émoi parmi les femmes des hauts fonctionnaires : peut-on se décolleter quand doit venir un évêque ? Le préfet fut aux renseignements : « Au contraire, mon cher préfet, au contraire ! » acquiesça plaisamment Mgr Bonnefoy.
Toutefois la préfète ne prévint personne, et quand ces dames arrivèrent, sévèrement emprisonnées dans des corsages de pénitentes, l’hôtesse, seule, toutes épaules dehors ! — elle les avait fort belles, — s’étonnait ingénuement. Mais Mgr était conquis à la République.
Chaire, chair et bonne chère. — A un grand dîner, chez la comtesse de G..., Tune de ses invitées, une baronne de la finance, se faisait remarquer par un décolletage excessif ; ses puissants appas semblaient toujours vouloir escalader leur digue.
— Ah ! fait le prédicateur X, un des convives, que l’on complimentait sur son éloquence, la voilà bien l’éloquence de la chair !
Seins de sainte. — Incident relevé dans Y Orme du mail :
M. l’abbé Guitrel découvre une miniature représentant le martyre de sainte Agathe, on voit les bourreaux tenaillant les mamelles de la vierge. Cette page présente un fragment du propre de la sainte (1).
Le préfet affirma que ce langage du moyen âge était piquant. L’abbé y trouva de la naïveté et aussi de la sublimité.
Mots de la fin. — Dialogue sur une femme hautement — c’est-àdire très bas — décolletée :
— Un vrai prédicateur.
— Pourquoi?
— Parce qu’elle est montée en chair .
Du même tonneau « de fiente de l'esprit » : Pitou à Dumanet : Pourquoi une nourrice qui meurt va-t-èlle droit en paradis ?
— -Parce qu’elle est en état de sein tété.
(1) (Pendant que la bienheureuse Agathe était torturée dans sa mamelle, gravement elle dit à son juge : « Impie, cruel et barbare tyran, tu n’es pas confus de couper dans une femme ce que toi-même tu as sucé dans ta mère ? J’ai au fond de l’âme des mamelles intactes que j’ai consacrées au Seigneur ». )